5 Est-ce là le jeûne qui me plaît, le jour où l'homme se mortifie? Courber la tête comme un jonc, se faire une couche de sac et de cendre, est-ce là ce que tu appelles un jeûne, un jour agréable à Yahvé? |
La question du jeûne est l’une des principales pour beaucoup de chrétiens. D’ailleurs, les chrétiens ne sont pas originaux sur ce point : elle fut aussi centrale pour les Juifs, et depuis assez longtemps, plusieurs siècles déjà avant la venue du Messie. Pourquoi donc a-t-elle occupé dans la vie des Juifs une place si importante ? À l’origine, dans le yahvisme, on n’accordait pas tant d’attention aux jeûnes. Oui, bien sûr, les jours de deuil, personnel ou public, le jeûne était observé, et strictement observé : les jeûnes juifs étaient habituellement complets, on s’abstenait de nourriture et d’eau toute la journée ; si le jeûne durait plusieurs jours, ce qui arrivait rarement, on ne pouvait manger et boire qu’après le coucher du soleil.
Mais dès la période postexilique, dans le milieu synagogal, se forma une pratique de jeûnes réguliers d’un jour, conservée au moins jusqu’à la fin de l’époque du Second Temple. Les membres de la fraternité pharisienne observaient eux aussi cette pratique. Apparemment, à l’époque évangélique, ces jeûnes réguliers étaient au nombre de deux par semaine. On supposait que, ces jours-là, chacun jeûnait en se souvenant de ses propres péchés. S’il en avait réellement été ainsi, un tel jeûne aurait pu avoir une utilité spirituelle indubitable.
Il en va de même, d’ailleurs, pour les jeûnes de l’Église, dont le sens se ramène finalement soit au souvenir de ses propres péchés, soit au souvenir de la mort du Sauveur sur la croix et de la trahison de Judas. Mais avant même la venue du Christ, il se produisit quelque chose qui déforma entièrement l’essence et le sens du jeûne pour les péchés : il se transforma en obligation religieuse. Avec le temps, la même chose arriva largement à nos jeûnes chrétiens, malgré les avertissements correspondants du Sauveur.
À en juger par les paroles d’Isaïe, on peut penser que cette transformation commença assez tôt, peu après le retour des Juifs en Judée après l’exil babylonien, sinon plus tôt. Le jeûne commence à être perçu comme une sorte de privation de soi, précieuse en elle-même, comme une manière de se punir pour les péchés commis. On suppose que tout cela est nécessaire à Dieu, et que celui qui agit ainsi devient par conséquent plus proche de Dieu et plus agréable à Ses yeux. Par la suite, naquit aussi le mythe pieux selon lequel le jeûne purifierait soi-disant l’homme du péché ou de ses conséquences.
Tout cela, bien sûr, était assez éloigné de la réalité. Se purifier soi-même du péché, cela va de soi, aucun homme ne le peut. Pour une telle purification, il faut l’intervention immédiate de Dieu, Son action directe. Et la privation de soi comme telle n’a pas non plus d’utilité particulière pour la vie spirituelle. Dieu n’en a pas besoin. Toute privation volontaire n’a de valeur que dans la mesure où elle permet à l’homme de se comprendre lui-même, de voir les véritables motifs de ses actes, de voir ses péchés et de comprendre comment leur résister.
Mais même ici, la privation de soi seule ne suffit pas : comme tout travail spirituel, celui-ci suppose la participation de Dieu, sans laquelle aucune privation volontaire ne révélera par elle-même rien d’utile à l’homme. Mais la conscience religieuse tend à absolutiser l’importance du jeûne en lui-même. D’autant plus que la différence entre ceux qui jeûnent et ceux qui ne jeûnent pas devient l’un des signes d’appartenance à la communauté religieuse.
Alors le jeûne devenu fin en soi commence à désorienter l’homme et à détruire sa vie spirituelle. Il force l’homme à dépenser ses forces et son temps pour ce qui, du point de vue spirituel, ne lui donne rien. Parfois même, il lui nuit : beaucoup de personnes religieuses commencent à tirer orgueil de leurs jeûnes, s’étonnant que Dieu ne remarque pas leurs efforts. Et elles s’affermissent dans leur propre justice d’autant plus qu’elles remportent de grands succès dans ce sport religieux particulier. Seulement, la récompense du vainqueur dans cette compétition n’est pas le Royaume, mais un sentiment profond de satisfaction religieuse. Et c’est un mauvais substitut du Royaume.
