13 Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, |
14 et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. |
15 Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux; |
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. |
17 Il leur dit : " Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? " Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. |
18 Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit : " Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci ! " - |
19 " Quoi donc ? " leur dit-il. Ils lui dirent : " Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, |
20 comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. |
21 Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées! |
22 Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau |
23 et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. |
24 Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ! " |
25 Alors il leur dit : " O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes ! |
26 Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " |
27 Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. |
28 Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. |
29 Mais ils le pressèrent en disant : " Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. " Il entra donc pour rester avec eux. |
30 Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. |
31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. |
32 Et ils se dirent l'un à l'autre : " Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? " |
33 À cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, |
34 qui dirent : " C'est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! " |
35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. |
36 Tandis qu'ils disaient cela, lui se tint au milieu d'eux et leur dit : " Paix à vous ! " |
37 Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. |
38 Mais il leur dit : " Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre cœur ? |
39 Voyez mes mains et mes pieds ; c'est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. " |
40 Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. |
41 Et comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d'étonnement, il leur dit : " Avez-vous ici quelque chose à manger ? |
42 Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. |
43 Il le prit et le mangea devant eux. |
Au début, lorsque le Ressuscité apparaissait aux apôtres, ils ne Le reconnaissaient pas, et pas seulement parce qu'Il avait changé. Pour Le reconnaître, il faut accorder son cœur, comme un œil exercé sait trouver immédiatement l'objet recherché au milieu d'un amas de choses. Le Christ avait appris aux apôtres à reconnaître Sa voix ; après quelques jours de désarroi, ils purent donc retrouver la communion avec Lui. Mais même chez les disciples, un éloignement temporaire du Christ eut pour conséquence qu'ils ne Le reconnurent pas.
Maintenant, après Son départ visible du monde, nous ne parvenons pas toujours, nous non plus, à discerner Sa présence. Mais aujourd'hui encore, par la foi, nous sommes capables de nous disposer à la communion avec le Christ. Car Celui qui a promis d'être avec nous jusqu'à la fin du monde est toujours proche. C'est Lui qui nous accompagne sur les routes terrestres et nous dévoile le sens de l'Écriture qui nous échappe à cause de notre manque d'attention spirituelle.
Et bien sûr, comme les apôtres, nous pouvons aujourd'hui encore Le reconnaître à la fraction du pain, lorsqu'Il ne Se révèle pas seulement, mais S'unit aussi à nous.
13 Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, |
14 et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. |
15 Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux; |
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. |
17 Il leur dit : " Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? " Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. |
18 Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit : " Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci ! " - |
19 " Quoi donc ? " leur dit-il. Ils lui dirent : " Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, |
20 comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. |
21 Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées! |
22 Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau |
23 et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. |
24 Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ! " |
25 Alors il leur dit : " O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes ! |
26 Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " |
27 Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. |
28 Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. |
29 Mais ils le pressèrent en disant : " Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. " Il entra donc pour rester avec eux. |
30 Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. |
31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. |
32 Et ils se dirent l'un à l'autre : " Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? " |
33 À cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, |
34 qui dirent : " C'est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! " |
35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. |
Si, dans le récit précédent, les femmes n’ont pas rencontré Jésus ressuscité et sont devenues participantes de l’Évangile de la Résurrection par la seule foi en sa parole, maintenant nous est décrite une véritable rencontre : car le Christ, non reconnu par les voyageurs, demeure lui-même, et ils ont réellement partagé avec lui la conversation et le repas, même s’ils ne l’ont reconnu qu’au tout dernier moment. Si auparavant Jésus enseignait les foules et discutait ouvertement avec les scribes et les pharisiens, après la Résurrection seuls peuvent le voir et le reconnaître ceux qui le veulent eux-mêmes de tout leur cœur. Et cette reconnaissance se produit précisément dans le cœur : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous ? ».
Cette expérience des deux disciples est ouverte à tous ceux qui ne peuvent se résigner à la mort de l’espérance ; en réalité, c’est l’expérience de l’Église, lorsque « deux ou trois sont réunis » pour rencontrer le Christ dans l’Écriture, car tout y est écrit à son sujet, et reconnaître sa présence au repas du Royaume.
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. |
Une situation étrange, à première vue: les disciples marchent sur la route à côté du Maître sans Le reconnaître. Comment une telle chose a-t-elle pu arriver? Bien sûr, Jésus avait beaucoup changé après la résurrection, mais à d'autres moments et dans d'autres situations, Ses disciples Le reconnaissaient tout de même, même si ce n'était parfois pas tout de suite. Et là, pendant tout le trajet, qui était loin d'être court, ils ne L'ont pas reconnu!
L'évangéliste dit que leurs yeux étaient «retenus»: c'est ainsi que résonne littéralement le mot grec correspondant. Comme si quelque chose les empêchait de voir. Une sorte d'obstacle, quelque chose à travers quoi le regard ne peut pas pénétrer, qui ne le laisse pas passer. Quel est donc cet obstacle invisible? Invisible parce qu'ils marchaient pourtant sur la route côte à côte, qu'ils parlaient, et qu'il semblait que rien ne pouvait empêcher les apôtres de reconnaître Jésus.
Mais ils Le voyaient tout en ne Le voyant pas, pour ainsi dire. Le voyaient-ils indistinctement? À peine: alors ils se seraient posé la question bien plus tôt. Ils Le voyaient plutôt distinctement, mais... comme si ce n'était pas Celui qui, en réalité, marchait à côté d'eux. Cela arrive quand un interlocuteur porte un masque très semblable à un visage humain: on peut alors facilement le prendre pour un autre, mais aucun de ceux qui le voient ne doutera qu'il a devant lui un homme, même inconnu. Quel obstacle a donc ainsi changé l'apparence de Jésus ressuscité?
