15 Alors les Pharisiens allèrent se concerter en vue de le surprendre en parole; |
16 et il lui envoient leurs disciples, accompagnés des Hérodiens, pour lui dire : " Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes. |
17 Dis-nous donc ton avis : Est-il permis ou non de payer l'impôt à César ? " |
18 Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : " Hypocrites ! pourquoi me tendez-vous un piège ? |
19 Faites-moi voir l'argent de l'impôt. " Ils lui présentèrent un denier |
20 et il leur dit : " De qui est l'effigie que voici ? et l'inscription ? " Ils disent : |
21 " De César. " Alors il leur dit : " Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est Dieu. " |
22 A ces mots ils furent tout surpris et, le laissant, ils s'en allèrent. |
23 Ce jour-là, des Sadducéens, gens qui disent qu'il n'y a pas de résurrection, s'approchèrent de lui et l'interrogèrent en disant: |
24 " Maître, Moïse a dit : Si quelqu'un meurt sans avoir d'enfants, son frère épousera la femme, sa belle-sœur, et suscitera une postérité à son frère. |
25 Or il y avait chez nous sept frères. Le premier se maria, puis mourut sans postérité, laissant sa femme à son frère. |
26 Pareillement le deuxième, puis le troisième, jusqu'au septième. |
27 Finalement, après eux tous, la femme mourut. |
28 A la résurrection, duquel des sept sera-t-elle donc la femme ? Car tous l'auront eue. " |
29 Jésus leur répondit : " Vous êtes dans l'erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu. |
30 À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. |
31 Quant à ce qui est de la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu l'oracle dans lequel Dieu vous dit: |
32 Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob ? Ce n'est pas de morts mais de vivants qu'il est le Dieu ! " |
33 Et les foules, qui avaient entendu, étaient frappées de son enseignement. |
34 Apprenant qu'il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent en groupe, |
35 et l'un d'eux lui demanda pour l'embarrasser: |
36 " Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? " |
37 Jésus lui dit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : |
38 voilà le plus grand et le premier commandement. |
39 Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. |
40 A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. " |
Si seulement nous savions lire l'Écriture et en percevoir l'essence comme le Seigneur. Dans Ses réponses sur la résurrection des morts et sur le plus grand commandement, Il part du Pentateuque, que Ses adversaires connaissaient presque par cœur. Il ne se contente pas de répondre aux questions provocatrices des scribes, mais nous montre aussi combien le sens des paroles bibliques qui nous sont familières peut être profond. Dans le mystérieux nom divin « le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob », révélé dans le récit de l'appel de Moïse au livre de l'Exode, nous découvrons soudain le message de la résurrection des morts, qui ne sera directement révélé que chez les prophètes tardifs et qui s'accomplira dans la Résurrection du Christ. Et les deux plus grands commandements du Deutéronome apparaissent véritablement comme une forme condensée du Décalogue (Ex 20), où les quatre premiers commandements parlent de l'amour de Dieu et les six autres de l'amour du prochain.
