51 Oui, je vais vous dire un mystère: nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés. |
52 En un instant, en un clin d'œil, au son de la trompette finale, car elle sonnera, la trompette, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons transformés. |
Les mots de Paul «nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés» sonnent mystérieusement. De quelle transformation parle l'apôtre? Et comment est-elle liée à la mort ? En prenant en considération la mention de «la trompette finale», annonçant, comme il n’est pas difficile de deviner, le terrible Jugement, on peut penser qu'il s'agit de cette transfiguration, qui attend chacun de nous à la fin des temps. D'habitude la phrase «nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés» est comprise dans ce sens que l'apôtre supposait le retour rapide du Sauveur dans la gloire, avant lequel , comme pensait Paul, pourraient tout à fait vivre certains de ses contemporains. Mais est-ce seulement cela que veut dire l'apôtre ? Et comment la mort est-elle liée au dernier Jugement ?
La réponse la plus simple : le jour du Jugement, «au son de la trompette finale», les morts ressuscitent, apparaissant devant Dieu avec ceux, qui vivront en ces jours-là. Tout est ainsi; mais quand a donc commencé la résurrection? Paul lui-même appelle le Sauveur «le premier des morts», voulant dire que c’est notamment Lui le premier à être ressuscité, commençant ainsi par Lui-même ce processus, qui s'achèvera à la fin des temps. Et comment les hommes participent à ce processus ?
L’un des quatre évangélistes, Matthieu, mentionne que le jour de la mort sur la croix du Sauveur, en Judée se sont ouverts les tombeaux, d'où sont sortis des gens ressuscités de la mort, dont ont vu plusieurs de ceux qui vivaient en ce temps dans le pays. Qui s’est alors ressuscité en premier ? Et dans quel sens Paul appelle Jésus «le premier des morts», c'est-à-dire le premier des ressuscités ? Peut-être, le problème ici n’est pas du tout dans la chronologie ? En effet, la résurrection du Sauveur n’était rien d'autre, que le triomphe visible du Royaume sur les forces du mal et de la mort, sur ce shéol, qu’autrefois possédait tôt ou tard tout un chacun, et possédait irrévocablement. Maintenant le vecteur spirituel de notre monde a changé : le shéol a cédé, a cédé au Royaume. Et le premier témoignage à cela fut les ressuscités le jour de la mort sur la croix du Sauveur.
Sa propre résurrection a confirmé : le Messie promis est venu, le Royaume est ici, la mort est vaincue, et la solennité définitive du Royaume n’est qu’une question de temps. Et que dire des gens? Ils participent comme on voit, au processus du devenir du Royaume dans notre monde se transformant, mais pas encore transformé jusqu'à la fin. Sur un tel fond, les mots «nous ne mourrons pas tous» peuvent tout à fait se rapporter non seulement à ceux, qui seront vivants aux derniers jours de l'existence de l’ancien monde, mais aussi à ceux qui se sont joints dans une certaine mesure à la vie du Royaume sur toute l'étendue de son histoire dans notre monde se transformant.
Comme on voit, tout un chacun, ayant une relation avec le Royaume, n'appartient plus déjà à la mort, il ne meurt pas, mais il ne peut pas aussi obtenir la plénitude de la vie du Royaume jusqu'au moment de son [ce Royaume] triomphe total. Mais il n’y a dans notre monde se transformant encore seulement partiellement que des gens, ne prenant du tout pas part au royaume. Il est tout à fait possible que leur destin sera le même, qu’était le destin de tous les gens vivant avant l'arrivée au monde du Sauveur : le shéol qui a cédé, mais pas encore disparu jusqu'à la fin, et après, au dernier jour, ressuscité pour que, s'étant présenté devant Dieu, ils puissent aussi dire leur «oui» ou leur «non» à Lui et Celui, qui a apporté le Royaume au monde.
51 Oui, je vais vous dire un mystère: nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés. |
52 En un instant, en un clin d'œil, au son de la trompette finale, car elle sonnera, la trompette, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons transformés. |
Paul est convaincu que la victoire définitive sur la mort est impossible sans la transfiguration complète de l'homme, sans le changement qualitatif de la nature humaine elle-même. Ce changement doit rendre possible pour l'homme la vie dans ce monde transfiguré qui deviendra réalité après le retour du Sauveur à la fin des temps. L'homme transfiguré ne demeurera plus sous le pouvoir du péché; sa nature, abîmée par la chute, sera entièrement guérie.
Bien plus: la nature humaine renouvelée changera même par rapport à celle que l'homme avait avant la chute, devenant semblable à la nature humaine du Christ ressuscité. Mais cela est impossible si l'homme ne devient pas Torah vivante. Il ne s'agit évidemment pas d'apprendre par cœur le texte du Pentateuque. Il ne s'agit même pas seulement que la Torah devienne pour l'homme un impératif intérieur absolu, spirituel et moral: cela n'est encore que la Torah intérieure, dont tout Juif croyant connaissait l'existence à l'époque évangélique.