Manifestement, celui-là même qui sépare le Royaume et notre monde, encore non transfiguré. Lui, Il demeurait déjà dans le Royaume, car après la résurrection Sa vie appartenait entièrement au Royaume, tandis que dans le monde non transfiguré Il n'était visible qu'à ceux qui pouvaient percevoir la réalité du Royaume entrant dans le monde, et dans la mesure où ils le pouvaient. Les apôtres, eux, n'étaient pas encore véritablement prêts à une telle perception. Certes, ils avaient passé beaucoup de temps auprès de Jésus pendant Son ministère terrestre, ils avaient vu des manifestations de la puissance du Royaume, ils avaient senti son souffle.
Mais ils n'avaient pas encore réellement pris part à sa vie. Leur communion au Royaume et à sa vie se produira plus tard, le jour de la Pentecôte, lorsque le souffle du Royaume fera irruption dans le monde, comme le vent. Alors, après la Pentecôte, ils apprendront à Le voir clairement et distinctement. L'obstacle disparaîtra pour eux. Mais pour l'instant il existe encore, et, voyant le Maître, ils ne Le reconnaissent pas si Lui-même ne Se rend pas reconnaissable pour eux. Car seul un habitant du Royaume voit distinctement ses réalités. Et son Roi aussi.
31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. |
Des choses paradoxales arrivent aux apôtres lorsqu'ils communiquent avec Jésus ressuscité. D'abord, pendant assez longtemps, ils marchent sur la route près du Maître sans Le reconnaître. Puis, au moment de la fraction du pain, ils Le reconnaissent, et aussitôt Le perdent de vue. Que se passe-t-il donc ? Jésus aurait-Il donc tellement changé après la résurrection qu'il était absolument impossible de Le reconnaître ? Cela est peu vraisemblable : à d'autres moments, les apôtres Le reconnaissaient.
Peut-être Sa nature, après la résurrection, avait-elle cessé d'être visible aux yeux de l'homme ordinaire ? Manifestement non : avant comme après les événements décrits, les disciples Le voyaient, et plus d'une fois. De quoi s'agit-il donc ? Sans doute de savoir qui voit ce qui se passe dans le Royaume, et jusqu'à quel point. En effet, le Royaume « s'est approché », comme le dit le Sauveur Lui-même. Il est maintenant tout proche. Et le Ressuscité y demeure pleinement, jusqu'au bout ; Il n'appartient plus à l'ancien monde non transfiguré.
Et on ne peut Le voir que dans la mesure où l'on peut pénétrer du regard dans le Royaume. Mais depuis notre monde, pas encore transfiguré, on ne peut voir le Royaume que très peu. On ne peut en voir, pour ainsi dire, que le bord même. D'un autre côté, il est maintenant partout, il est toujours proche ; et si quelqu'un marche près de toi sur la route, on ne peut jamais être sûr que ce quelqu'un se trouve dans le même monde que toi. Il peut fort bien se révéler habitant du Royaume, que l'on peut voir confusément, sans reconnaître son visage, même de l'extérieur, à travers la frontière qui sépare le Royaume de ce monde. Ainsi les apôtres voyaient Jésus ressuscité marcher près d'eux sur la route d'Emmaüs.
Ils étaient d'un côté de la frontière, Lui de l'autre ; mais tant qu'Il était près de la frontière, Ses disciples ne remarquaient rien, pensant qu'Il appartenait au même monde qu'eux. Mais voici que vint le moment de la fraction du pain, où, pour que cette fraction du pain s'accomplisse en plénitude, Il dut s'éloigner de la frontière vers l'intérieur du Royaume, vers ce Trône qui en est le centre.
Et c'est alors que les disciples Le reconnaissent, car la fraction du pain les fait participer à Sa vie, et aussitôt ils Le perdent de vue : ils ne peuvent pas regarder au fond du Royaume, en son centre, où s'est trouvé leur Maître. Rien d'étonnant à cela : les apôtres, malgré leur communion constante avec le Maître avant comme après Sa résurrection, vivaient encore entièrement dans ce monde-ci. Le Royaume restait pour eux quelque chose d'extérieur. Après la Pentecôte, lorsqu'ils deviendront eux-mêmes ses habitants, ils apprendront à voir le Maître partout, où qu'Il soit et où qu'ils se trouvent. Mais cela était encore à venir ; pour l'instant, le Maître apparaissait puis disparaissait pour eux. Comme Son Royaume.
35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. |
36 Tandis qu'ils disaient cela, lui se tint au milieu d'eux et leur dit : " Paix à vous ! " |
37 Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. |
38 Mais il leur dit : " Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre cœur ? |
On a envie de regarder l'apparition de Jésus décrite par Luc avec les yeux d'une personne présente tout près. Nous voyons un groupe de personnes réunies le soir pour partager, unies par le nom de leur Maître. Deux d'entre elles, qui viennent d'arriver d'Emmaüs, racontent sans doute avec passion et ardeur à leurs amis ce qui leur est arrivé avec le Seigneur rencontré en chemin. Quel miracle: le voir et recevoir la confirmation de l'importance et de la nécessité de l'accomplissement de l'Eucharistie, où l'on reconnaît, où est présent le Seigneur lui-même.
