En parlant de la vie spirituelle du chrétien, Jean la décrit comme une croissance dans le Christ et, en même temps, comme un affermissement dans la Torah, la Loi. Jésus est le seul en qui il n'y ait pas de péché...
En parlant de la vie spirituelle du chrétien, Jean la décrit comme une croissance dans le Christ et, en même temps, comme un affermissement dans la Torah, la Loi. Jésus est le seul en qui il n'y ait pas de péché (1 Jn 3, 5). Par là, il a révélé au monde l'unique exemple, dans l'histoire, de ce qu'on appelait alors la Torah vivante : devenir Torah vivante signifiait précisément manifester en soi l'incarnation vivante de l'idéal exigé par la Torah. Par conséquent, un tel homme devait être parfaitement libre de tout péché, car le péché et la Torah, le péché et le commandement de Dieu, sont des réalités incompatibles. C'est pourquoi, avant la venue du Christ, l'idéal de la Torah vivante demeurait seulement un idéal auquel beaucoup aspiraient, mais que personne ne parvenait à atteindre.
Suivre la Torah purifie du péché : la Torah intérieure, comme l'appelaient les Juifs croyants de l'époque évangélique, était cet impératif spirituel sans lequel le chemin de la justice était impossible. La Torah intérieure était l'axe spirituel sur lequel reposait toute la vie de l'homme qui cherchait la justice et aspirait à devenir Torah vivante. Tout péché détruisait cet axe ; c'est pourquoi l'apôtre parle du péché comme d'une iniquité, d'un éloignement de la Torah intérieure (1 Jn 3, 4).
Mais pour l'homme déchu, le péché est une triste fatalité ; c'est pourquoi l'idéal de la Torah vivante demeurait inaccessible. La seule espérance est dans le Sauveur, qui non seulement a révélé cet idéal au monde, mais est aussi prêt à aider quiconque cherche la justice à se libérer de la captivité du péché (1 Jn 3, 5). Pour cela, une seule chose est nécessaire : se remettre soi-même et remettre sa vie entre ses mains ; alors il en fera une part de la vie du Royaume qu'il a apporté au monde.
Dans le Royaume, il n'y a pas de place pour le péché ; c'est pourquoi celui qui vit d'une même vie avec le Christ ne pèche pas. Le péché n'a de place que dans une vie humaine séparée de la vie du Christ et du Royaume (1 Jn 3, 6). Nous vivons à l'époque du Royaume qui vient, mais qui ne s'est pas encore révélé dans toute sa plénitude ; jusqu'à la fin de cette époque, jusqu'à la pleine transfiguration de l'homme et de toute la création, notre vie chrétienne garde la dualité dont parle l'apôtre.
Mais à la fin des temps, après le retour du Sauveur dans la gloire et la pleine transfiguration de notre nature humaine, cette dualité disparaîtra : alors seulement nous deviendrons ce que nous devons être selon le dessein de Dieu sur nous (1 Jn 3, 2). Pour l'instant, nous sommes purs dans la mesure où nous vivons avec Jésus d'une même vie, la vie du Royaume qu'il a apporté au monde (1 Jn 3, 3). Et pas seulement nous, les chrétiens : quiconque pratique la justice a rapport à lui (1 Jn 2, 29 ; dans la traduction synodale, « celui qui fait la justice »). Rien d'étonnant à cela : il est le seul juste au monde sans aucune réserve. Le seul qui ait révélé au monde le modèle de la Torah vivante.
1 x) Om. « et nous le sommes », et var. (Vulg.) « et que nous le soyons ».
3 y) Jésus.
5 z) « les péchés »; var. « nos péchés ».
6 a) Jean stylise les portraits. De l’espérance de la vision, v. 2, et de la sainteté consommée, v. 3, découle dès maintenant, par l’action de Jésus Christ, v. 5 ; 2.2, l’abstention de tout mal qui convient aux fils de Dieu, v. 9 ; 5.18 ; cf. Ga 5.16, qui ont été « justifiés », v. 7 ; 2.29 ; cf. Rm 3.24-25. Cela n’exclut pas, en fait, la possibilité concrète du péché, 1.8-10, qui précisément brise la communion, cf. 2.3-5.
8 b) Aux expressions être de Dieu, de la vérité, enfants de Dieu, signifiant que le chrétien vit sous l’influence de Dieu qui demeure en lui, s’opposent les expressions être du diable, 3.8, du Mauvais, 3.12, du monde, 2.16 ; 4.5, enfants du diable, 3.10, pour désigner tous ceux qui vivent sous l’influence perverse de Satan et se laissent « égarer » par lui.
9 c) Peut-être le Christ, cf. Ga 3.16 ; 5.18. Mais ce serait plutôt, soit l’Esprit, cf. 2.20, 27, soit le germe de vie qu’est la Parole reçue, 2.7, 24, et fructifiant par l’Esprit, 2.20, 27.
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).