22 Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, |
23 laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout. |
1 Et vous qui étiez morts par suite des fautes et des péchés |
2 dans lesquels vous avez vécu jadis, selon le cours de ce monde, selon le Prince de l’empire de l’air, cet Esprit qui poursuit son œuvre en ceux qui résistent... |
3 Nous tous d’ailleurs, nous fûmes jadis de ceux-là, vivant selon nos convoitises charnelles, servant les caprices de la chair et des pensées coupables, si bien que nous étions par nature voués à la colère tout comme les autres... |
Dans la lecture d'aujourd'hui, l'apôtre Paul dit du Christ qu'Il a été établi tête de l'Église. La pensée de l'apôtre s'oriente ensuite vers la précision de ce que cela signifie : il dit que l'Église est Son Corps et la plénitude de Celui qui remplit tout en tous. Ces deux aspects liés définissent l'essence véritable et invisible de l'Église. Elle n'est ni une organisation ni simplement une communauté humaine, bien qu'elle soit à la fois nombreuse et ordonnée. Elle est la plénitude de la présence de Dieu en toutes choses. Bien plus, l'Église n'est pas seulement la présence du Christ : en elle, Il remplit tout de Lui-même. Ce qui est étonnant et merveilleux, c'est qu'il est non seulement possible, mais même assez facile d'entrer dans cette présence et cette plénitude. À l'Église, dont les portes sont ouvertes à quiconque vient, tu apportes très peu : ta volonté de recevoir le baptême et de vivre. Et tu reçois, comme lors de la multiplication des pains, le don infini de la plénitude de Dieu.
1 Et vous qui étiez morts par suite des fautes et des péchés |
2 dans lesquels vous avez vécu jadis, selon le cours de ce monde, selon le Prince de l’empire de l’air, cet Esprit qui poursuit son œuvre en ceux qui résistent... |
3 Nous tous d’ailleurs, nous fûmes jadis de ceux-là, vivant selon nos convoitises charnelles, servant les caprices de la chair et des pensées coupables, si bien que nous étions par nature voués à la colère tout comme les autres... |
4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, |
5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ — c’est par grâce que vous êtes sauvés ! —, |
6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus. |
7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. |
8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; |
9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. |
10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. |
Lorsqu’il parle de la vie chrétienne, Paul pense aussi au chemin de justice suivi par ceux qui cherchaient la plénitude de la vie de Dieu avant même la venue du Christ. Ceux qui suivaient ce chemin voyaient déjà clairement que la justice était impossible sans une transformation radicale de la nature humaine elle-même, frappée par le péché. Mais il était impossible de la transformer complètement par les seuls efforts humains, même avec l’aide de Dieu. Le milieu même dans lequel s’accomplissait ce travail spirituel était destructeur : le monde déchu est plongé dans le mal, et ce qui était accompli se trouvait en grande partie réduit à néant par l’agressivité spirituelle de ce milieu.
Pour une transformation complète et qualitative de la nature humaine, pour sa transfiguration, il fallait un autre milieu, que personne ne pouvait créer sur terre. La seule présence de Dieu s’avérait insuffisante : le mal s’opposait de l’extérieur, agissant depuis un monde qui vivait selon les lois du péché, et depuis l’intérieur même de l’homme, dont le cœur était lui aussi infecté par le péché.
Dans de telles conditions, tous les changements demeuraient partiels et temporaires. L’homme ne pouvait pas changer véritablement ; toutes les améliorations restaient instables et, lorsque l’action directe de Dieu cessait, il retombait rapidement dans son état antérieur. Il n’y avait aucune dynamique spirituelle : l’homme piétinait sur place et n’obtenait ainsi que d’empêcher le mal et le péché de prendre sur lui un pouvoir définitif et sans partage. Pour un travail spirituel véritable, il fallait un autre milieu, que l’on pourrait appeler un milieu d’amour si l’on comprend l’amour au sens évangélique.
Dans la Bible, l’amour suppose avant tout une attitude qui vise le bien spirituel de celui vers qui elle est dirigée. L’amour est une intention qui favorise la formation et le développement spirituels de l’homme, qui affermit ses relations avec Dieu et avec son prochain—des relations conscientes, sans lesquelles une vie spirituelle véritable est impossible. Mais dans le monde déchu, le milieu où existent toutes les relations demeure naturel, psychique. Pour le désigner, l’apôtre emploie un mot grec généralement traduit par « air », alors qu’à l’origine il désignait un milieu naturel particulier où, entre autres, habitaient les dieux de l’Olympe.
Le Christ vient créer un nouveau milieu, un milieu d’amour, où le travail spirituel se fera beaucoup plus simplement et plus rapidement et pourra devenir progressif, de sorte que l’homme cessera de piétiner comme il le faisait habituellement auparavant. Le Royaume lui-même existe comme relation d’amour entre le Père et le Fils. Dans un tel milieu, le pouvoir du péché n’est possible que dans la mesure où l’homme lui-même lui accorde ce pouvoir sur lui : l’agressivité de l’environnement est exclue dans le Royaume. Les conditions du travail spirituel deviennent idéales, l’impossible devient possible, et les conséquences mêmes des péchés commis changent si l’homme renonce au péché en tant que tel.
