L'hymne à la libération qui constitue le chapitre 10 du livre du prophète Zacharie emploie de nombreuses images traditionnelles chez...
L'hymne à la libération qui constitue le chapitre 10 du livre du prophète Zacharie emploie de nombreuses images traditionnelles chez les prophètes et rappelle ainsi, en partie, les hymnes et les prophéties messianiques. Mais le fond de son propos est différent. À la fin du chapitre précédent, le prophète parlait de la restauration de la beauté spirituelle du peuple élu ; l'hymne du chapitre 10 développe et précise, au fond, cette pensée. Les paroles du Second Zacharie sur la pluie par laquelle la bénédiction de Dieu descendra sur la Terre sainte font écho à la prophétie de Joël, prononcée presque au même moment. Peut-être, au tournant des Ve et IVe siècles avant Jésus-Christ, la pluie est-elle devenue un symbole caractéristique de l'effusion de l'Esprit de Dieu qui purifie les cœurs. Le Second Zacharie juge cette action de l'Esprit nécessaire, car diverses formes de magie païenne se répandent de nouveau parmi le peuple : divinations et rêves qui troublent les cœurs. À l'époque du Second Zacharie et de Joël, cela était largement lié à la domination étrangère et à l'assimilation culturelle d'Israël dans le monde gréco-perse.
Il est difficile de dire qui le prophète désigne par les pasteurs contre lesquels s'est enflammée la colère du Seigneur. Selon une interprétation, il s'agit des dirigeants politiques du monde proche-oriental, qui imposaient leur culture et leurs cultes par les armes. Mais il est également possible que, conformément à la tradition prophétique, il s'agisse des guides spirituels du peuple de Dieu, de plus en plus séduits à cette époque par une culture nouvelle pour eux et par un mode de vie raffiné, au mépris de la foi austère et pure de leurs pères. C'est précisément alors que naît le mouvement sadducéen, mouvement politico-religieux qui occupera la première place au temps de la venue du Seigneur Jésus-Christ ; peut-être le Second Zacharie les désigne-t-il justement par ces pasteurs. Ces deux interprétations ne s'excluent d'ailleurs pas : il est évident que le prophète vise ceux qui déterminent le chemin spirituel du peuple. C'est précisément pour cela qu'ils sont appelés des boucs : on utilise en effet souvent des boucs pour mener les troupeaux de brebis au pâturage.
Le prophète voit en ces hommes quelque chose de profondément étranger au peuple élu. La délivrance dont il parle au chapitre 10 signifie que le Seigneur choisira de nouveaux chefs parmi les fidèles d'Israël. Ils ne se tourneront plus vers les dieux étrangers, et le peuple retrouvera force et joie dans la fidélité au Dieu unique. Le prophète le représente par des images familières et proches de ses auditeurs : la victoire sur les ennemis, le rassemblement des enfants dispersés de Dieu et l'affermissement d'Israël dans la foi.
Cette prophétie est très importante dans le contexte de la seconde moitié du livre de Zacharie. Parlant de la venue du Messie, le Roi plein de douceur, le prophète voit refleurir la beauté d'Israël, la vigne bien-aimée de Dieu. Comme son fruit, des hommes de foi se lèvent à Sa rencontre ; ils suivront le Messie et conduiront tout le peuple sur ce chemin. Le prophète voit les événements à venir comme un nouvel exode, cette fois non de la servitude égyptienne, mais des ténèbres du paganisme et de l'incroyance. Voilà pourquoi les anciens oppresseurs, l'Égypte et l'Assyrie, apparaissent dans ses paroles, bien que le paganisme dont le Messie délivre les hommes soit essentiellement d'origine gréco-perse. On ne peut manquer de rappeler que cette délivrance des ténèbres de l'erreur deviendra précisément l'un des aspects majeurs de l'action salvatrice de Dieu pour les théologiens grecs de l'époque byzantine.
2 u) La rencontre des devins et des téraphim se trouve aussi en 1 S 15.23. Les téraphim sont ici des moyens de divination cf. Ex 21.26. L’activité des devins est attestée, après l’Exil, par Ml 3.5, cf. Lv 19.31 ; 20.6.
3 v) Ce difficile passage, qu’unifie ce titre, entremêle curieusement des morceaux où Yahvé parle (3a, 6, 8-11) et d’autres où il est parlé de lui à la troisième personne (3-5, 7, 12 ; 11.1-3).
3 w) Ou « visiter » (paqad comme au stique suivant) visite punitive contre les monarques étrangers qui dominent le peuple saint. Le terme de « pasteur » leur est appliqué en Jr 25.34s ; Na 3.18 (et cf. Isa 44.28) ; pareillement celui de « bouc » en Dn 8.5s. La seconde « visite » au troupeau est au contraire favorable.
