1 Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » |
2 La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. |
3 Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort. » |
4 Le serpent répliqua à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! |
5 Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. » |
6 La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea. |
7 Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus ; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes. |
8 Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. |
9 Yahvé Dieu appela l’homme : « Où es-tu ? » dit-il. |
10 « J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » |
Discuter de l’impossibilité du passage de la mer Rouge, de la manne céleste, du déluge universel, est pour le moins étrange lorsque nous lisons l’un des événements les plus incroyables. Une ville entière a abandonné toutes ses affaires, et tous, depuis le roi jusqu’aux enfants, ont demandé pardon et miséricorde. C’est comme si un homme venu d’une autre ville arrivait à Tallinn, Tver, Kostroma, Koursk ou dans n’importe quel arrondissement de Moscou comptant cent vingt mille habitants, et se mettait à parcourir la ville en disant que, dans quarante jours, elle serait détruite à cause de ce qui s’y passe. Et qu’après cela, tous, y compris l’administration municipale avec le maire à sa tête, décidaient de ne plus faire le mal ni commettre de violence. Tout cela est si incroyable qu’il est encore plus difficile de prendre conscience du résultat auquel cela a conduit. Ils ont changé leur vie, renoncé au mal, et Dieu a suspendu l’action des lois de la nature. Il a annulé Sa décision de détruire la ville parce que les hommes, voyant jusqu’où ils s’étaient conduits eux-mêmes, se sont tournés vers Lui pour obtenir miséricorde. À bien y réfléchir, il n’y a là aucune contradiction, puisqu’Il a Lui-même dit que nous pouvons choisir «la vie et le bien, ou la mort et le mal». Et en choisissant le bien, nous choisissons un jugement selon la miséricorde, non selon la justice stricte.
4 Le serpent répliqua à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! |
La plupart des questions surgissent d'ordinaire à propos de ce que signifie « connaissant le bien et le mal ». Comment peut-on juger l'acte moral d'une personne qui ne sait pas (comme cela aurait été le cas avant la chute pour Adam et Ève) ce que sont le bien et le mal ? Nous ne jugeons pas un enfant ; nous lui expliquons qu'il a mal agi, mais même au sens purement juridique nous ne le jugeons pas, parce que nous comprenons qu'il ne sait tout simplement pas encore ce que sont le bien et le mal.
Mais ici il s'agit de tout autre chose. Se représenter la situation ainsi est radicalement faux. En réalité, il s'agit du fait que le serpent propose à Adam et Ève d'obtenir la possibilité de décider ce qui est bien et ce qui est mal. « Connaître » (hébr. « yada ») signifie souvent « savoir faire », « maîtriser », « posséder ». La notion de ce qui est bien et de ce qui est mal est au fondement de la création ; c'est une partie structurante, porteuse de sens, de l'Univers. C'est précisément pourquoi il est dit « comme des dieux » : il leur est proposé de construire leur propre petit monde, séparé, où ils seraient leurs propres maîtres.
Et ensuite tout est très simple. Il suffit de faire un pas dans la mauvaise direction, et tout s'enchaîne. Il est beaucoup plus facile de s'abstenir complètement de la tentation que de se dire, après réflexion, que l'on s'en permettra un peu, puis de lutter ensuite contre sa force décuplée. Telle est la loi de tout péché.
8 Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. |
Pourquoi l'homme a-t-il soudain décidé de se cacher de Dieu ? Qu'est-ce qui le poussait à cet instant ? La peur du châtiment ? Bien sûr, l'homme avait toutes les raisons de craindre le mécontentement de Dieu, comme Dieu avait toutes les raisons d'être mécontent après ce qui était arrivé. Mais l'homme n'avait certainement pas encore oublié ce qu'est la miséricorde de Dieu et quelle en est la mesure ; il ne pouvait pas ignorer qu'une seule parole de repentir pouvait rétablir des relations déjà en train de se détruire. De même, il ne pouvait pas ne pas comprendre que le refus de la communion devait inévitablement conduire à l'éloigner davantage de celui sans qui le jardin d'Éden deviendrait bientôt pour lui un désert envahi de mauvaises herbes et de buissons épineux. Apparemment, quelque chose de plus sérieux et de plus profond que la peur animait l'homme à ce moment-là.