La Torah vivante est l'état de l'homme où chacune de ses pensées, chacune de ses paroles et chacun de ses actes sont déterminés uniquement par la Torah intérieure, et par rien d'autre. Pour que cela devienne possible, il faut que l'homme soit entièrement libéré du pouvoir qu'exerce sur lui ce péché entré dans notre vie après la chute. Ce n'est pas un hasard si la première et la deuxième génération de chrétiens voyaient dans la personne de Jésus-Christ Lui-même l'unique exemple de Torah vivante: en dehors de Lui, personne n'était libre du péché.
Mais pour les premiers chrétiens, l'imitation du Christ était liée à la nécessité de devenir soi-même, avec l'aide du Christ et en Christ, une telle Torah vivante; et cela n'est possible qu'au terme du chemin, à la fin des temps, avec la transfiguration complète de la nature humaine. Jusque-là, l'aspiration à devenir Torah vivante suscitera inévitablement dans la nature humaine déchue la résistance du péché qui la domine après la chute; et plus la Torah intérieure se manifeste nettement dans l'homme, plus se révèle fortement la blessure de cette nature humaine.
C'est ainsi que la Torah donne de la force au péché: tant que l'homme roule par inertie, sans essayer de vivre selon la Torah intérieure, la force du péché en lui se manifeste à peine; mais dès qu'il tente de changer le vecteur spirituel de sa vie, elle se manifeste d'autant plus fortement que l'homme s'efforce davantage de suivre la Torah intérieure. La Torah révèle en l'homme l'énergie du péché, et le Sauveur aide à vaincre le péché révélé, en transfigurant avec l'homme sa nature afin qu'à la fin des temps l'homme soit entièrement libéré du pouvoir du péché. Telle est la dynamique de la vie chrétienne décrite par l'apôtre.
51 Oui, je vais vous dire un mystère: nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés. |
52 En un instant, en un clin d'œil, au son de la trompette finale, car elle sonnera, la trompette, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons transformés. |
53 Il faut, en effet, que cet être corruptible revête l'incorruptibilité, que cet être mortel revête l'immortalité. |
54 Quand donc cet être corruptible aura revêtu l'incorruptibilité et que cet être mortel aura revêtu l'immortalité, alors s'accomplira la parole qui est écrite : La mort a été engloutie dans la victoire. |
55 Où est-elle, ô mort, ta victoire ? Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? |
56 L'aiguillon de la mort, c'est le péché, et la force du péché, c'est la Loi. |
57 Mais grâces soient à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ! |
58 Ainsi donc, mes frères bien-aimés, montrez-vous fermes, inébranlables, toujours en progrès dans l'œuvre du Seigneur, sachant que votre labeur n'est pas vain dans le Seigneur. |
En achevant son discours sur la transfiguration et la résurrection, Paul trace une limite nette entre ceux qui ont choisi le Royaume et ceux qui ne l'ont pas fait (v. 51-52). Par «nous», l'apôtre entend ici sans aucun doute les chrétiens, et par chrétiens l'Église, qui pour lui n'est rien d'autre qu'une communauté de personnes vivant dans le Royaume. Il n'est pas étonnant que Paul parle dans ce cas non de mort, mais de transformation ou de changement: car pour ceux qui ont déjà choisi le Royaume dès maintenant, le dernier jour deviendra quelque chose d'attendu et plus ou moins prévisible, comme pour quiconque, après un long chemin, atteint enfin le but fixé et longtemps désiré. Bien sûr, le but peut très bien se révéler un peu différent de ce que se représentaient ceux qui marchaient de loin, mais, en tout cas, ils ne se tromperont ni ne seront déçus sur l'essentiel.
Il en va autrement de ceux qui, pour une raison ou pour une autre, n'ont pas choisi le Royaume pendant leur chemin terrestre. En soi, cela n'est pas fatal, car le choix peut être fait même au tout dernier moment; et s'il est sincère, et si les raisons du retard précédent sont suffisamment sérieuses, celui qui aura fait ce choix recevra le Royaume, à la manière des ouvriers de la onzième heure dans la parabole du Sauveur. Mais pour eux, le dernier jour deviendra précisément le jour du Jugement au plein sens du terme, car il ne sera pas pour eux l'achèvement d'un chemin commencé d'avance, mais le commencement inattendu d'une vie entièrement nouvelle pour eux et donc jusque-là inconnue. Ce n'est pas par hasard que Paul parle à leur sujet précisément de résurrection, et non de transformation ou de changement: car ceux qui participent au Royaume participent par là même déjà, dans une certaine mesure, au processus qui s'achève à la fin des temps par la résurrection universelle et la transfiguration de la nature humaine.
En un certain sens, on pourrait dire que ceux qui vivent dans le Royaume, même dans la mesure de plénitude possible dans notre monde pas encore transfiguré jusqu'au bout, ressuscitent déjà maintenant, mais leur résurrection s'achèvera à la fin des temps avec le retour du Sauveur. Quant à tous les autres, pour eux tout commencera et s'achèvera alors même, au dernier jour, bien que, bien sûr, jusqu'au Jugement dernier leur sort dans l'éternité demeure indéterminé. Et ce n'est qu'après que le sort de chacun aura été déterminé et que le processus de transfiguration universelle sera achevé que la victoire sur la mort sera complète (v. 54-55). Et cette victoire, à son tour, ouvrira la voie à la plénitude de cette vie et de ce souffle de Dieu dont le Royaume est pénétré.
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