Et voici que, captivés par le récit et attentifs à lui, ces hommes voient apparaître le Christ. Tout se tait, et ces paroles retentissent: «Paix à vous». Les cœurs se remplissent de trouble et de peur, d'incrédulité devant ce qui arrive: puisqu'il n'est pas entré par la porte! Mais Jésus, écartant tout l'extérieur, leur propose aussitôt de regarder en profondeur, au fond de leur cœur. Et d'y trouver une place pour sa paix.
36 Tandis qu'ils disaient cela, lui se tint au milieu d'eux et leur dit : " Paix à vous ! " |
37 Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. |
38 Mais il leur dit : " Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre cœur ? |
La réaction des apôtres à l'apparition de Jésus ressuscité au milieu d'eux s'explique très bien si l'on admet qu'alors ils connaissaient encore le Royaume et sa vie davantage par ouï-dire que par leur propre expérience. Il ne pouvait en être autrement : l'expérience de la vie du Royaume ne commença à s'ouvrir à eux que le jour de la Pentecôte, qui était encore devant eux. Pour l'instant, ils demeuraient pleinement habitants de ce monde, sachant de la mort et de l'après-mort autant qu'en savait alors chacun de leurs contemporains.
Les gens de ce temps liaient l'après-mort au monde des ombres, au royaume des morts, où tous se retrouvent et où il n'est question d'aucune rétribution. Il y avait certes d'autres variantes, chez les Égyptiens, par exemple, ou chez les Grecs, qui enseignaient aussi différents états de l'être après la mort et une rétribution posthume, mais elles n'étaient pas très répandues, ne dépassant d'ordinaire pas les limites de la tradition culturelle et religieuse dans laquelle elles s'étaient formées.
Chez les Juifs, il n'existait pas de doctrine développée de l'après-mort ; les représentations yahvistes à ce sujet ne se distinguaient pas de celles de la plupart des autres peuples. Que pouvaient donc penser les disciples en voyant devant eux le Maître vivant ? Leur première pensée fut : c'est un fantôme, une ombre sortie du tombeau (le mot grec correspondant peut signifier ici à la fois « souffle » et « esprit » au sens de l'Esprit de Dieu, mais aussi « esprit » au sens d'ombre, de spectre ou de revenant).
Dans le shéol, ainsi s'appelle en hébreu le royaume des morts, il ne pouvait en effet rien y avoir d'autre que des ombres, des spectres, des esprits. Le shéol n'est pas simplement un lieu de mort ; c'est le lieu d'un mourir incessant qui ne peut jamais s'achever. La représentation biblique de l'âme y voit un courant de vie, qui peut être plus ou moins plein selon la mesure où la vie de l'homme contient Dieu, Sa présence, Son souffle. Ce courant peut être d'une plénitude extrême : telle est la vie du Royaume ; ou bien à peine couler, presque tari : telle est l'existence des ombres dans le shéol.
Dans le Royaume, la vie déborde, comme le vin d'une coupe pendant le shabbat ; dans le shéol, l'homme tente fébrilement de retenir les misérables restes de vie qu'il a réussi à emporter du monde des vivants. Dans le monde déchu avant la venue du Christ, le shéol était l'unique après-mort réel : on parlait de la résurrection, on l'attendait, on y croyait, mais personne ne savait vraiment ce qu'elle serait. Voilà pourquoi on prend le Sauveur ressuscité pour une ombre sortie du tombeau, avant de se convaincre très vite qu'en réalité Il est bien plus vivant que quiconque se croit vivant.
39 Voyez mes mains et mes pieds ; c'est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. " |
40 Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. |
En décrivant les apparitions de Jésus ressuscité à Ses disciples, Luc veut montrer à ses auditeurs que le Seigneur, apparu le matin de Pâques devant les apôtres, est véritable. Il coupe aussitôt court à leur pensée sur la «spiritualité» de ce qui se passe. S’Il est réel, s’Il est vraiment revenu vivant, avec chair et os, du royaume de la mort, alors tout ce dont Il leur a parlé pendant toutes ces années est vrai; alors le Royaume de Dieu est réellement venu, alors la mort n’a plus de pouvoir, l’enfer n’a plus de victoire. C’est pourquoi les disciples prennent congé de Lui avec joie, sachant qu’une vie nouvelle commence, une vie dans la réalité du Royaume, pleine de Sa présence invisible. Nous aussi, nous devenons participants de cette vie, croyant en esprit à Sa Résurrection corporelle, sachant que la mort a été vaincue par Jésus et que bientôt nous Le verrons tel qu’Il est.
43 Il le prit et le mangea devant eux. |
L’image de Jésus ressuscité qui, sous les yeux de Ses disciples, mange du poisson et du miel est l’une des images évangéliques les plus remarquables. L’une des plus porteuses d’espérance. Jésus demeure Homme après la résurrection. Précisément Homme avec une majuscule: non moins Homme, mais plus Homme qu’Il ne l’était pendant Son ministère terrestre. Car après la résurrection, c’est précisément Sa nature humaine qui se révèle dans toute sa plénitude.
La plénitude de Dieu est présente en Lui depuis Sa conception, et elle demeure toujours égale à elle-même: Dieu est Dieu, Il ne change pas. Mais la nature humaine, elle, peut changer, et chez Jésus elle change comme chez tout homme. Chez l’homme déchu, les limites de tels changements sont bornées par la corruption de sa nature; chez Jésus, il n’y a aucune limite. Et Il nous manifeste notre propre nature humaine dans toute sa plénitude.