Peut-être la même chose qui, auparavant, l'avait poussé à goûter au fruit défendu. Qu'était-ce ? Le désir de pouvoir ? L'aspiration à se placer au-dessus de Dieu ? Cela est peu crédible : même nous comprenons qu'il n'y a rien de bon dans de tels désirs, et les hommes qui vivaient avant la chute n'étaient en rien pires que nous, mais infiniment meilleurs. Qu'est-ce qui pouvait les séduire ? Aussi paradoxal que cela paraisse, la principale tentation pouvait justement être les possibilités créatrices de l'homme, infiniment supérieures aux nôtres. Créer un monde remarquable, selon son propre projet, soi-même, par ses propres forces ! Une telle tâche pouvait paraître tout à fait à la portée de l'homme parfait. Et ensuite, peut-être même présenter sa création à Dieu comme un don magnifique et grandiose !
Bien sûr, cette entreprise était condamnée dès le début, et l'homme commença très vite à comprendre que son projet ne réussissait pas. Mais aller alors à la rencontre de Dieu signifiait capituler, reconnaître sa défaite et l'inconsistance de son propre dessein, reconnaître l'échec de tout ce projet grandiose. Il n'est pas étonnant qu'un tel aveu ait été pour l'homme pire que n'importe quel châtiment. Et la tentative de se cacher de Dieu n'était peut-être que le désir de gagner le temps nécessaire pour tout réparer et quand même aller à la rencontre de Dieu non comme un perdant, mais comme un vainqueur triomphant à qui tout ce qu'il avait conçu avait réussi. Alors l'échec créateur se transforma en échec spirituel, en rupture qui, malheureusement, détermina toute l'histoire ultérieure de l'humanité. Une humanité qu'il ne fallait désormais plus conduire en avant, mais tirer de la fosse où elle s'était retrouvée. Une humanité qui, désormais, avait besoin non seulement de transfiguration, mais aussi de salut.
1 Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » |
2 La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. |
3 Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort. » |
4 Le serpent répliqua à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! |
5 Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. » |
6 La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea. |
7 Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus ; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes. |
8 Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. |
9 Yahvé Dieu appela l’homme : « Où es-tu ? » dit-il. |
10 « J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » |
11 Il reprit : « Et qui t’a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ! » |
12 L’homme répondit : « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! » |
13 Yahvé Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » Et la femme répondit : « C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé ! » |
14 Alors Yahvé Dieu dit au serpent :« Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie. |
15 Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. » |
16 À la femme, il dit :« Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi. » |
17 À l’homme, il dit :« Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi ! À force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie. |
18 Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs. |
19 À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise. » |
20 L’homme appela sa femme « Ève », parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. |
21 Yahvé Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit. |
22 Puis Yahvé Dieu dit : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours ! » |
23 Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’Éden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. |
24 Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Éden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie. |
Le récit biblique de la chute a toujours suscité chez le lecteur de nombreuses questions. Que signifie, que symbolise l'arbre de la connaissance du bien et du mal ? Pourquoi connaître le bien et le mal est-il mauvais ? D'où vient le serpent dans le jardin d'Éden ? Et qu'est-il finalement arrivé aux hommes pendant la chute ? De la réponse à la première question dépend beaucoup de choses. Pourquoi connaître le bien et le mal était-il dangereux pour l'homme ? Pourquoi manger le fruit de cet arbre précisément conduit-il à la mort, ce dont Dieu avertit l'homme ?