15 Alors les Pharisiens allèrent se concerter en vue de le surprendre en parole; |
16 et il lui envoient leurs disciples, accompagnés des Hérodiens, pour lui dire : " Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes. |
17 Dis-nous donc ton avis : Est-il permis ou non de payer l'impôt à César ? " |
18 Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : " Hypocrites ! pourquoi me tendez-vous un piège ? |
19 Faites-moi voir l'argent de l'impôt. " Ils lui présentèrent un denier |
20 et il leur dit : " De qui est l'effigie que voici ? et l'inscription ? " Ils disent : |
21 " De César. " Alors il leur dit : " Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est Dieu. " |
22 A ces mots ils furent tout surpris et, le laissant, ils s'en allèrent. |
23 Ce jour-là, des Sadducéens, gens qui disent qu'il n'y a pas de résurrection, s'approchèrent de lui et l'interrogèrent en disant: |
24 " Maître, Moïse a dit : Si quelqu'un meurt sans avoir d'enfants, son frère épousera la femme, sa belle-sœur, et suscitera une postérité à son frère. |
25 Or il y avait chez nous sept frères. Le premier se maria, puis mourut sans postérité, laissant sa femme à son frère. |
26 Pareillement le deuxième, puis le troisième, jusqu'au septième. |
27 Finalement, après eux tous, la femme mourut. |
28 A la résurrection, duquel des sept sera-t-elle donc la femme ? Car tous l'auront eue. " |
29 Jésus leur répondit : " Vous êtes dans l'erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu. |
30 À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. |
31 Quant à ce qui est de la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu l'oracle dans lequel Dieu vous dit: |
32 Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob ? Ce n'est pas de morts mais de vivants qu'il est le Dieu ! " |
33 Et les foules, qui avaient entendu, étaient frappées de son enseignement. |
34 Apprenant qu'il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent en groupe, |
35 et l'un d'eux lui demanda pour l'embarrasser: |
36 " Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? " |
37 Jésus lui dit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : |
38 voilà le plus grand et le premier commandement. |
39 Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. |
40 A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. " |
Pour les disciples du Christ, pour qui cet Évangile fut écrit, leur foi et leur espérance étaient liées de la manière la plus étroite à la Résurrection de Jésus d'entre les morts après Son exécution et Son ensevelissement. C'est précisément pourquoi le bref récit sur les adversaires de Jésus, qui s'efforçaient de prouver l'impossibilité de la résurrection, avait pour eux une telle importance. Car leur argument, qui peut d'abord paraître une casuistique absurde à propos d'une situation inexistante (sept frères pour une seule femme), est en réalité fort justement par son absurdité même ! Il y a tant d'absurdité et de mal dans le monde que la mort apparaît plutôt comme un remède à la douleur et à l'impasse. Que se passera-t-il donc si tous les hommes « ressuscitent » soudain, c'est-à-dire reviennent à cette vie, avec toute son imperfection et ses limites ? Comment les sept frères se partageront-ils la malheureuse femme ?
Le Christ répond depuis des positions tout autres. La résurrection est nécessaire parce que chaque homme, d'une manière ou d'une autre, est lié au Dieu vivant. Et cela signifie que, dans la résurrection, l'homme vit de la vie de Dieu Lui-même, libre de l'absurdité et de la douleur humaines.
15 Alors les Pharisiens allèrent se concerter en vue de le surprendre en parole; |
16 et il lui envoient leurs disciples, accompagnés des Hérodiens, pour lui dire : " Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes. |
17 Dis-nous donc ton avis : Est-il permis ou non de payer l'impôt à César ? " |
18 Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : " Hypocrites ! pourquoi me tendez-vous un piège ? |
19 Faites-moi voir l'argent de l'impôt. " Ils lui présentèrent un denier |
20 et il leur dit : " De qui est l'effigie que voici ? et l'inscription ? " Ils disent : |
21 " De César. " Alors il leur dit : " Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est Dieu. " |
22 A ces mots ils furent tout surpris et, le laissant, ils s'en allèrent. |
23 Ce jour-là, des Sadducéens, gens qui disent qu'il n'y a pas de résurrection, s'approchèrent de lui et l'interrogèrent en disant: |
24 " Maître, Moïse a dit : Si quelqu'un meurt sans avoir d'enfants, son frère épousera la femme, sa belle-sœur, et suscitera une postérité à son frère. |
25 Or il y avait chez nous sept frères. Le premier se maria, puis mourut sans postérité, laissant sa femme à son frère. |
26 Pareillement le deuxième, puis le troisième, jusqu'au septième. |
27 Finalement, après eux tous, la femme mourut. |
28 A la résurrection, duquel des sept sera-t-elle donc la femme ? Car tous l'auront eue. " |
29 Jésus leur répondit : " Vous êtes dans l'erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu. |
30 À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. |
31 Quant à ce qui est de la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu l'oracle dans lequel Dieu vous dit: |
32 Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob ? Ce n'est pas de morts mais de vivants qu'il est le Dieu ! " |
33 Et les foules, qui avaient entendu, étaient frappées de son enseignement. |
34 Apprenant qu'il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent en groupe, |
35 et l'un d'eux lui demanda pour l'embarrasser: |
36 " Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? " |
37 Jésus lui dit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : |
38 voilà le plus grand et le premier commandement. |
39 Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. |
40 A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. " |
Si seulement nous savions lire l’Écriture ainsi, en voir l’essence comme le Seigneur... Dans ses réponses sur la résurrection des morts et sur le plus grand commandement, il part du Pentateuque, que ses adversaires connaissaient presque par cœur. Non seulement il répond aux questions provocatrices des scribes, mais il nous montre aussi combien le sens de paroles bibliques qui nous sont familières peut être profond.