Telle qu’elle deviendra aussi en nous lorsque notre chemin chrétien s’achèvera et que nous parviendrons à cette plénitude de vie à laquelle Dieu nous appelle. La nature humaine de Jésus demeure elle-même. Elle demeure une nature, et une nature précisément humaine. Après la résurrection, Jésus ne se transforme pas en ange incorporel, en rayon de lumière divine. Il reste un homme qui peut communiquer avec Ses disciples de manière pleinement humaine, non en imitant quelque chose d’humain, mais précisément en étant Homme.
Sa nature demeure une nature, et rien de naturel ne lui est étranger, y compris le poisson et le miel. Bien sûr, passer à travers des portes fermées, par exemple, n’est pas propre à la nature de l’homme déchu. Mais, manifestement, il ne s’agit pas ici de la nature humaine comme telle, mais du fait qu’elle est corrompue en chacun de nous, hommes déchus. Lorsque la nature humaine est en ordre, les portes fermées ne sont pas pour elle un obstacle.
Non parce qu’elle cesse d’être une nature, mais parce qu’elle fonctionne un peu autrement, selon d’autres lois. Mais puisque la nature est une, le corps de Jésus n’est pas coupé par une quelconque différence de nature même de choses comme le poisson et le miel: elles font elles aussi partie de cette même nature à laquelle continue d’appartenir le corps de Jésus ressuscité. Cela signifie qu’à la fin des temps, après la résurrection et la transfiguration, nous ne cesserons pas d’être nous-mêmes. Non seulement par l’âme, mais aussi par le corps. Et le monde ne disparaîtra pas pour nous; il changera, devenant le Royaume où la vie est pleine à tous égards: spirituellement et naturellement.
36 Tandis qu'ils disaient cela, lui se tint au milieu d'eux et leur dit : " Paix à vous ! " |
37 Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. |
38 Mais il leur dit : " Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre cœur ? |
39 Voyez mes mains et mes pieds ; c'est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. " |
40 Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. |
41 Et comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d'étonnement, il leur dit : " Avez-vous ici quelque chose à manger ? |
42 Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. |
43 Il le prit et le mangea devant eux. |
44 Puis il leur dit : " Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. " |
45 Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures, |
46 et il leur dit : " Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour, |
47 et qu'en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. |
48 De cela vous êtes témoins. |
49 " Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en-haut. " |
50 Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. |
51 Et il advint, comme il les bénissait, qu'il se sépara d'eux et fut emporté au ciel. |
52 Pour eux, s'étant prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem en grande joie, |
53 et ils étaient constamment dans le Temple à bénir Dieu. |
Pour beaucoup aujourd'hui, la question de la résurrection passe au second plan, laissant la place aux réflexions sur l'après-mort, l'immortalité de l'âme, les récompenses et les châtiments d'outre-tombe, le paradis et l'enfer. Or, dans la Bible, sur tout cela, s'il en est dit quelque chose, c'est très peu. De toute évidence, les auteurs bibliques étaient préoccupés non par ce qui nous préoccupe souvent aujourd'hui, mais par tout autre chose: ce qu'ils appelaient la résurrection d'entre les morts.
À première vue, il peut sembler que la différence n'est pas fondamentale: en fin de compte, il s'agit de toute façon de la vie après la mort, et les détails n'ont pas une telle importance. En réalité, la différence entre l'immortalité de l'âme et la résurrection est très grande. Qu'est-ce donc que l'immortalité de l'âme? De quelle vie, de quel après-mort pourrait-on parler dans ce cas?
Du point de vue biblique, l'après-mort qui attend l'homme se révèle assez sombre: il ne s'agit pas d'une vie pleine, mais d'une pitoyable ressemblance de vie qui ne peut guère satisfaire qui que ce soit. Il n'est pas question de disparition complète de l'homme après la mort, mais ce qui l'attend après la mort ne peut être appelé vie qu'avec une grande réserve. Il ne reste de l'homme qu'une ombre; il perd les sentiments, les pensées, il perd presque le souvenir de sa propre vie et du monde des vivants, une ombre où ne couve à peine qu'un reste de conscience. Ce n'est pas par hasard que, lorsque les apôtres virent Jésus ressuscité, ils pensèrent avoir devant eux l'ombre du Maître sortie du tombeau: aucun d'eux n'attendait un autre après-mort, et la rencontre avec une ombre, même celle d'un proche, ne pouvait apporter rien de bon aux vivants. Ni d'un après-mort bienheureux, ni d'une rétribution posthume semblable à celle dont parlent les mythes égyptiens ou grecs, la Bible ne nous dit rien.
En revanche, elle parle de résurrection, et l'image de Jésus ressuscité nous montre très clairement la différence entre l'après-mort et la résurrection. La résurrection n'est pas la conservation des pitoyables restes de la vie après la mort du corps, mais le retour à la vie dans toute sa plénitude, qui exige la transfiguration de la nature humaine elle-même. Telle est précisément l'humanité transfigurée de Jésus ressuscité: d'un côté, il peut passer à travers une porte fermée, qui n'est plus pour lui un obstacle; de l'autre, il est capable de manger la même nourriture terrestre ordinaire que chacun de nous mange. Il n'est pas une ombre; il donne expressément aux disciples de le toucher pour qu'ils s'en assurent. Il est un homme de chair et de sang, bien que cette chair et ce sang vivent selon d'autres lois que celles selon lesquelles nous vivons.