Certains ont cru, et croient encore, qu'il s'agit de ce qu'on appelle parfois « l'innocence enfantine », quoi que l'on entende par là. Parfois on parle directement d'« innocence » sexuelle, parfois d'innocence spirituelle et morale. Pour la première, tout est plus ou moins clair : Dieu a ordonné à l'homme de croître et de se multiplier avant même la chute, et Il ne visait guère d'autres moyens que le moyen traditionnel et bien connu. Pour la seconde, c'est un peu plus compliqué, mais ici aussi il n'est pas difficile de deviner que, même si l'on considère les enfants comme « innocents » au sens du bien et du mal (ce qui en soi est loin d'être évident), une telle ignorance exclut complètement toute responsabilité spirituelle ou morale : l'homme apparaît alors comme un être amoral, auquel il est absurde de prescrire quoi que ce soit comme commandement ou comme interdit moral, voire comportemental.
Il s'agit manifestement d'autre chose. Par « bien et mal », dans l'Antiquité, on entendait souvent tout l'univers, que l'on décrivait alors fréquemment au moyen de l'une ou l'autre paire d'opposés englobants, à l'échelle cosmique, tels que, par exemple, « ciel et terre » dans le Poème biblique de la création. « Bien et mal » était aussi l'une de ces paires. Quant à la connaissance dans la Bible, elle est toujours quelque chose de pratique, et non d'abstraitement contemplatif ; elle suppose de pénétrer dans ce qui est connu et d'en prendre possession, et non simplement de l'analyser à distance. Pour connaître le monde, il fallait s'y plonger tête la première, et dans tout le mal qui s'y trouvait aussi. Or il y était déjà dans le monde : les anges étaient tombés avant l'homme, et le serpent dans le jardin d'Éden, symbole de la puissance des ténèbres, le confirme.
Le serpent, parce que dans l'Antiquité le serpent était précisément le symbole de diverses pratiques magiques, qui, du point de vue biblique en tout cas, étaient un mal et un défi lancé à Dieu. C'est ce désir de plonger tête la première dans le mal du monde, de l'essayer, puis de décider soi-même s'il est vraiment mal ou non, qui fait tomber l'homme. Il est tout à fait possible qu'au début l'homme n'ait pas du tout eu l'intention de se brouiller avec Dieu, de Le défier. Il voulait simplement essayer de créer son propre monde, où il déterminerait tout lui-même, y compris la question de savoir ce qui, pour lui, pour l'homme, est bien et ce qui est mal.
Mais l'homme n'eut manifestement pas assez de forces pour créer un tel monde ; dès que ses « yeux s'ouvrirent », il vit sa nudité, sa propre incapacité à la lumière de la tâche qu'il s'était assignée. Reconnaître une telle incapacité devant Dieu est effrayant, non parce qu'Il punira, mais parce qu'il faudra non seulement tomber à ses propres yeux, mais aussi renoncer à un projet si remarquable (ou plutôt à ce rêve creux).
Alors, ne voulant pas reconnaître l'évidence, l'homme commence à rejeter la faute sur ceux qui l'entourent, sur les circonstances, en un mot sur tout et sur tous, sauf sur lui-même. Pourtant, pour Dieu, « la femme que Tu m'as donnée » et le serpent tentateur ne sont pas une excuse. Le refus de reconnaître sa responsabilité dresse un mur entre Dieu et l'homme. Un mur qui déterminera désormais toute la vie de l'humanité, désormais l'humanité déchue.