Ces conséquences ne pèsent plus sur l’homme comme elles pesaient auparavant, avant la venue du Christ. Bien sûr, les changements ne se produisent pas d’eux-mêmes : dans le Royaume aussi, un travail spirituel actif est exigé de l’homme, mais il a là beaucoup plus de chances d’être fécond que dans le monde non transfiguré. Les chances de salut augmentent donc fortement, bien que personne ne puisse évidemment donner de garanties à qui que ce soit : l’homme est libre, et Dieu ne lui retire pas sa liberté. Même dans le Royaume.
15 C’est pourquoi moi-même, ayant appris votre foi dans le Seigneur Jésus et votre charité à l’égard de tous les saints, |
16 je ne cesse de rendre grâces à votre sujet et de faire mémoire de vous dans mes prières. |
17 Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître ! |
18 Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints, |
19 et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force, |
20 qu’il a déployée en la personne du Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite, dans les cieux, |
21 bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se pourra nommer, non seulement dans ce siècle-ci, mais encore dans le siècle à venir. |
22 Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, |
23 laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout. |
Si nous lisons attentivement les paroles de l’apôtre Paul, nous découvrons une chose étrange. Paul dit que l’Église n’est pas simplement le Corps du Christ, image qui nous est familière, mais Sa plénitude ! Lui qui remplit tout en tous, c’est-à-dire la source de toute plénitude, a voulu que l’Église Lui devienne nécessaire, qu’elle devienne Sa plénitude. Autrement dit, le Seigneur a tant aimé l’Église que, sans elle, Il semble Lui-même perdre Sa plénitude : par amour, Il S’est rendu dépendant des hommes. En quoi consiste cette dépendance ? Après l’Ascension, la présence corporelle de Jésus sur terre, c’est-à-dire Sa plénitude, puisqu’Il est véritablement Homme et serait incomplet sans corps, ne se réalise que par l’Église. Il s’agit avant tout du sacrement de l’Eucharistie, dans lequel Il est présent corporellement. Mais l’Église est aussi Son corps, ce qui signifie que chaque membre de l’Église incarne Sa présence dans le monde.
15 C’est pourquoi moi-même, ayant appris votre foi dans le Seigneur Jésus et votre charité à l’égard de tous les saints, |
16 je ne cesse de rendre grâces à votre sujet et de faire mémoire de vous dans mes prières. |
17 Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître ! |
18 Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints, |
19 et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force, |
20 qu’il a déployée en la personne du Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite, dans les cieux, |
21 bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se pourra nommer, non seulement dans ce siècle-ci, mais encore dans le siècle à venir. |
22 Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, |
23 laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout. |
Paul appelle l'Église le corps du Christ, la définissant comme « la plénitude de Celui qui remplit tout en tous ». Ici, comme on le voit, il suit les représentations juives traditionnelles du peuple de Dieu comme un tout spirituel unique, comme un seul corps qui était sanctifié comme un tout unique par les cultes qui se déroulaient régulièrement dans le Temple de Jérusalem jusqu'à sa destruction en 70 apr. J.-C.
C'est précisément grâce à une telle sanctification du peuple comme un tout unique que même les Juifs croyants qui ne pouvaient pas se rendre à Jérusalem pour une fête, par exemple pour Pessa'h ou pour Chavouot, ne se sentaient pas coupés de Dieu ni de leur communauté : ils se rassemblaient là où ils vivaient, dans les synagogues de la diaspora, et célébraient avec ceux qui étaient alors à Jérusalem. Paul transfère cette vision à l'Église, avec cette différence qu'elle est sanctifiée par la présence du Messie Lui-même, ressuscité des morts et demeurant auprès du trône de Dieu.
Bien entendu, l'Église est l'espace du Royaume qui demeure dans notre monde en cours de transfiguration, mais qui n'est pas encore transfiguré jusqu'au bout. Elle est aussi l'espace du Christ Lui-même, l'espace de Sa présence personnelle. Certes, la présence de Dieu était déjà connue du peuple juif auparavant ; Dieu s'est révélé à lui dès le don de la Torah au Sinaï, Il s'est révélé pour ne plus Se cacher, et Sa présence a accompagné le peuple tout au long de son histoire.
Mais maintenant, à l'espace spirituel de cette présence s'est ajouté l'espace des relations qui unissent le Christ à Son Père céleste. Le Royaume se déploie à l'intérieur de ces relations, se révèle en elles et par elles. Leur plénitude est ce qui remplit « tout en tous ». Et le christianisme signifie l'inclusion dans cette plénitude des relations du Père et du Fils. C'est cette inclusion que l'on peut appeler ecclésialisation au sens authentique du mot ; tout le reste dans la vie ecclésiale n'est qu'un moyen pour résoudre cette tâche principale. Si, bien sûr, il s'agit bien de l'Église avec une majuscule.
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