5 Est-ce là le jeûne qui me plaît, le jour où l'homme se mortifie? Courber la tête comme un jonc, se faire une couche de sac et de cendre, est-ce là ce que tu appelles un jeûne, un jour agréable à Yahvé? |
La question du jeûne est pour beaucoup de chrétiens l'une des principales. Les chrétiens ne sont d'ailleurs pas originaux ici : elle fut centrale aussi pour les Juifs, et depuis longtemps, plusieurs siècles déjà avant la venue du Messie. Pourquoi donc a-t-elle pris une telle place dans la vie des Juifs ? À l'origine, le yahvisme n'accordait pas tant d'attention aux jeûnes. Oui, bien sûr, les jours de deuil, personnel ou public, le jeûne était observé, et strictement observé ; les jeûnes juifs étaient d'ordinaire complets, on s'abstenait de nourriture et d'eau toute la journée, et si le jeûne durait plusieurs jours, ce qui arrivait rarement, on ne pouvait manger et boire qu'après le coucher du soleil.
Mais dès la période postexilique, dans le milieu synagogal, se forma la pratique de jeûnes réguliers d'un jour, qui se conserva au moins jusqu'à la fin de l'époque du Second Temple. Les membres de la fraternité pharisienne s'y tenaient eux aussi. À l'époque évangélique, il semble que ces jeûnes réguliers aient eu lieu deux fois par semaine. On supposait que chacun jeûnait ces jours-là en se souvenant de ses propres péchés. Si cela avait réellement été le cas, un tel jeûne aurait pu apporter un bénéfice spirituel certain.
Il en va de même, d'ailleurs, des jeûnes ecclésiaux, dont le sens se ramène finalement soit au souvenir de ses propres péchés, soit à la mémoire de la mort du Sauveur sur la croix et de la trahison de Judas. Mais avant même la venue du Christ, il se produisit quelque chose qui déforma entièrement l'essence et le sens du jeûne pour les péchés : il se transforma en devoir religieux. Avec le temps, il en est largement allé de même de nos jeûnes chrétiens, malgré les avertissements correspondants du Sauveur.
À en juger par les paroles d'Isaïe, on peut penser que cette transformation commença assez tôt, peu après le retour des Juifs en Judée après l'exil babylonien, sinon plus tôt. Le jeûne commence à être perçu comme une sorte de privation volontaire, précieuse en elle-même, comme une manière de se punir pour les péchés commis. On suppose que tout cela est nécessaire à Dieu, et que celui qui agit ainsi devient d'autant plus proche de Dieu et plus agréable à Ses yeux. Par la suite naquit aussi le mythe pieux selon lequel le jeûne purifierait l'homme du péché ou de ses conséquences.
Tout cela, bien sûr, était assez éloigné de la réalité. Aucun homme, cela va de soi, ne peut se purifier lui-même du péché. Une telle purification requiert l'intervention directe de Dieu, Son action immédiate. Et la privation volontaire en tant que telle n'a pas d'utilité particulière pour la vie spirituelle. Dieu n'en a pas besoin. Toute privation volontaire n'a de valeur que dans la mesure où elle permet à l'homme de se comprendre, de voir les vrais motifs de ses actes, de voir ses péchés et de comprendre comment leur résister.
Mais ici encore, la privation volontaire seule ne suffit pas : comme tout travail spirituel, celui-ci suppose la participation de Dieu, sans laquelle aucune privation volontaire n'ouvrira à l'homme quoi que ce soit d'utile. Mais la conscience religieuse a tendance à absolutiser la valeur du jeûne en lui-même. D'autant plus que la distinction entre ceux qui jeûnent et ceux qui ne jeûnent pas devient l'un des signes d'appartenance à la communauté religieuse.
Alors le jeûne, devenu une fin en soi, commence à désorienter l'homme et à détruire sa vie spirituelle. Il l'oblige à dépenser forces et temps pour ce qui, du point de vue spirituel, ne lui apporte rien. Et parfois même lui nuit : beaucoup de personnes religieuses commencent à s'enorgueillir de leurs jeûnes, s'étonnant que Dieu ne remarque pas leurs efforts. Et elles s'affermissent d'autant plus dans leur bon droit qu'elles remportent davantage de succès dans ce sport religieux particulier. Seulement, la récompense du vainqueur dans cette compétition n'est pas le Royaume, mais le sentiment d'une profonde satisfaction religieuse. Et c'est un mauvais substitut au Royaume.
