17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui. |
Que veut dire l’apôtre, parlant de Jésus que «tout subsiste en Lui»? Et dans quel sens Il «est avant toutes choses»? Bien sûr viennent directement à la tête ces représentations traditionnelles du Messie, qui supposaient que le Messie était déjà conçu par Dieu avant la création du monde, alors Sa venue devait obligatoirement y être, et l’univers dès le début existait pour Lui et pour ce Royaume qui devait entrer au monde ensemble avec Lui. Bien sûr, ayant en tête les conceptions messianiques juives, il arrive à prendre en considération que les représentations caractères à eux du Royaume étaient parfois assez éloignées des représentations évangéliques, et même l’image du Messie reflétée en elles s’avérait parfois assez archaïque, rappelant plus le Messie d’Isaïe de Jérusalem ou même les représentations d’un bon dirigeant, propre à la tradition des premiers prophètes.
Mais néanmoins, Jésus restait la figure centrale de l’histoire mondiale dans le contexte même du processus historique, tout comme dans le contexte des relations entre Dieu et le peuple de Dieu. Mais Paul, comme on voit, ne veut pas seulement dire cela. Il parle du Christ, Qui participe à la création du monde, et il s’agit déjà clairement ici non pas d’un être créé, même si planifié par Dieu avant même le début des temps. On ne peut dire une telle chose que du Créateur. Il est évident que Paul voit en Christ le Créateur, de même que Dieu Lui-même. Il est évident à Paul que le Christ n’a pas seulement apporté le Royaume au monde. Sa vie ne se limite pas seulement par le temps de Son séjour sur terre.
Si on regardait le futur (et pour Paul, comme pour tout chrétien, ce futur est déjà devenu en partie le présent), on pourrait parler de la résurrection du Christ et de Son proche retour dans la gloire comme le Roi triomphant dans Son Royaume, qui «n’est pas de ce monde», alors si on regardait le passé on pourrait parler du début de la personnalité même du Messie , de son début pas seulement dans le sens de ces plans de Dieu dont parlait la tradition juive, mais aussi dans le sens de cette intention de Dieu qui dans le monde créé a trouvé la plus adéquate expression dans la parole avec laquelle Dieu crée le monde. En fait, toute l’expérience prophétique est basée sur la maîtrise de cette même parole dans le cadre de la nature humaine, dans cette mesure dans laquelle l’homme de Dieu pourrait la contenir.
Et quoi, si venait au monde Celui Qui est capable de la contenir entièrement? Alors la parole deviendra Parole, contenant en Soi toute la plénitude de Dieu, et l’Homme La contenant deviendra Dieu-Homme. Et l’apôtre est certain que c’est notamment Jésus qui contient la Parole jusqu'à la fin et dans la plénitude. Et est devenu Celui à travers Qui Dieu crée le monde. Pour après naître dans le monde Celui à travers Qui le monde sera sauvé.
17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui. |
Que veut dire l’apôtre lorsqu’il dit du Christ que « tout subsiste en Lui » ? Et en quel sens est-Il « avant toutes choses » ?
Ce qui vient d’abord à l’esprit, ce sont les représentations traditionnelles du Messie, qui supposaient que le Messie avait été conçu par Dieu avant même la création du monde, de sorte que Sa venue devait nécessairement avoir lieu, et que la création existait dès le commencement pour Lui et pour ce Royaume qui devait entrer dans le monde avec Lui. Bien sûr, en ayant à l’esprit les conceptions messianiques juives, il faut tenir compte du fait que les représentations du Royaume qui leur étaient propres étaient parfois assez éloignées de celles de l’Évangile ; et l’image du Messie qui s’y reflétait se révélait parfois très archaïque, rappelant davantage le Messie d’Isaïe de Jérusalem, ou même les représentations du souverain juste propres à la tradition prophétique ancienne. Et pourtant le Messie demeurait la figure centrale de l’histoire du monde, aussi bien dans le contexte du processus proprement historique que dans celui des relations entre Dieu et le peuple de Dieu.
Mais Paul, visiblement, ne veut pas dire seulement cela. Il parle du Christ qui participe à la création du monde, et ici il ne s’agit manifestement plus d’un être créé, fût-il conçu par Dieu avant même le commencement des temps. On ne peut dire cela que du Créateur. Il est évident que l’apôtre voit dans le Christ le Créateur, semblable à Dieu Lui-même. Pour Paul, il est évident que le Christ n’a pas seulement apporté le Royaume dans le monde. Son être n’est pas limité au seul temps de Son chemin terrestre. Et si, en ce qui concerne l’avenir (et pour Paul cet avenir, comme pour tous les chrétiens, est déjà devenu en partie présent), on pouvait parler de la résurrection du Christ et de Son retour futur dans la gloire, comme Roi triomphant de Son Royaume qui « n’est pas de ce monde », alors, en ce qui concerne le passé, on pouvait parler du caractère originaire de la Personne même du Messie, de son origine non seulement au sens des desseins de Dieu dont parlait la tradition juive, mais aussi au sens de cette intention de Dieu qui, dans le monde créé, a trouvé son expression la plus adéquate dans la parole par laquelle Dieu crée le monde.