Et il donne aux apôtres la possibilité de comprendre qu'il n'est pas simplement revenu à la vie, mais qu'il a vaincu, surmonté la mort, qui n'a plus de pouvoir sur lui. De même, elle n'a pas de pouvoir sur la vie du Royaume qu'il a apporté au monde et qu'il propose à chacun de nous.
36 Tandis qu'ils disaient cela, lui se tint au milieu d'eux et leur dit : " Paix à vous ! " |
37 Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. |
38 Mais il leur dit : " Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre cœur ? |
39 Voyez mes mains et mes pieds ; c'est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. " |
40 Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. |
41 Et comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d'étonnement, il leur dit : " Avez-vous ici quelque chose à manger ? |
42 Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. |
43 Il le prit et le mangea devant eux. |
44 Puis il leur dit : " Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. " |
45 Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures, |
46 et il leur dit : " Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour, |
47 et qu'en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. |
48 De cela vous êtes témoins. |
49 " Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en-haut. " |
50 Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. |
51 Et il advint, comme il les bénissait, qu'il se sépara d'eux et fut emporté au ciel. |
52 Pour eux, s'étant prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem en grande joie, |
53 et ils étaient constamment dans le Temple à bénir Dieu. |
L’Évangile selon Luc s’achève par une brève description, ou plutôt une brève mention, de l’Ascension. La logique de l’évangéliste est compréhensible : il voulait décrire entièrement toute la période de quarante jours pendant laquelle Jésus ressuscité demeura avec ses disciples, jusqu’à l’achèvement de cette période elle-même.
Mais c’est, pour ainsi dire, une logique purement factuelle, liée aux événements. Il y a dans l’Évangile une autre logique, liée au sens spirituel de ce qui se produit. Ce n’est pas par hasard que, parlant des rencontres avec le Ressuscité, l’évangéliste décrit si en détail ce qui s’est passé sur le chemin d’Emmaüs, lorsque les apôtres, marchant sur la route et conversant avec le Maître, ne le reconnaissaient pas, puis, plus tard, au moment de la fraction du pain, ayant reconnu Jésus, le perdirent aussitôt de vue. Le jour de l’Ascension, lui aussi disparaît de la vue de ses disciples. Il est évident que l’Ascension ouvre une nouvelle étape dans l’établissement sur la terre du Royaume que le Sauveur a apporté dans le monde.
Que ce Royaume contienne le monde tout entier, avec sa nature physique, était devenu clair plus tôt déjà, lorsque Jésus permit à ses disciples de se convaincre qu’il n’était pas un fantôme, ni une ombre sortie du tombeau, mais un Homme vivant et réel. Bien sûr, sa nature humaine après la Résurrection avait changé ; autrement, des apparitions comme celles que les apôtres eurent à observer sur le chemin d’Emmaüs auraient été peu concevables. Mais en un certain sens, elle est tout de même restée précisément une nature, quoique transfigurée : s’il en avait été autrement, il lui aurait difficilement été possible de goûter une nourriture terrestre après la Résurrection. Après la Résurrection, Jésus ne se transforme pas en ange, en esprit incorporel ayant perdu tout lien avec le monde naturel. Il demeure Homme, mais sa nature humaine change de qualité.
La même chose doit finalement arriver au monde, et à chacun de nous, si nous parcourons jusqu’au bout le chemin vers le Royaume. En se transfigurant, le monde ne perd rien, sinon le mal dont il est devenu prisonnier. Et nous, en nous transfigurant, nous ne perdons rien, sinon le péché qui nous empêche de vivre la plénitude de la vie du Royaume.
Mais pour que le Royaume entre dans le monde, son Roi doit être à sa place. Non pas à cette frontière qui sépare le Royaume du monde déchu, où même un homme qui n’a pas encore touché le Royaume peut le voir, mais dans la profondeur même du Royaume, en son centre, sur ce trône où le voyaient les chrétiens possédant une bonne vue spirituelle. À ceux qui ne sont pas capables de regarder dans la profondeur du Royaume, il peut sembler que le Roi est parti, a disparu, s’est dissous dans cette nuée lumineuse de la présence de Dieu qui accompagne habituellement la théophanie. En réalité, il est simplement allé là où le Roi doit être lorsque commencent des événements décisifs pour son Royaume. Cela signifie que les événements commenceront. Très bientôt déjà.
36 Tandis qu'ils disaient cela, lui se tint au milieu d'eux et leur dit : " Paix à vous ! " |
37 Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. |
38 Mais il leur dit : " Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre cœur ? |
39 Voyez mes mains et mes pieds ; c'est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. " |
40 Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. |
41 Et comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d'étonnement, il leur dit : " Avez-vous ici quelque chose à manger ? |
42 Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. |
43 Il le prit et le mangea devant eux. |
44 Puis il leur dit : " Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. " |
45 Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures, |
46 et il leur dit : " Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour, |
47 et qu'en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. |
48 De cela vous êtes témoins. |
49 " Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en-haut. " |
50 Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. |
51 Et il advint, comme il les bénissait, qu'il se sépara d'eux et fut emporté au ciel. |
52 Pour eux, s'étant prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem en grande joie, |
53 et ils étaient constamment dans le Temple à bénir Dieu. |
La lecture d'aujourd'hui nous oblige de nouveau à réfléchir à la manière dont l'homme déchu perçoit la réalité du Royaume. La première pensée des apôtres, lorsqu'ils virent le Maître ressuscité se tenant au milieu d'eux, fut qu'ils avaient devant eux un fantôme, une ombre sortie du tombeau (v. 37). On pourrait croire que, pour les disciples qui ne s'attendaient pas à voir Jésus ressuscité, une telle réaction était tout à fait naturelle. Mais, d'autre part, confondre l'ombre spectrale, à peine visible, d'un mort avec un homme ressuscité, plein de vie, est tout de même assez difficile. Cela ne serait possible que si les disciples n'avaient tout simplement pas réussi à bien voir Jésus.
