20 Mais vous, très chers, vous édifiant sur votre foi très sainte, priant dans l'Esprit Saint, |
21 gardez-vous dans la charité de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle. |
En décrivant la vie spirituelle du chrétien, Jude parle de la fidélité («foi»), par laquelle les chrétiens s’édifient ou s’organise, en priant le Saint-Esprit, en se gardant dans la charité de Dieu et en attendant la faveur ou la miséricorde (le mot correspondant grec suppose les deux significations) de Jésus-Christ, qui leur est nécessaire pour l’obtention de la vie éternelle (il s’agit évidemment, de la vie du Royaume dans toute sa plénitude). Comme on voit, l'apôtre comprend parfaitement que la situation actuelle des chrétiens ne peut pas encore être considérée définitive, que leur initiation définitive au Royaume et sa vie dans toute sa plénitude est encore en avant, et elle est liée à la miséricorde manifestée par Jésus-Christ. Il n’y a rien de surprenant dans un tel regard : car le destin spirituel de chaque chrétien est lié au destin du Royaume, à la vie dont il est impliqué. Et recevoir le Royaume, se joindre à lui par mérite est impossible: l’homme ne peut pas par définition mériter le Royaume. Et c’est pourquoi Jude parle de la miséricorde : car encore aux temps d’Osée la notion de la miséricorde de Dieu était lié à la volonté de Dieu de faire pour l’homme ou pour Son peuple plus que cet homme ou ce peuple ne le mérite.
Seulement ainsi reçoit l’homme déchu la possibilité d'entrer dans le Royaume, de se joindre à la plénitude de sa vie. Mais les chrétiens pourront pas se joindre à la plénitude du Royaume plus tôt, que cette plénitude se révélera dans le monde et pour le monde, en le transfigurant et renouvelant. Et tant que cela ne s'est pas produit, les chrétiens sont appelés à vivre la vie du Royaume dans cette mesure, dans laquelle elle leur est révélée à un moment concret donné. C'est pourquoi l'apôtre parle de la foi et de la prière dans l’Esprit Saint : il s'agit de ce sans quoi la communion avec le Royaume est en principe impossible.
Le Royaume est tout pénétré par le souffle de Dieu, et sa base est formée de ces relations qui lient les fidèles à Christ et l'un avec l'autre. Garder la foi envers Celui, qui a apporté le Royaume au monde et respirer son souffle — c’est ça la base d’une vie spirituelle chrétienne. Et bien sûr l'amour, cet amour, dont parlait Jésus à la Cène, l'amour étant déjà non pas simplement une relation, comme c'était avant, mais devenu la nature spirituelle, une sorte de substance du Royaume. C’est notamment son action qui change l’homme, en transformant sa nature même, en le préparant à ce moment, lorsqu’il pourra le jour du retour du Sauveur et de la solennité du Royaume se joindre à la nouvelle vie dans toute sa plénitude.
20 Mais vous, très chers, vous édifiant sur votre foi très sainte, priant dans l'Esprit Saint, |
21 gardez-vous dans la charité de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle. |
Ce qu'il y a peut-être de plus nouveau dans le Nouveau Testament, dans le christianisme, c'est la conscience que la plénitude et le sens de la vie humaine sont atteints dans son union avec la vie de Dieu. Dans une telle union, où la personne humaine n'est pas détruite, où la volonté humaine n'est pas diminuée, où la liberté humaine n'est pas rejetée, tandis que la justice, la vérité et l'altérité divines ne sont pas perdues. Ici a lieu la rencontre de Dieu et de l'homme, l'union volontaire de leurs actions créatrices, la synergie, selon l'expression des Pères de l'Église, grâce à laquelle toute la Création est élevée vers son Créateur.
C'est exactement ainsi que l'apôtre Jude instruit son troupeau. Il dit que nous devons faire quelque chose : nous édifier, nous garder, prier, attendre. Il semble s'agir de nos propres efforts. Mais... Remarquons-le : il nous appelle à bâtir notre vie sur la foi, « très sainte », c'est-à-dire appartenant à Dieu au plus haut degré ; à prier, mais non par nos faibles petites forces, plutôt dans l'Esprit Saint ; comparer Rm 8:26 ; à nous garder, mais dans l'amour de Dieu ; à attendre non pas simplement l'avenir, mais ce dans quoi le Seigneur Jésus-Christ nous fera entrer, la vie éternelle. Comme toujours dans le christianisme, il y a ici aussi un paradoxe. Nous pouvons travailler, mais sans la participation de Dieu c'est vain. Tout est accompli par Dieu, mais sans notre participation cela ne nous touche pas.