5 Est-ce là le jeûne qui me plaît, le jour où l'homme se mortifie? Courber la tête comme un jonc, se faire une couche de sac et de cendre, est-ce là ce que tu appelles un jeûne, un jour agréable à Yahvé? |
6 N'est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère: défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug; renvoyer libres les opprimés, et briser tous les jougs? |
7 N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair? |
Dans les traditions religieuses concrètes, l'équilibre entre la composante spirituelle et la composante religieuse peut varier, mais seul le christianisme n'a pas été une religion dès le commencement. Bien sûr, avec le temps, sur le sol chrétien ont grandi des religions propres, chrétiennes. Mais le christianisme, à proprement parler, n'en a pas besoin. L'apôtre Paul, par exemple, tout en étant chrétien au plein sens du mot, est resté toute sa vie un adversaire résolu de l'identification du christianisme avec quelque religion que ce soit, même avec le judaïsme qui lui était natal. Pourtant c'est bien la tradition judéo-chrétienne qui était la tradition propre de l'Église primitive.
Or la vie religieuse en général exige de l'homme moins d'efforts spirituels que la vie spirituelle. Dans la vie religieuse, l'activité extérieure est d'ordinaire plus abondante, tandis que l'activité intérieure l'est nettement moins. Et psychologiquement, la religion est plus confortable que la vie spirituelle : il y a le rite habituel, les valeurs et les modèles de comportement familiers et reconnus dans la communauté donnée, le sentiment du devoir religieux accompli. Dans la vie spirituelle, il n'y a que des questions, souvent plus nombreuses que les réponses, surtout les réponses toutes faites. Et la religion offre aussi quantité d'occasions de s'affirmer.
Les interdits rituels y jouent un rôle particulier : ils séparent les « pieux » des « impies », les « justes » des « pécheurs », en un mot les orthodoxes des infidèles. Plus le jeûne est strict, plus les interdits et restrictions rituels du jour du shabbat sont nombreux, plus il y a d'occasions d'orgueil. Et de perplexité : pourquoi donc Dieu ne nous remarque-t-Il pas ? Et Dieu dit par la bouche de Son prophète : je n'ai pas besoin de votre jeûne. Un tel jeûne, assurément, je n'en ai pas besoin. Et votre religiosité ne m'est pas nécessaire. Ce qu'il faut, c'est un cœur ouvert à Ma rencontre. Et à celle de vos prochains aussi. Alors commencera la vie spirituelle. Avec Dieu et avec les hommes.
1 Crie à pleine gorge, ne te retiens pas, comme le cor, élève la voix, annonce à mon peuple ses crimes, à la maison de Jacob ses péchés. |
2 C'est moi qu'ils recherchent jour après jour, ils désirent connaître mes voies, comme une nation qui a pratiqué la justice, qui n'a pas négligé le droit de son Dieu. Ils s'informent près de moi des lois justes, ils désirent être proches de Dieu. |
3 " Pourquoi avons-nous jeûné sans que tu le voies, nous sommes-nous mortifiés sans que tu le saches? " C'est qu'au jour où vous jeûnez, vous traitez des affaires, et vous opprimez tous vos ouvriers. |
4 C'est que vous jeûnez pour vous livrer aux querelles et aux disputes, pour frapper du poing méchamment. Vous ne jeûnerez pas comme aujourd'hui, si vous voulez faire entendre votre voix là-haut! |
5 Est-ce là le jeûne qui me plaît, le jour où l'homme se mortifie? Courber la tête comme un jonc, se faire une couche de sac et de cendre, est-ce là ce que tu appelles un jeûne, un jour agréable à Yahvé? |
6 N'est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère: défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug; renvoyer libres les opprimés, et briser tous les jougs? |
7 N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair? |
8 Alors ta lumière éclatera comme l'aurore, ta blessure se guérira rapidement, ta justice marchera devant toi et la gloire de Yahvé te suivra. |
9 Alors tu crieras et Yahvé répondra, tu appelleras, il dira: Me voici! Si tu bannis de chez toi le joug, le geste menaçant et les paroles méchantes, |
10 si tu te prives pour l'affamé et si tu rassasies l'opprimé, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, et l'obscurité sera pour toi comme le milieu du jour. |
11 Yahvé sans cesse te conduira, il te rassasiera dans les lieux arides, il donnera la vigueur à tes os, et tu seras comme un jardin arrosé, comme une source jaillissante dont les eaux ne tarissent pas. |