À en juger par le fait qu'il dut spécialement leur faire toucher son corps (v. 39-40), il en fut ainsi. Le toucher devint apparemment pour les disciples l'argument décisif, tandis que la vue, manifestement, les avait trompés. Or il est évident que si le corps de Jésus ressuscité était assez dense pour qu'on puisse le toucher, on ne pouvait le prendre pour un fantôme que si les apôtres n'avaient tout simplement pas réussi à le distinguer comme il fallait. La situation rappelle un peu la rencontre des disciples avec le Ressuscité sur le chemin d'Emmaüs: là aussi, les apôtres ne reconnurent pas Jésus, même en conversant avec lui. Visiblement, pour l'homme qui demeure dans un monde encore non transfiguré et qui ne dispose pas encore d'une vision spirituelle développée, il est très difficile de discerner les personnes ou les objets dont la nature est déjà pleinement transfigurée. Si l'homme les voit avec sa vue physique ordinaire, c'est sans doute de façon assez vague et indistincte, au point qu'ils ressemblent vraiment à des ombres transparentes ou semi-transparentes.
Or, en réalité, la nature transfigurée ressemble moins que tout à une ombre incorporelle. Bien plus, elle interagit parfaitement avec la nature de notre monde. La nourriture tout à fait terrestre, nullement encore spiritualisée, mangée par Jésus ressuscité en est un exemple (v. 41-43). Nous avons manifestement ici affaire à une manifestation concrète des lois universelles du Royaume: il ne détruit pas et n'exclut pas notre nature encore non transfigurée, mais l'inclut en lui après l'avoir d'abord transformée. Et ici, comme on le voit, à l'échelle d'une petite pièce, s'est produit ce qui, au retour du Sauveur, se produira à l'échelle de l'univers: le monde sera transformé, devenant partie du Royaume. Alors prendra fin l'époque dans laquelle il nous a été donné de vivre.
36 Tandis qu'ils disaient cela, lui se tint au milieu d'eux et leur dit : " Paix à vous ! " |
37 Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. |
38 Mais il leur dit : " Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre cœur ? |
39 Voyez mes mains et mes pieds ; c'est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. " |
40 Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. |
41 Et comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d'étonnement, il leur dit : " Avez-vous ici quelque chose à manger ? |
42 Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. |
43 Il le prit et le mangea devant eux. |
44 Puis il leur dit : " Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. " |
45 Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures, |
46 et il leur dit : " Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour, |
47 et qu'en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. |
48 De cela vous êtes témoins. |
49 " Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en-haut. " |
50 Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. |
51 Et il advint, comme il les bénissait, qu'il se sépara d'eux et fut emporté au ciel. |
52 Pour eux, s'étant prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem en grande joie, |
53 et ils étaient constamment dans le Temple à bénir Dieu. |
Le troisième et dernier récit de Luc sur la rencontre des disciples avec Jésus ressuscité nous ouvre une réalité qui n'est guère accessible dans notre vie terrestre. Comme les femmes venues avec des aromates à Son tombeau, nous pouvons toucher le mystère de la Résurrection par notre foi ; nous pouvons Le rencontrer lorsque notre cœur « brûle » à la lecture de l'Écriture et reconnaître Sa présence vivante dans la fraction du pain. Mais Le voir face à face, sentir Son toucher et voir la trace de Ses dents dans un rayon de miel—tout cela dépasse l'expérience humaine après l'Ascension. Et pourtant, c'est l'expérience fondamentale de tous les disciples de Jésus, de Son Église : savoir qu'Il est vraiment ressuscité. Ce savoir, cette expérience, est conservé dans l'Écriture et dans la mémoire de l'Église, et il accomplit sa mission dans le monde : témoigner de la Résurrection, non pas logiquement ou rationnellement, mais à un autre niveau. Il est vivant ; par conséquent, toute l'histoire ultérieure—décrite dans le livre des Actes et se poursuivant jusqu'à nos jours—a un sens.