4 x) Les chefs qui vont enfin sortir du peuple.
9 y) Littéralement « ils vivront »; le grec traduit « ils élèveront ».
10 z) Assur et l’Égypte désignent ici les pays oppresseurs en général. — Galaad fut le premier territoire conquis après l’Exode, cf. Isa 40.3.
11 a) « ils traverseront » grec ; « il traversera » hébr. — « d’Égypte » miçrayim conj. d’après la suite du v. ; « de la détresse » ou « étroite » (grec) çarah hébr.
Le livre de Zacharie se compose de deux parties bien distinctes : 1-8 et 9-14. Après une introduction, datée d’octobre-novembre 520, deux mois après la première prophétie d’Aggée, le livre rapporte huit visions du prophète datées de février 519, 1.7 – 6.8, suivies du couronnement symbolique de Zorobabel (les réviseurs ont substitué le nom du grand prêtre Josué lorsque se fut évanoui l’espoir qu’on avait mis en Zorobabel et que le sacerdoce détint tout le pouvoir), 6.9-14. Le chap. 7 fait un retour sur le passé national et le chap. 8 ouvre des perspectives de salut messianique, l’un et l’autre à propos d’une question sur le jeûne, posée en novembre 518.
Cet ensemble bien daté et de pensée homogène est certainement authentique ; il porte cependant les marques d’une révision, faite par le prophète lui-même ou par ses disciples. Par exemple, les annonces universalistes de 8.20-23 ont été ajoutées après 8.18-19 qui est une conclusion.
Comme Aggée, Zacharie se préoccupe de la reconstruction du Temple. Mais il fait une part plus large à la restauration nationale et à ses exigences de pureté et de moralité, et l’attente eschatologique est plus pressante. Cette restauration doit ouvrir une ère messianique où le sacerdoce représenté par Josué sera exalté, 3.1-7, mais où la royauté sera exercée par le « Germe », 3.8, terme messianique que 6.12 applique à Zorobabel. Les deux Oints, 4.14, gouverneront en parfait accord, 6.13. Ainsi Zacharie fait renaître la vieille idée du messianisme royal mais l’associe aux préoccupations sacerdotales d’Ézéchiel, dont l’influence se marque sur bien des points : rôle prépondérant des visions, tendance apocalyptique, souci de la pureté. Les mêmes traits et la part faite aux anges préludent à Daniel.
La deuxième partie, 9-14, qui s’ouvre d’ailleurs par un nouveau titre, 9.1, est toute différente. Les pièces sont sans date et anonymes. Il n’est plus question ni de Zacharie, ni de Josué, ni de Zorobabel, ni de la construction du Temple. Le style est différent et fait un fréquent usage des livres antérieurs, surtout Jr et Ez. L’horizon historique n’est plus le même ; Assur et l’Égypte viennent comme les noms symboliques de tous les oppresseurs.
Ces chapitres ont très vraisemblablement été composés dans les dernières décennies du IVe siècle av. J.-C., après la conquête d’Alexandre. Malgré les efforts récemment renouvelés pour prouver leur unité, il faut admettre qu’ils sont disparates. On distingue deux sections introduites chacune par un titre, 9-11 et 12-14 ; la première est presque entièrement en vers, la seconde est presque entièrement en prose. On parle d’un Deutéro-Zacharie et d’un Trito-Zacharie. En fait ce sont deux collections elles-mêmes composites. La première utilise peut-être d’anciens morceaux poétiques, préexiliques, et se réfère à des faits d’histoire qu’il est difficile de préciser (l’application de 9.1-8 à la conquête d’Alexandre reste la plus vraisemblable). La seconde partie, 12-14, décrit en termes d’apocalypse les épreuves et les gloires de la Jérusalem des derniers temps. Mais l’eschatologie n’est pas absente de la première partie et certains thèmes se retrouvent dans les deux sections, ainsi celui des « pasteurs » du peuple, 10.2-3 ; 11.4-14 ; 13.7-9.
Cette partie du livre est importante surtout par sa doctrine messianique, d’ailleurs peu unifiée : relèvement de la maison de David, 12 Passim, attente d’un Roi messie humble et pacifique, 9.9-10, mais annonce mystérieuse du Transpercé, 12.10, théocratie guerrière, 10.3 – 11.3, mais aussi cultuelle à la manière d’Ézéchiel, 14. Ces traits s’harmoniseront dans la personne du Christ et le Nouveau Testament cite souvent ces chapitres de Zacharie ou au moins y fait allusion, ainsi Mt 21.4-5 ; 27.9 (combiné avec Jérémie) ; Mt 26.31 = Mc 14.27 ; Jn 19.37.