1 Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » |
2 La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. |
3 Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort. » |
4 Le serpent répliqua à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! |
5 Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. » |
6 La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea. |
7 Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus ; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes. |
8 Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. |
9 Yahvé Dieu appela l’homme : « Où es-tu ? » dit-il. |
10 « J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » |
11 Il reprit : « Et qui t’a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ! » |
12 L’homme répondit : « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! » |
13 Yahvé Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » Et la femme répondit : « C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé ! » |
14 Alors Yahvé Dieu dit au serpent :« Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie. |
15 Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. » |
16 À la femme, il dit :« Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi. » |
17 À l’homme, il dit :« Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi ! À force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie. |
18 Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs. |
19 À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise. » |
20 L’homme appela sa femme « Ève », parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. |
21 Yahvé Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit. |
22 Puis Yahvé Dieu dit : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours ! » |
23 Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’Éden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. |
24 Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Éden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie. |
« Si tu es ce que tu penses être, prouve-le. Si tu es ton propre maître, deviens comme Dieu ». Voilà la simplicité raffinée de la tentation : fais ce qu'il t'appartient de faire selon ta condition. La défaite n'est pas dans ce que nous essayons de faire. Nous sommes vaincus lorsque nous acceptons d'être réellement tels que le diable nous nomme. Quand nous commençons à prouver que nous sommes intelligents, bons, magnanimes, grands, tout-puissants, autonomes, ou n'importe quoi d'autre. Il exige des preuves, et nous nous précipitons pour les fournir. Cela finit toujours de la même manière : en fournissant des preuves au menteur, il est impossible de gagner. Que fait Jésus ? Que nous enseigne-t-il en surmontant la tentation ? Il démasque le menteur et le trompeur non pas en accomplissant ce qu'il pourrait évidemment accomplir. Il n'entre pas dans la dispute, nous montrant qu'il n'a besoin d'aucune preuve. Il nous connaît et ne nous propose jamais un fardeau impossible à porter. Il nous demande de l'amour et de la miséricorde ; quant aux preuves que nous pouvons aimer et exercer la miséricorde, il n'en a pas besoin.
1 Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » |
2 La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. |
3 Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort. » |
4 Le serpent répliqua à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! |
5 Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. » |
6 La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea. |
7 Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus ; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes. |
8 Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. |
9 Yahvé Dieu appela l’homme : « Où es-tu ? » dit-il. |
10 « J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » |
11 Il reprit : « Et qui t’a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ! » |
12 L’homme répondit : « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! » |
13 Yahvé Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » Et la femme répondit : « C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé ! » |
14 Alors Yahvé Dieu dit au serpent :« Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie. |
15 Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. » |
16 À la femme, il dit :« Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi. » |
17 À l’homme, il dit :« Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi ! À force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie. |
18 Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs. |
19 À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise. » |
20 L’homme appela sa femme « Ève », parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. |
21 Yahvé Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit. |
22 Puis Yahvé Dieu dit : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours ! » |
23 Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’Éden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. |
24 Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Éden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie. |