12 On reconstruira, chez toi, les ruines antiques, tu relèveras les fondations des générations passées, on t'appellera Réparateur de brèches, Restaurateur des chemins, pour qu'on puisse habiter. |
13 Et si tu t'abstiens de violer le sabbat, de vaquer à tes affaires en mon jour saint, si tu appelles le sabbat " délices " et " vénérable " le jour saint de Yahvé, si tu l'honores en t'abstenant de voyager, de traiter tes affaires et de tenir des discours, |
14 alors tu trouveras tes délices en Yahvé, je te conduirai en triomphe sur les hauteurs du pays; je te nourrirai de l'héritage de ton père Jacob, car la bouche de Yahvé a parlé. |
On peut relire ce chapitre sans cesse pendant n’importe quel jeûne, et il est peu probable qu’il perde jamais son actualité. Comme il est commode de donner très peu au Seigneur, de limiter temporairement ses préférences culinaires et de s’en contenter ! Pourtant, le Seigneur nous demande de Lui donner notre cœur, Il demande que nous Lui appartenions entièrement. Il ne le demande pas parce qu’Il voudrait tout nous enlever et Se l’approprier, mais parce que celui qui aime désire s’unir pleinement à l’être aimé.
Si nous ne sommes pas prêts à nous ouvrir à Son amour, nous réussirons à dessécher même notre souci des nécessiteux, des affamés et des opprimés, ou bien nous le transformerons en une charité formelle pratiquée pour la forme. Mais si nous sommes prêts, le désir d’aider notre prochain deviendra la manifestation d’un amour qui demande à s’exprimer et à se donner, et prendra corps dans des actes réels. Et qui sait si même le peu que nous pouvons Lui donner ne se révélera pas alors considérable, semblable à l’obole de la pauvre veuve ?
1 Crie à pleine gorge, ne te retiens pas, comme le cor, élève la voix, annonce à mon peuple ses crimes, à la maison de Jacob ses péchés. |
2 C'est moi qu'ils recherchent jour après jour, ils désirent connaître mes voies, comme une nation qui a pratiqué la justice, qui n'a pas négligé le droit de son Dieu. Ils s'informent près de moi des lois justes, ils désirent être proches de Dieu. |
3 " Pourquoi avons-nous jeûné sans que tu le voies, nous sommes-nous mortifiés sans que tu le saches? " C'est qu'au jour où vous jeûnez, vous traitez des affaires, et vous opprimez tous vos ouvriers. |
4 C'est que vous jeûnez pour vous livrer aux querelles et aux disputes, pour frapper du poing méchamment. Vous ne jeûnerez pas comme aujourd'hui, si vous voulez faire entendre votre voix là-haut! |
5 Est-ce là le jeûne qui me plaît, le jour où l'homme se mortifie? Courber la tête comme un jonc, se faire une couche de sac et de cendre, est-ce là ce que tu appelles un jeûne, un jour agréable à Yahvé? |
6 N'est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère: défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug; renvoyer libres les opprimés, et briser tous les jougs? |
7 N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair? |
8 Alors ta lumière éclatera comme l'aurore, ta blessure se guérira rapidement, ta justice marchera devant toi et la gloire de Yahvé te suivra. |
9 Alors tu crieras et Yahvé répondra, tu appelleras, il dira: Me voici! Si tu bannis de chez toi le joug, le geste menaçant et les paroles méchantes, |
10 si tu te prives pour l'affamé et si tu rassasies l'opprimé, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, et l'obscurité sera pour toi comme le milieu du jour. |
11 Yahvé sans cesse te conduira, il te rassasiera dans les lieux arides, il donnera la vigueur à tes os, et tu seras comme un jardin arrosé, comme une source jaillissante dont les eaux ne tarissent pas. |
Le chapitre 58 du livre du prophète Isaïe, que nous lisons aujourd’hui — est un texte saisissant, dont l’importance pour les chrétiens est difficile à surestimer. Le Seigneur répond à la question des « jugements de justice » posée par des personnes qui « désirent s’approcher de Dieu ». « Pourquoi jeûnons-nous, et Tu ne le vois pas ? » : ainsi le prophète formule-t-il avec une franchise extrême la « réclamation » de l’homme pieux envers Dieu. Que nous soyons ainsi faits, ou que l’héritage de millénaires païens pèse sur nous, instinctivement nous pensons que Dieu a besoin de nos sacrifices, et que plus nous faisons d’efforts, plus nous méritons une grande miséricorde.