12 Pierre cependant partit et courut au tombeau. Mais, se penchant, il ne voit que les linges. Et il s'en alla chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. |
13 Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, |
14 et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. |
15 Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux; |
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. |
17 Il leur dit : " Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? " Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. |
18 Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit : " Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci ! " - |
19 " Quoi donc ? " leur dit-il. Ils lui dirent : " Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, |
20 comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. |
21 Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées! |
22 Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau |
23 et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. |
24 Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ! " |
25 Alors il leur dit : " O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes ! |
26 Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " |
27 Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. |
28 Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. |
29 Mais ils le pressèrent en disant : " Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. " Il entra donc pour rester avec eux. |
30 Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. |
31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. |
32 Et ils se dirent l'un à l'autre : " Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? " |
33 À cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, |
34 qui dirent : " C'est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! " |
35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. |
Il est intéressant de se demander pourquoi les apôtres qui marchent sur la route d’Emmaüs ne reconnaissent pas leur Maître. Bien sûr, ils n’attendaient pas la Résurrection, il leur semblait que tout était fini, et à Celui qu’ils prenaient pour un inconnu ils racontaient avec amertume tout « ce qui s’était passé ces jours-ci à Jérusalem ». Mais comment ne pas reconnaître Celui avec qui l’on a passé plusieurs années, en Le côtoyant chaque jour ? Une humanité changée, difficilement perceptible aux yeux et aux sens de l’homme déchu ? Sans doute oui, car le Royaume ne se révèle qu’avec difficulté, et seulement en partie, à la vue non transfigurée. Mais au moment de la fraction du pain, ils Le voient tout à fait clairement ! Que s’est-il donc passé ?
Un théologien saurait sans doute construire à partir de ce seul fait toute une sacramentologie. Mais l’affaire est peut-être à la fois plus simple et plus complexe : les disciples ont simplement participé au Royaume, ils y sont entrés et se sont trouvés directement en son centre, là où Il est, Lui, leur Maître. Et depuis le Royaume, le Royaume se voit bien, et les apôtres, bien sûr, ont aussitôt discerné Jésus sans difficulté. Mais comment et pourquoi il arrive que le Royaume s’ouvre aux disciples puis se referme de nouveau devant eux, il ne reste qu’à le deviner.
Une chose est claire : désormais, il est réellement proche, si proche que l’on peut franchir sa frontière sans même s’en apercevoir. Mais, d’un autre côté, il apparaît qu’on peut franchir la frontière du Royaume sans remarquer non seulement la frontière, mais même le Royaume ! On peut le traverser sans rien voir ni ressentir, sans remarquer même Celui qu’il était impossible de ne pas remarquer tant qu’Il appartenait encore, par Sa nature humaine, à la partie non transfigurée de l’univers. Apparemment, il faut une relation qui s’actualise ici et maintenant, un lien semblable à celui qui unit ceux qui sont rassemblés autour du pain rompu, pour éprouver la réalité du Royaume. Et il se révèle infiniment grand : il a suffi aux apôtres de reconnaître Jésus, de se trouver dans la même dimension spirituelle que Lui, pour qu’Il disparaisse aussitôt de leur vue, comme dissous dans une distance infinie ; car Il est au centre de Son Royaume, et les apôtres, comme on le voit, sont encore très loin du centre…
Et pourtant, la rencontre a eu lieu. C’est l’essentiel. Le reste suivra, car devant eux s’ouvre toute une vie. Une vie qu’il faudra vivre dans le Royaume.
1 Le premier jour de la semaine, à la pointe de l'aurore, elles allèrent à la tombe, portant les aromates qu'elles avaient préparés. |
2 Elles trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau, |
3 mais, étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. |
4 Et il advint, comme elles en demeuraient perplexes, que deux hommes se tinrent devant elles, en habit éblouissant. |
5 Et tandis que, saisies d'effroi, elles tenaient leur visage incliné vers le sol, ils leur dirent : " Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? |
6 Il n'est pas ici; mais il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé, quand il était encore en Galilée: |
7 Il faut, disait-il, que le Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour. " |
8 Et elles se rappelèrent ses paroles. |
9 À leur retour du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. |
10 C'étaient Marie la Magdaléenne, Jeanne et Marie, mère de Jacques. Les autres femmes qui étaient avec elles le dirent aussi aux apôtres; |
11 mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas. |
12 Pierre cependant partit et courut au tombeau. Mais, se penchant, il ne voit que les linges. Et il s'en alla chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. |
13 Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, |
14 et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. |
15 Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux; |
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. |
17 Il leur dit : " Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? " Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. |
18 Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit : " Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci ! " - |
19 " Quoi donc ? " leur dit-il. Ils lui dirent : " Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, |
20 comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. |
21 Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées! |
22 Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau |
23 et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. |
24 Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ! " |
25 Alors il leur dit : " O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes ! |
26 Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " |
27 Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. |
28 Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. |
29 Mais ils le pressèrent en disant : " Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. " Il entra donc pour rester avec eux. |
30 Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. |
31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. |
32 Et ils se dirent l'un à l'autre : " Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? " |
33 À cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, |
34 qui dirent : " C'est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! " |
35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. |
L'annonce de la Résurrection de Jésus constitue le coeur de la prédication apostolique, le centre du christianisme. Aujourd'hui, l'évangéliste montre combien cette annonce était impossible à contenir et bouleversante pour les premiers disciples. Luc décrit leurs doutes et leurs hésitations afin de refléter l'expérience de sa communauté (l'Église locale), mais son récit peut tout à fait nous concerner nous aussi. Nous avons, nous aussi, entendu plus d'une fois parler de la Résurrection, nous l'avons lue plus d'une fois dans l'Évangile, entendue dans la prédication à l'église, racontée nous-mêmes à d'autres. Mais, comme les deux voyageurs d'Emmaüs, il nous est très difficile de croire à la Résurrection tant que le Seigneur lui-même n'élargit pas imperceptiblement nos coeurs, tant qu'il ne nous ouvre pas par son Esprit l'Écriture qui témoigne de sa Résurrection.