Dans le nom mystérieux de Dieu, «Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob», révélé dans le récit de l’appel de Moïse (Livre de l’Exode), nous découvrons soudain un message sur la résurrection des morts; directement, cela ne sera révélé que chez les prophètes tardifs, et accompli dans la Résurrection du Christ. Et les deux commandements les plus importants du Deutéronome se révèlent effectivement être une forme condensée du Décalogue (Ex 20), où les quatre premiers commandements parlent de l’amour de Dieu, et les six autres de l’amour du prochain.
15 Alors les Pharisiens allèrent se concerter en vue de le surprendre en parole; |
16 et il lui envoient leurs disciples, accompagnés des Hérodiens, pour lui dire : " Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes. |
17 Dis-nous donc ton avis : Est-il permis ou non de payer l'impôt à César ? " |
18 Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : " Hypocrites ! pourquoi me tendez-vous un piège ? |
19 Faites-moi voir l'argent de l'impôt. " Ils lui présentèrent un denier |
20 et il leur dit : " De qui est l'effigie que voici ? et l'inscription ? " Ils disent : |
21 " De César. " Alors il leur dit : " Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est Dieu. " |
22 A ces mots ils furent tout surpris et, le laissant, ils s'en allèrent. |
Le long préambule ampoulé dissimule mal la malice avec laquelle les pharisiens posent une question provocatrice. C'est pourquoi la dénonciation de l'hypocrisie des interrogateurs, par laquelle le Christ précède Sa réponse, paraît tout à fait naturelle. En répondant, Il ne prit même pas la pièce dans Ses mains, mais demanda seulement qu'on la Lui montre de loin. Selon la loi juive, Jésus n'était pas tenu de prendre dans Ses mains une pièce portant une image païenne ; après cela, il aurait fallu accomplir une ablution. Mais il semble qu'ici Il ne se contente pas d'observer la loi : Il manifeste aussi Son absence de participation au monde de César, auquel Il n'appelle pourtant pas à résister. En appelant à rendre à César ce qui est à César, Il appelle à donner à l'État ce qui découle nécessairement de la réalité de la vie terrestre, mais Il refuse la divinisation de l'État et de ses dirigeants. Et nous voyons ici le fondement du principe de séparation de l'Église et de l'État comme structures organisées différentes. Elles peuvent collaborer avec succès, mais elles ne doivent pas se substituer l'une à l'autre.
Les pharisiens furent étonnés en entendant Sa réponse, mais de quoi le furent-ils davantage ? Du fait qu'Il ait réduit à néant leur provocation, ou du fait qu'Il leur ait ouvert de nouveaux horizons ? Et si, en cet instant, Il avait réussi à faire sortir au moins l'un d'eux de l'ornière habituelle de la suffisance ?..
19 Faites-moi voir l'argent de l'impôt. " Ils lui présentèrent un denier |
20 et il leur dit : " De qui est l'effigie que voici ? et l'inscription ? " Ils disent : |
21 " De César. " Alors il leur dit : " Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est Dieu. " |
La question des pharisiens et la réponse du Christ au sujet de l'impôt dû à César révèlent une immense différence dans les dispositions de départ. En essayant de piéger le Seigneur, les pharisiens posent une question de priorités : qu'est-ce qui est plus important, l'obéissance à un pouvoir étranger mais effectivement fort, ou l'autodétermination nationale ? Il importe de noter que ces deux valeurs supposées se situent hors de la sphère religieuse. Plus encore, l'histoire d'Israël connaît déjà à cette époque des exemples où la dignité nationale exige la résistance, tandis que le Seigneur, par la bouche du prophète, appelle à se soumettre au conquérant, car il est l'instrument du Seigneur.