À la lecture du récit biblique de la chute, une question surgit d’elle-même : pourquoi Dieu interdit-il à l’homme la connaissance du bien et du mal (Gn 2:16–17) ? Et que veut dire le serpent lorsqu’il dit qu’en connaissant le bien et le mal les hommes « seront comme des dieux » (v.5) ? Car, semble-t-il, sans notions du bien et du mal, aucune morale n’est possible, et donc aucune vie spirituelle non plus. Et l’interdiction elle-même perd alors son sens : comment l’homme aurait-il pu comprendre que la violation de l’interdit était un mal et un péché, s’il ne connaissait ni le bien ni le mal, ni la différence entre eux ? Pour trouver la réponse, il est important de garder à l’esprit que la « connaissance », au sens où l’auteur biblique emploie le mot hébreu correspondant, ne suppose pas simplement une étude abstraite de l’objet connu. « Connaître », dans ce cas, signifie entrer en contact étroit avec ce que l’on connaît, pénétrer et posséder ce qui est connu. Et cela suppose au minimum l’inévitabilité d’un contact direct avec le mal du monde et avec ceux qui le servent. Il n’est pas difficile de prévoir ce que devait devenir pour l’homme un tel contact. Mais dans cette « connaissance » il y a un autre péché, beaucoup plus grave. Car « connaître » signifiait aussi posséder ce qui est connu. Et posséder le « bien et le mal » signifiait posséder tout ce qu’il y a dans le monde de bon et de mauvais. C’est ce que veut dire le serpent lorsqu’il affirme que les hommes « seront comme des dieux » : car si l’homme avait réellement réussi à devenir maître de l’univers, il serait devenu une sorte de petit dieu, possédant sur le monde le même pouvoir que le Créateur lui-même. Il semblerait pourtant que Dieu ait déjà donné à l’homme un tel pouvoir sur le monde (Gn 1:28). Mais il l’a donné à une condition très importante : l’homme laisse à Dieu le soin de déterminer ce qui, dans le monde créé par lui, est bien et ce qui est mal, y compris lorsqu’il s’agit de l’homme lui-même. L’homme ne fait que gérer le monde, comme un intendant dans une maison ; le maître de la maison demeure Dieu qui l’a créée. En prétendant décider lui-même ce qui est bien et ce qui est mal dans le monde, l’homme veut ainsi occuper non plus la place de l’intendant, mais celle du maître de la maison. Bien sûr, cela ne signifie pas que l’homme ait voulu le mal dès le commencement, car le mal ne réside pas dans le pouvoir en tant que tel, mais dans la manière dont l’utilisent ceux entre les mains de qui il se trouve. Peut-être, au début, l’homme pensait-il vraiment qu’en devenant maître de l’univers il pourrait le rendre meilleur. Mais aussitôt après avoir goûté de l’arbre de la connaissance, lorsque les yeux de l’homme « s’ouvrirent » (v.7), il se convainc qu’il n’est nullement un dieu et qu’il ne peut rien faire de bon, non seulement pour l’univers, mais même pour lui-même. La « nudité » signifie ici l’impuissance et la faiblesse de l’homme, qui ne ressemble en rien au dieu qu’il espérait devenir en obtenant, lui semblait-il, une liberté totale et l’indépendance à l’égard de son Créateur. Auparavant, cette « nudité » ne troublait pas l’homme (Gn 2:25) : car il ne prétendait pas à la place de Dieu. Ainsi l’aspiration de l’homme à une prétendue « liberté » et à l’indépendance vis-à-vis de Dieu conduit le monde et l’homme lui-même à une catastrophe dont les conséquences se font sentir jusqu’à aujourd’hui.
9 Yahvé Dieu appela l’homme : « Où es-tu ? » dit-il. |
10 « J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » |
11 Il reprit : « Et qui t’a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ! » |
12 L’homme répondit : « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! » |
13 Yahvé Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » Et la femme répondit : « C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé ! » |
14 Alors Yahvé Dieu dit au serpent :« Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie. |
15 Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. » |
La chute, telle que la décrit l'auteur du Pentateuque, ne se limite pas à ce qui est arrivé à l'être humain après avoir mangé le fruit défendu. Ce n'était que le commencement. Elle s'est poursuivie dans ce dialogue avec Dieu après lequel le retour à l'état antérieur est devenu impossible, du moins sans cette action particulière de Dieu que nous connaissons sous le nom de Rédemption. Que s'est-il donc passé lors de la rencontre avec Dieu décrite dans le récit de la chute ?
À première vue, on pourrait croire que l'être humain a simplement eu peur de Dieu. Ce ne serait pas étonnant : il venait de transgresser l'interdit et, selon la logique qui nous est familière, devait s'attendre à une punition. Mais notre logique, celle des êtres humains déchus, voit souvent Dieu tout autrement qu'Il n'est en réalité. Nous avons souvent l'impression que Dieu n'a d'autre souci que de nous punir pour nos péchés.
Pourtant, l'Ancien comme le Nouveau Testament expriment très clairement l'idée que ce n'est pas Dieu qui punit l'être humain pour ses péchés : le péché et ses conséquences deviennent par eux-mêmes son châtiment, tandis que Dieu cherche seulement à libérer du péché l'humanité entière et chaque personne. L'être humain, qui ne s'était pas encore autant éloigné de Dieu que nous le faisons souvent, pouvait difficilement l'ignorer. Ce n'était pas la punition qu'il craignait.