Le Seigneur répond par des paroles sévères : « au jour de votre jeûne, vous faites votre volonté » et « vous jeûnez pour querelles et disputes ». « Qui vous demande de fouler Mes parvis ? », disait-Il au début du livre d’Isaïe. La miséricorde de Dieu, l’approche de Lui, ne peuvent être obtenues que par la miséricorde et la justice réalisées dans la vie : « Voici le jeûne que J’ai choisi : détache les chaînes de l’injustice... ». Ainsi, l’effort ascétique de l’homme dans ce passage de l’Ancien Testament est présenté de la même manière que dans le Nouveau Testament. Il est important de s’en souvenir afin que nous ne nous enorgueillissions pas des hauteurs atteintes pendant le jeûne écoulé...
1 Crie à pleine gorge, ne te retiens pas, comme le cor, élève la voix, annonce à mon peuple ses crimes, à la maison de Jacob ses péchés. |
2 C'est moi qu'ils recherchent jour après jour, ils désirent connaître mes voies, comme une nation qui a pratiqué la justice, qui n'a pas négligé le droit de son Dieu. Ils s'informent près de moi des lois justes, ils désirent être proches de Dieu. |
3 " Pourquoi avons-nous jeûné sans que tu le voies, nous sommes-nous mortifiés sans que tu le saches? " C'est qu'au jour où vous jeûnez, vous traitez des affaires, et vous opprimez tous vos ouvriers. |
4 C'est que vous jeûnez pour vous livrer aux querelles et aux disputes, pour frapper du poing méchamment. Vous ne jeûnerez pas comme aujourd'hui, si vous voulez faire entendre votre voix là-haut! |
5 Est-ce là le jeûne qui me plaît, le jour où l'homme se mortifie? Courber la tête comme un jonc, se faire une couche de sac et de cendre, est-ce là ce que tu appelles un jeûne, un jour agréable à Yahvé? |
6 N'est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère: défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug; renvoyer libres les opprimés, et briser tous les jougs? |
7 N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair? |
8 Alors ta lumière éclatera comme l'aurore, ta blessure se guérira rapidement, ta justice marchera devant toi et la gloire de Yahvé te suivra. |
9 Alors tu crieras et Yahvé répondra, tu appelleras, il dira: Me voici! Si tu bannis de chez toi le joug, le geste menaçant et les paroles méchantes, |
Le prophète Isaïe nous raconte aujourd'hui comment toutes les oeuvres que nous accomplissons en obéissant à Dieu et en reconnaissant Sa justesse et Sa sagesse deviennent tout de même une nourriture pour notre égoïsme. Il semblerait que le jeûne soit précisément ce que l'homme fait parce que le Seigneur a dit bien des fois combien cela est important pour affermir la foi. Pourtant, la conviction que je suis le centre du monde est si forte que Dieu, et plus encore les gens qui nous entourent, deviennent ceux qui doivent supporter patiemment ma mauvaise humeur, mon mauvais caractère, tout ce qui est lié à moi. La destination principale du monde qui m'entoure est d'oublier lui-même et de servir entièrement au bon déroulement de mon jeûne. Une telle image est terrible et ridicule. Il est difficile d'imaginer plus grande absurdité. Et pourtant le prophète nous avertit que c'est précisément là la première et difficile épreuve pour l'homme : le jeûne est un temps de service de Dieu et du prochain. De service, et non de mise en conformité de Dieu et du prochain avec mes représentations de la manière dont ils doivent se comporter pendant mon jeûne.