Au fond, toute l’expérience prophétique repose sur l’accueil de cette même parole dans les limites de la nature humaine, dans la mesure où l’homme de Dieu pouvait l’accueillir. Et si venait dans le monde Celui qui est capable de l’accueillir tout entière ? Alors la parole deviendra la Parole, accueillant en Elle toute la plénitude de Dieu, et l’Homme qui L’aura accueillie deviendra Dieu-homme. Et l’apôtre est certain que c’est précisément le Messie qui a accueilli la Parole jusqu’au bout et en plénitude. Et qu’Il est devenu Celui par qui Dieu crée le monde. Afin de naître ensuite dans le monde comme Celui par qui le monde sera sauvé.
1 Paul, apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et le frère Timothée, |
2 aux saints de Colosses, frères fidèles dans le Christ. À vous grâce et paix de par Dieu notre Père ! |
3 Nous ne cessons de rendre grâces au Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, en pensant à vous dans nos prières, |
4 depuis que nous avons appris votre foi dans le Christ Jésus et la charité que vous avez à l’égard de tous les saints, |
5 en raison de l’espérance qui vous est réservée dans les cieux. Cette espérance, vous en avez naguère entendu l’annonce dans la Parole de vérité, l’Évangile, |
6 qui est parvenu chez vous de même que dans le monde entier il fructifie et se développe ; chez vous il fait de même depuis le jour où vous avez appris et compris dans sa vérité la grâce de Dieu. |
7 C’est Épaphras, notre cher compagnon de service, qui vous en a instruits ; il nous supplée fidèlement comme ministre du Christ, |
8 et c’est lui-même qui nous a fait connaître votre dilection dans l’Esprit. |
9 C’est pourquoi nous aussi, depuis le jour où nous avons reçu ces nouvelles, nous ne cessons de prier pour vous et de demander à Dieu qu’il vous fasse parvenir à la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle. |
10 Vous pourrez ainsi mener une vie digne du Seigneur et qui lui plaise en tout : vous produirez toutes sortes de bonnes œuvres et grandirez dans la connaissance de Dieu ; |
11 animés d’une puissante énergie par la vigueur de sa gloire, vous acquerrez une parfaite constance et endurance ; avec joie |
12 vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. |
13 Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé, |
14 en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés. |
15 Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature, |
16 car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. |
17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui. |
18 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église : Il est le Principe, Premier-Né d’entre les morts, il fallait qu’il obtînt en tout la primauté, |
19 car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude |
20 et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. |
21 Vous-mêmes, qui étiez devenus jadis des étrangers et des ennemis, par vos pensées et vos œuvres mauvaises, |
22 voici qu’à présent il vous a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à la mort, pour vous faire paraître devant lui saints, sans tache et sans reproche. |
23 Il faut seulement que vous persévériez dans la foi, affermis sur des bases solides, sans vous laisser détourner de l’espérance promise par l’Évangile que vous avez entendu, qui a été prêché à toute créature sous le ciel, et dont moi, Paul, je suis devenu le ministre. |
En commençant son épître à l'Église de Colosses, Paul reprend comme à neuf les vérités fondamentales sans lesquelles il n'y a pas et il ne peut pas y avoir de christianisme dans son sens premier, lié à l'expérience de la vie du Royaume. Il n'est pas étonnant que le centre de son témoignage soit l'image du Messie-Christ, sans Lequel le christianisme comme expérience du Royaume est impossible par principe (v. 9-17). Et si, selon les conceptions rabbiniques traditionnelles, le Messie avait été conçu par Dieu dès avant la création du monde, pour Paul le Messie devient Celui sans Qui le monde est impensable, Celui sur Qui il repose et Qui en constitue le véritable fondement (v. 15-17).
Une telle transformation des représentations traditionnelles est tout à fait logique: si le Messie contient toute la plénitude du Royaume (v. 19), et si le Royaume est la seule réalité véritable et authentique grâce à laquelle et pour laquelle tout le reste existe, alors le Messie Lui-même devient tout naturellement le fondement sur lequel tient l'univers.
Mais pour les chrétiens, dont la tâche principale est de communier à la vie du Royaume puis de s'y enraciner, ce qui importe avant tout est la possibilité, ouverte par la venue du Christ dans le monde, d'une purification complète du péché, sans laquelle on n'entre pas dans le Royaume (v. 13-14). Autrefois, Dieu purifiait Son peuple du péché au moyen des sacrifices de purification, mais cette purification n'était pas complète: on ne pouvait ainsi être purifié que du péché commis involontairement, par ignorance ou sous contrainte. Le sang des animaux offerts en sacrifice, sanctifié par la présence de Dieu, n'allait pas plus loin. Désormais, quiconque cherche le Royaume a la possibilité d'être purifié de tout péché, de recommencer sa vie spirituelle depuis le début et de la consacrer au chemin vers le Royaume.
Pour l'apôtre, le Royaume n'est rien d'autre que l'union du ciel et de la terre; l'Église, à cet égard, n'est même pas pour lui une préfiguration, mais la forme d'existence du Royaume dans notre monde en cours de transfiguration, mais pas encore transfiguré (v. 18-20). Mais tout aussi important pour Paul est le dépassement, par ceux qui cherchent le Royaume, de leur propre état de péché, sans quoi on n'entre pas dans le Royaume (v. 21-23). La tâche de l'Église est double: d'une part, elle doit devenir l'espace du Royaume dans le monde en voie de transfiguration; d'autre part, elle est la communauté de ceux qui sont sauvés, la communauté des personnes qui marchent sur le chemin du Royaume, mais qui sont encore loin d'avoir atteint le but. La révélation de la plénitude du Royaume dans notre monde en voie de transfiguration est inséparable de la formation spirituelle de ses habitants, et ce processus ne s'achèvera qu'à la fin des temps, au retour du Christ.
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