Ensuite, les pharisiens s'attendent à ce que le Sauveur, partant de l'idée que le Royaume, c'est-à-dire le pouvoir unique de Dieu, est au-dessus de tout, dise qu'il ne faut pas obéir aux autorités terrestres. C'est précisément pour ce cas qu'ils ont amené avec eux les hérodiens, afin de Le livrer immédiatement à ces mêmes autorités. Mais toute l'affaire est que les pharisiens supposent que le Royaume de Dieu et le principat d'Auguste sont des phénomènes comparables par leur nature et leur échelle, qu'ils peuvent être mis en rapport l'un avec l'autre dans le cadre de l'alternative proposée, fût-elle rusée. Pour eux, le Royaume de Dieu est un État terrestre israélite politiquement prospère, que dirigera le Messie attendu.
Mais la réponse du Seigneur ne laisse pas pierre sur pierre de cette disposition des pharisiens. Le Royaume de Dieu et le royaume de César apparaissent dans la réponse du Christ comme deux plans qui ne se croisent pas, incomparables l'un à l'autre par leur échelle. Le Royaume de Dieu appartient à l'éternité et embrasse tout ce qui existe, tandis qu'un royaume terrestre, limité dans le temps et l'espace, ne peut même pas en être une petite ressemblance, pas plus qu'une troupe d'infusoires dans une flaque de cour ne peut être une ressemblance comparable de la biosphère terrestre. Ainsi, la réponse du Christ rejette entièrement la sacralisation romaine, et aussi celle du judaïsme tardif, du royaume terrestre. Plus tard, l'apôtre Paul donnera les éclaircissements définitifs sur ce thème lorsqu'il dira que notre citoyenneté est dans les cieux, et que nous devons obéir aux autorités terrestres seulement parce que, et dans la mesure où, elles s'opposent au mal et à la violence.
Mais l'essentiel dans les paroles du Christ est l'appel à rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Même la question du rapport entre les royaumes terrestre et céleste passe au second plan. L'essentiel n'est pas la manière dont tu organises tes affaires et tes relations terrestres ; l'essentiel est la manière dont tu construis tes relations avec Dieu. Payer ou non l'impôt à César n'est pas une question si simple ni si évidente, mais elle peut être résolue. La vie de l'homme, elle, n'est pas déterminée par cela, mais par ce qu'il apporte à Dieu.
29 Jésus leur répondit : " Vous êtes dans l'erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu. |
30 À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. |
Au cours de son ministère terrestre, on posa plus d'une fois à Jésus des questions pièges et on lui proposa des problèmes d'ingéniosité tirés des manuels de théologie existant alors. Il existait bien sûr des réponses traditionnelles à ces questions pièges, autre question de savoir à quel point elles étaient convaincantes. Mais Jésus utilise même celles-ci pour témoigner du Royaume. Il en fut ainsi avec la question qui lui fut posée au sujet de la femme qui avait été mariée plusieurs fois, où il s'agit probablement de la coutume du lévirat. Cet exemple, manifestement, était utilisé par les sadducéens, et d'abord, évidemment, par les représentants du sacerdoce du Temple, pour réfuter la possibilité de la résurrection universelle, à laquelle croyait la Synagogue, et en premier lieu bien sûr les pharisiens.
Il n'est pas difficile de voir que le principal malentendu ici n'est pas lié à des subtilités théologiques, mais à une compréhension fausse du Royaume et de sa nature. Et Jésus, sans entrer dans des raisonnements abstraits, attire l'attention de ses interlocuteurs précisément sur ce point. Il leur dit directement: vous ne comprenez ni les Écritures, ni la manière dont Dieu agit dans le monde. Et il ajoute: dans le Royaume de Dieu, on ne se marie pas et on ne donne pas en mariage, mais on demeure comme des anges dans les cieux.
La réponse est remarquable. Il ne reste qu'à comprendre comment exactement les anges « demeurent dans les cieux ». Mais ici, Jésus ne donne manifestement à ses interlocuteurs aucune explication supplémentaire. Une seule chose est claire: cela ne ressemble pas au mode de vie dans le monde non transformé. Et l'essentiel n'est pas de tenter de comprendre quelles sont les relations conjugales dans le Royaume. L'essentiel est de comprendre que cela ne ressemble à rien de ce qui se passe dans notre monde, et de ne pas essayer d'extrapoler au Royaume les lois terrestres.