1 Crie à pleine gorge, ne te retiens pas, comme le cor, élève la voix, annonce à mon peuple ses crimes, à la maison de Jacob ses péchés. |
2 C'est moi qu'ils recherchent jour après jour, ils désirent connaître mes voies, comme une nation qui a pratiqué la justice, qui n'a pas négligé le droit de son Dieu. Ils s'informent près de moi des lois justes, ils désirent être proches de Dieu. |
3 " Pourquoi avons-nous jeûné sans que tu le voies, nous sommes-nous mortifiés sans que tu le saches? " C'est qu'au jour où vous jeûnez, vous traitez des affaires, et vous opprimez tous vos ouvriers. |
4 C'est que vous jeûnez pour vous livrer aux querelles et aux disputes, pour frapper du poing méchamment. Vous ne jeûnerez pas comme aujourd'hui, si vous voulez faire entendre votre voix là-haut! |
5 Est-ce là le jeûne qui me plaît, le jour où l'homme se mortifie? Courber la tête comme un jonc, se faire une couche de sac et de cendre, est-ce là ce que tu appelles un jeûne, un jour agréable à Yahvé? |
6 N'est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère: défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug; renvoyer libres les opprimés, et briser tous les jougs? |
7 N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair? |
8 Alors ta lumière éclatera comme l'aurore, ta blessure se guérira rapidement, ta justice marchera devant toi et la gloire de Yahvé te suivra. |
9 Alors tu crieras et Yahvé répondra, tu appelleras, il dira: Me voici! Si tu bannis de chez toi le joug, le geste menaçant et les paroles méchantes, |
Le jeûne, comme pratique religieuse, était connu du yahvisme comme du judaïsme. Cependant, ni le yahvisme ni le judaïsme ne connaissaient de jeûnes de plusieurs jours, semblables à ceux que les chrétiens du Moyen Âge commencèrent à pratiquer. Le sens originel du jeûne était le deuil, d'ordinaire pour un parent défunt, et un tel jeûne de deuil pouvait généralement durer d'un à trois jours. Le jeûne était habituellement complet: ceux qui jeûnaient ne mangeaient ni ne buvaient depuis le soir du jour précédant le jeûne jusqu'au soir du jour même de jeûne. En outre, des villes ou des villages entiers pouvaient prendre sur eux des jeûnes en cas de quelque malheur, surtout lorsqu'on savait (souvent par la parole d'un prophète) qu'il était permis par Dieu pour les péchés des habitants. Mais ces jeûnes étaient ponctuels, et ceux qui jeûnaient les prenaient sur eux chaque fois pour une circonstance précise.
Dans la période postexilique, lorsque la vie religieuse du peuple juif était déjà impensable hors de la Synagogue, apparut la pratique de jeûnes réguliers d'un jour, habituellement deux fois par semaine. Ils n'étaient plus liés à des événements concrets (dans ces cas-là on jeûnait en plus), mais étaient considérés comme une sorte d'exercice spirituel que chaque Juif croyant avait le devoir religieux d'accomplir. On supposait que ces jeûnes étaient liés aux péchés que celui qui jeûnait avait pu commettre (peut-être même sans le savoir), mais, comme il arrive d'ordinaire en pareil cas, ils devenaient une simple formalité, une sorte de «sacrifice» offert à Dieu par celui qui jeûnait en renonçant à l'eau et à la nourriture pendant vingt-quatre heures entières. Et il venait à peu de gens l'idée de se demander si Dieu avait vraiment besoin d'un tel jeûne. L'abstinence de nourriture et de boisson devait, pensait-on, faire sortir celui qui jeûnait de l'ornière habituelle de la vie ordinaire, lui faire se souvenir de Dieu et du prochain, revivre avec force et clarté ce que l'homme a tendance à oublier dans l'agitation du quotidien. En réalité, il en résultait que l'abstinence elle-même devenait un élément de la routine religieuse quotidienne, aussi habituelle qu'elle.
Dans une telle situation, le prophète devait rappeler à ceux qui jeûnaient qu'il ne s'agit pas simplement d'un devoir religieux ni d'un sacrifice à Dieu, à qui les exercices d'abstinence ne sont pas nécessaires en eux-mêmes, mais d'un moyen de détourner l'attention de l'homme de lui-même vers Dieu et vers les proches. Si le jeûne ne remplit pas cette fonction, Dieu n'en a pas besoin et il n'apporte aucun profit à l'homme.
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