La Résurrection n'est pas un concept théologique abstrait. La foi en elle repose sur une rencontre personnelle avec le Ressuscité : comme les femmes myrophores l'ont rencontré, comme les deux disciples l'ont reconnu à la fraction du pain, comme il s'est présenté devant tous les apôtres. Mais elle repose aussi sur notre rencontre, même si nous n'avons pas encore reconnu qui nous parlait sur le chemin de notre vie ; l'ardeur du coeur et la joie au sujet du Seigneur ressuscité témoignent déjà que nous devenons participants de sa gloire.
1 Le premier jour de la semaine, à la pointe de l'aurore, elles allèrent à la tombe, portant les aromates qu'elles avaient préparés. |
2 Elles trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau, |
3 mais, étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. |
4 Et il advint, comme elles en demeuraient perplexes, que deux hommes se tinrent devant elles, en habit éblouissant. |
5 Et tandis que, saisies d'effroi, elles tenaient leur visage incliné vers le sol, ils leur dirent : " Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? |
6 Il n'est pas ici; mais il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé, quand il était encore en Galilée: |
7 Il faut, disait-il, que le Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour. " |
8 Et elles se rappelèrent ses paroles. |
9 À leur retour du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. |
10 C'étaient Marie la Magdaléenne, Jeanne et Marie, mère de Jacques. Les autres femmes qui étaient avec elles le dirent aussi aux apôtres; |
11 mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas. |
12 Pierre cependant partit et courut au tombeau. Mais, se penchant, il ne voit que les linges. Et il s'en alla chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. |
13 Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, |
14 et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. |
15 Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux; |
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. |
17 Il leur dit : " Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? " Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. |
18 Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit : " Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci ! " - |
19 " Quoi donc ? " leur dit-il. Ils lui dirent : " Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, |
20 comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. |
21 Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées! |
22 Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau |
23 et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. |
24 Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ! " |
25 Alors il leur dit : " O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes ! |
26 Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " |
27 Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. |
28 Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. |
29 Mais ils le pressèrent en disant : " Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. " Il entra donc pour rester avec eux. |
30 Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. |
31 Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. |
32 Et ils se dirent l'un à l'autre : " Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? " |
33 À cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, |
34 qui dirent : " C'est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! " |
35 Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. |
En lisant les récits évangéliques des rencontres et des échanges des disciples avec le Maître ressuscité, beaucoup se demandent pourquoi, L'ayant reconnu au moment de la fraction du pain, les apôtres perdent aussitôt le Sauveur de vue. Il semblerait qu'à l'instant même, en marchant sur la route, ils Le voyaient parfaitement clairement, Il était près d'eux, et voilà qu'Il n'est plus là, et l'on ne sait ni comment ni où Il a disparu.
Pourtant, la proximité du Royaume qui entre dans le monde peut expliquer beaucoup de choses ici. Jésus, avant même Sa mort et Sa résurrection, parlait du Royaume qui s'était approché, qui était désormais proche, qui entrait déjà dans le monde. Et après Sa résurrection, Il confirme de nouveau cette pensée. Mais la situation a maintenant changé : après la résurrection, Jésus appartient déjà entièrement au Royaume, et Il est présent dans ce monde dans la mesure où le Royaume y est entré. Il ne franchit plus les frontières du Royaume, Il ne touche plus le monde déchu, non pas la nature physique comme telle, mais cette partie de celle-ci qui n'est pas encore entrée en contact avec le Royaume. Les apôtres, eux, appartiennent encore au monde déchu, et lui appartiennent entièrement ; pour eux, la situation ne changera qu'après la Pentecôte, lorsqu'ils entreront en contact avec le Royaume, sentiront son souffle, y entreront ; alors ils apprendront à voir le Royaume tel qu'il est, à percevoir sa profondeur infinie, où il n'y a pas de distances et où il est donc facile et simple de rencontrer le Christ : il suffit de L'appeler.
Pour l'instant, avant la Pentecôte, les disciples ne voient, pour ainsi dire, que le bord du Royaume, cette frontière par laquelle il touche le monde encore non transfiguré. La frontière elle-même est transparente, on peut facilement ne pas la remarquer. Et le Sauveur ressuscité, qui se trouve de l'autre côté, semble marcher sur la même route que les apôtres. Il marche vraiment sur la même route, mais Sa partie de la route passe de l'autre côté de la frontière qui sépare le Royaume du monde déchu.
Les disciples, bien sûr, ne remarquent aucune frontière : ils sont sûrs que le mystérieux Inconnu est un habitant de leur monde, et non un habitant du Royaume. Et tant qu'Il se trouve aussi près de la frontière de Son côté que Ses disciples du leur, les apôtres ne remarquent rien. Mais voici que vient le moment de la fraction du pain, et Jésus se trouve là où, à ce moment, Il peut seul se trouver : au centre de Son Royaume, comme il convient au Roi. De la frontière du Royaume, Il s'en va vers sa profondeur.
Et, naturellement, Il devient invisible pour les apôtres : car ils ne peuvent pas encore regarder si loin dans la profondeur du Royaume. Il leur semble que le Maître a disparu précisément au moment où ils ont enfin deviné Qui était devant eux. En réalité, bien sûr, Jésus n'a disparu nulle part : si les apôtres avaient été capables de voir le Royaume tel qu'il est, ils y auraient vu leur Maître dans la gloire. Mais leur temps n'était pas encore venu. La Pentecôte était encore devant eux. Pour l'instant, il ne restait aux apôtres qu'à s'étonner et à se demander pourquoi leur Maître apparaissait si soudainement et disparaissait tout aussi soudainement de leur vue.
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