Or, à en juger par la question posée à Jésus, de telles extrapolations étaient monnaie courante dans la théologie juive de l'époque. Jésus, manifestement, propose à ses interlocuteurs de se détacher des clichés auxquels ils sont habitués. Et cela, non pas tant pour eux-mêmes, car ils ne posaient la question que pour le « coincer », que pour les auditeurs, puisque la conversation était publique. Il fallait leur faire comprendre que le Royaume est en réalité tout autre. Du moins à ceux d'entre eux qui peuvent et veulent entendre.
34 Apprenant qu'il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent en groupe, |
35 et l'un d'eux lui demanda pour l'embarrasser: |
36 " Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? " |
37 Jésus lui dit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : |
38 voilà le plus grand et le premier commandement. |
39 Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. |
40 A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. " |
Il n'est pas difficile d'imaginer l'état ambivalent des pharisiens après que Jésus eut réduit au silence les sadducéens: celui avec qui ils avaient l'habitude de polémiquer avait confondu leurs adversaires. Aussi la question du docteur de la Loi au sujet des deux plus grands commandements ressemble-t-elle à une sorte de sondage: ne serait-il pas possible de l'attirer de leur côté? Il est difficile aux pharisiens, et pas seulement à eux, de comprendre qu'en réalité c'était à eux de prendre la décision de passer de son côté. D'ailleurs, aujourd'hui encore, beaucoup d'idéologues ne résistent pas à la tentation de présenter le Christ comme leur précurseur et leur allié; eux aussi veulent le faire passer dans leur camp, mais ce qui paraît cohérent dans les articles de propagande s'écroule au contact de la Réalité.
Et voici que le Christ répond à la question du pharisien. Mais, ce faisant, il ne donne pas simplement une réponse à cette question particulière: il révèle les fondements centraux de la foi et de la vie. Il est clair qu'il a appelé commandement principal les paroles sur l'amour de Dieu qui absorbe toutes les forces et tous les élans. Cependant, il a qualifié le commandement de l'amour du prochain de semblable à lui, ce qui pouvait paraître étrange à ceux qui avaient l'habitude de placer les représentations religieuses au-dessus de tout ce qui est humain. Et pourtant, c'est précisément cela que le Christ a apporté aux hommes et qui distingue le christianisme de toutes les religions.
Bien sûr, le commandement de l'amour des hommes n'est pas égal au commandement de l'amour de Dieu; il lui est seulement semblable. Mais l'homme, dans le christianisme, est élevé aussi haut qu'aucun enseignement ne l'élève. Et seul le Christ détruit définitivement la barrière infranchissable entre Dieu et les hommes.
34 Apprenant qu'il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent en groupe, |
35 et l'un d'eux lui demanda pour l'embarrasser: |
36 " Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? " |
37 Jésus lui dit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : |
38 voilà le plus grand et le premier commandement. |
39 Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. |
40 A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. " |
En quoi consiste donc la « nouveauté » du Nouveau Testament ? Y a-t-il vraiment quelque chose de nouveau dans les paroles de Jésus lorsque, citant l'Ancien Testament, Il nomme les principaux commandements, les commandements de l'amour de Dieu et du prochain ? Oui, parce qu'avant l'incarnation, avant que Dieu ne se fasse homme, les hommes n'accomplissaient pas l'Alliance conclue avec Dieu, ils la violaient.
Mais Dieu est fidèle jusqu'au bout. Il n'a pas seulement accompli Lui-même l'Alliance, Il l'a fait aussi pour l'homme qu'Il avait créé, mais qui avait péché. L'homme déchu ne pouvait pas être fidèle, et Dieu s'est incarné et a Lui-même accompli l'Alliance que les hommes avaient reçue de Lui. Il a fait ce que nous devions faire ; Il ne nous a pas seulement montré un exemple, un chemin, Il est Lui-même devenu le Chemin sur lequel nous devons marcher, la Vérité que nous pouvons suivre, en laquelle nous pouvons croire, et la Vie dont nous pouvons vivre.