Qu'était-ce donc ? Qu'est-ce qui pouvait pousser l'être humain à éviter la rencontre avec Dieu ? Le fait même d'avoir mangé le fruit défendu ? Ses conséquences ? Lesquelles ? Aussitôt après en avoir mangé, ses yeux s'ouvrent et il voit sa nudité. Pour nous aujourd'hui, le contexte sexuel est évident — mais c'est pour nous aujourd'hui. Pour les anciens, le vêtement était avant tout lié au statut social et à la protection de la personne. Au cours de la chute, l'être humain découvre soudain son incapacité, sa vulnérabilité et son impuissance dans un monde où il est resté seul. Lui qui rêvait de devenir un dieu dans son propre monde !
Il y a de quoi être, sinon désespéré, du moins profondément déconcerté. Et, bien entendu, on n'a aucune envie de voir Dieu dans un tel état. Mieux vaut attendre que tous les problèmes soient résolus et qu'on ait quelque chose à Lui présenter, à Lui montrer ! Alors on pourra aller à Sa rencontre dans toute sa splendeur ! Pour le moment, mieux vaut se retirer dans l'ombre. Et s'Il pose malgré tout des questions, trouver quelqu'un à qui imputer l'échec.
C'est là que la séparation d'avec Dieu devient irréversible : la volonté humaine décide de tout. Dieu peut me pardonner n'importe quel péché et m'aidera à réparer les conséquences de n'importe quelle erreur. Mais si je Lui dis que tout va bien pour moi et que je n'ai pas besoin de Son aide, Il Se tiendra à l'écart. Dès cet instant, toutes les conséquences de tous mes péchés et de toutes mes erreurs seront les miennes, et les miennes seules. Dieu ne S'impose pas. Il est prêt à nous ouvrir Son Royaume. Mais Il ne nous y conduira pas de force, sans notre consentement : notre liberté est pour Lui une valeur absolue.
9 Yahvé Dieu appela l’homme : « Où es-tu ? » dit-il. |
10 « J’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » |
11 Il reprit : « Et qui t’a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ! » |
12 L’homme répondit : « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! » |
13 Yahvé Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » Et la femme répondit : « C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé ! » |
14 Alors Yahvé Dieu dit au serpent :« Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie. |
15 Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. » |
16 À la femme, il dit :« Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi. » |
17 À l’homme, il dit :« Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi ! À force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie. |
18 Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs. |
19 À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise. » |
20 L’homme appela sa femme « Ève », parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. |
21 Yahvé Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit. |
22 Puis Yahvé Dieu dit : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours ! » |
23 Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’Éden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. |
24 Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Éden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie. |
Comme ce que nous lisons aujourd'hui dans le livre de la Genèse ressemble à notre vie. Après cela, il est difficile de douter que la Bible soit un livre non pas sur quelqu'un quelque part, mais sur nous. Ayant transgressé la volonté de Dieu, Adam et Ève se cachent, comme nous le faisons d'ordinaire. À la question directe de savoir s'il a mangé des fruits, Adam ne répond pas « oui ». Il dit : « C'est la femme que tu m'as donnée qui m'a persuadé, et voilà, j'ai mangé. » Bien sûr, je n'y suis pour rien ; c'est toi-même qui m'as donné une telle femme, c'est donc toi le coupable de tout, et elle aussi est coupable, mais moi je suis en général la partie lésée...
À la question directe, Ève répond : « Le serpent m'a trompée, moi aussi je n'y suis pour rien. » Le coupable est toujours l'autre. On a tellement peu envie de porter la responsabilité de ses actes... Mais on peut tromper les hommes, on peut aussi se tromper soi-même ; cependant on ne trompe pas le Seigneur. Il voit les coeurs... Il vaut donc mieux, pour nous aussi, regarder notre coeur objectivement, sans essayer de nous tromper nous-mêmes ni de tromper les autres.
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