RÉFLEXIONS pour Jn 12:1-11
Voyant Marie oindre le Christ de parfum, Judas propose avec pragmatisme que les sommes ainsi dépensées soient consacrées aux besoins sociaux. L’évangéliste note qu’à ce moment Judas avait déjà conçu sa trahison. Pourtant, si nous nous étions trouvés là, la plupart d’entre nous auraient sans doute jugé convaincante l’argumentation de Judas, tant son raisonnement correspond au « bon sens » quotidien. La réaction des autres apôtres, qui ne devinrent pas des traîtres, était semblable. Mais ce qu’a fait Marie était une manifestation d’amour qui dépassait et rompait le cours habituel du quotidien, perçu comme une norme immuable.
Le pragmatisme, quant à lui, se révèle une tentation, et même la nécessité du service social, justifiée en elle-même, peut devenir un prétexte pour commettre le mal et rejeter l’amour. Le Christ ne rejette nullement la nécessité du service concret. Ses paroles selon lesquelles vous avez toujours les pauvres avec vous indiquent précisément qu’il faut aider les nécessiteux ; elles ne nient aucunement l’aumône, comme certains voudraient les interpréter. Il ne rejette pas non plus le service domestique de Marthe. Mais sans amour, les programmes sociaux dégénèrent. N’est-ce pas là la racine de l’effondrement des expériences sociales du XXe siècle ?