35 et l'un d'eux lui demanda pour l'embarrasser: |
36 " Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? " |
Dans les différents Évangiles, ce dialogue est décrit de diverses manières. Il est possible que plusieurs personnes se soient approchées de Jésus à différentes reprises avec cette question. Dans l'Évangile selon Matthieu, le scribe pose la question, semble-t-il, parce qu'il veut comprendre comment trouver le juste repère dans cette mer de commandements en laquelle les spécialistes juifs avaient transformé la Loi de Dieu. En acceptant la réponse de Jésus, le scribe passe d'une compréhension intellectuelle des commandements à leur fondement dans le coeur, et par là il se rapproche du Royaume du Christ. Après cela, ceux qui tentaient de prendre Jésus au piège cessent de lui poser des questions, sans doute par crainte qu'une conversion semblable ne leur arrive aussi.
35 et l'un d'eux lui demanda pour l'embarrasser: |
36 " Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? " |
37 Jésus lui dit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : |
38 voilà le plus grand et le premier commandement. |
39 Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. |
40 A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. " |
41 Comme les Pharisiens se trouvaient réunis, Jésus leur posa cette question: |
42 " Quelle est votre opinion au sujet du Christ ? De qui est-il fils ? " Ils lui disent : " De David. " - |
43 " Comment donc, dit-il, David parlant sous l'inspiration l'appelle-t-il Seigneur quand il dit : |
44 Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Siège à ma droite, jusqu'à ce que j'aie mis tes ennemis dessous tes pieds? |
45 " Si donc David l'appelle Seigneur, comment est-il son fils ? " |
46 Nul ne fut capable de lui répondre un mot. Et à partir de ce jour personne n'osa plus l'interroger. |
Le texte du psaume que le Seigneur nous cite aujourd'hui est étonnant par sa puissance prophétique. On peine à croire qu'une telle chose ait pu exister pre factum, avant que l'essence tri-hypostatique de Dieu nous soit révélée. C'est pourquoi, bien sûr, les adversaires du christianisme ont toujours tenté de réfuter le fait qu'il s'agissait d'une prophétie, tant elle est forte.
Pour cette raison, Jean Chrysostome, dans ses homélies sur les psaumes, accueille précisément ses auditeurs par l'apologétique lorsqu'il est question du psaume 109. Voici ce qu'il écrit. « Lorsque nous affirmons que cela est clairement dit du Christ, les Juifs ne l'acceptent pas, mais inventent autre chose ». Il énumère ensuite les variantes proposées pour désigner l'interlocuteur de Dieu : Abraham, Zorobabel ou même tout le peuple. Le saint réfute toutes ces versions avec beaucoup d'émotion. « Est-il fondé de rapporter à Abraham les paroles : Du sein, avant l'aurore, je T'ai engendré » ? Comment peut-on les rapporter aussi à David, ou à Zorobabel, ou au peuple ? Ce qui est dit ici dépasse la nature humaine ». De plus, il est ici question d'une « Personne ayant un sacerdoce extraordinaire et admirable : Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédek ». Mais ensuite « ils disent : « Comment admets-tu un autre Seigneur, quand l'Écriture dit clairement : « Le Seigneur ton Dieu. Le Seigneur est un, et tu Le serviras Lui seul, et il n'y a pas de Dieu hors de Lui » (Dt 4:35, 6:13). Mais pour qui, dis-moi, cela a-t-il été dit ? Principalement à cause de ton ignorance, Juif. Pourquoi rien de semblable n'a-t-il été dit ni à Abraham, ni à Isaac, ni à Jacob, ni à Moïse, mais à toi seul, lorsque, sorti d'Égypte, tu t'es fait un veau ? ».
Mais nous savons bien que nous confessons le monothéisme. Bien sûr, pour l'homme de notre siècle, il est beaucoup plus simple que pour l'homme du temps de Jean Chrysostome de comprendre cette contradiction visible. Nous comprenons qu'une communion inter-hypostatique est possible, car elle nous a été manifestée par le Christ. Mais, en même temps, l'unité n'est pas rompue. Bien plus, nous sommes nous-mêmes appelés à réaliser cette même unité, une unité indivise et sans confusion. « Comme Toi, Père, Tu es en moi et moi en Toi, qu'eux aussi soient un en nous » (Jn 17:21).
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