20 Mais vous, très chers, vous édifiant sur votre foi très sainte, priant dans l'Esprit Saint, |
21 gardez-vous dans la charité de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle. |
La phrase difficilement construite de l'apôtre Jude est admirablement riche en contenu. L'apôtre nous appelle à nous garder dans l'amour de Dieu, et cela signifie vivre dans cet amour, comme un poisson dans l'eau. Les mots de l'apôtre signifient en même temps un espoir ferme sur la miséricorde du Seigneur Jésus-Christ et la garde dans le cœur de l'amour envers Dieu. L’apôtre voit le début de la vie éternelle, dont la complétude nous attend devant dans une telle conservation de soi dans l'amour. L’éternelle béatitude n’est donc simplement pas une récompense posthume (cette idée non biblique «pâturages de ciel» pénétrera dans les esprits des chrétiens plus tard de la culture hellénistique).
L’éternelle béatitude, la plénitude de la vie éternelle commencent déjà ici et maintenant, quand la miséricorde de Christ nous est accordée. Se conserver pour une telle éternité signifie en premier lieu pour l'apôtre fonder sa vie sur la foi et se détourner des méchancetés. La foi, selon la merveilleuse parole de l'apôtre, s’avère elle-même être la manifestation du saint dans la vie de l’homme, la manifestation de l'Esprit. Il faut une résolution inébranlable pour construire une vie sur la foi - mais l'apôtre souligne que ce n’est pas suffisant. La prière inspirée par le Saint Esprit - voici cette ancre, dont en tenant nous pourrions passer le chemin proposé par l'apôtre.
20 Mais vous, très chers, vous édifiant sur votre foi très sainte, priant dans l'Esprit Saint, |
21 gardez-vous dans la charité de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle. |
Le plus nouveau dans le Nouveau Testament, dans le christianisme est probablement la compréhension du fait que la plénitude et le sens de la vie humaine sont atteinte dans sa liaison avec la vie de Dieu. Dans une telle liaison, où la personnalité humaine ne cesse point, la volonté humaine ne diminue point, la liberté humaine n’est point rejetée, - mais aussi où la justice divine, la vérité ne se perdent point. Il y a une rencontre ici entre Dieu et l’homme, la liaison volontaire de leurs actions créatrices, la synergie (selon l'expression des Pères de l'Église), à la suite de quoi toute la Création est érigée vers son Créateur.
C’est justement ainsi que l'apôtre Jude instruit son troupeau. Il dit que nous devons faire quelque chose: s’édifier, se garder, prier, être prêt a recevoir. Il s’agit en quelque sorte de nos efforts personnels.
Mais... Nous remarquerons: il nous appelle à construire notre vie sur la foi - «très sainte», c'est-à-dire au plus haut degré appartenant au Dieu; prier - mais non avec ses faibles forces, mais dans le Saint Esprit (Voir Rom. 8:26); se garder - mais dans l'amour de Dieu; être prêt a recevoir non seulement le futur, mais et le fait que le Seigneur Jésus-Christ nous conduira à la vie éternelle. Comme toujours dans le christianisme, il y a aussi ici un paradoxe. Nous pouvons travailler, mais c'est vain sans la participation de Dieu. Tout s'accomplit par Dieu, mais sans notre participation cela ne nous concerne pas.
11 Malheur à eux ! car c'est dans la voie de Caïn qu'ils sont allés, c'est dans l'égarement de Balaam qu'ils se sont jetés pour un salaire, c'est par la révolte de Coré qu'ils ont péri. |
12 Ce sont eux les écueils de vos agapes. Ils font bonne chère sans vergogne, ils se repaissent : nuées sans eau que les vents emportent, arbres de fin de saison, sans fruits, deux fois morts, déracinés, |
13 houle sauvage de la mer écumant sa propre honte, astres errants auxquels les ténèbres épaisses sont gardées pour l'éternité. |
14 C'est aussi pour eux qu'a prophétisé en ces termes Hénoch, le septième patriarche depuis Adam : " Voici : le Seigneur est venu avec ses saintes myriades, |
15 afin d'exercer le jugement contre tous et de confondre tous les impies pour toutes les œuvres d'impiété qu'ils ont commises, pour toutes les paroles dures qu'ont proférées contre lui les pécheurs impies. " |
16 Ce sont eux qui murmurent, se plaignent, marchent selon leurs convoitises, leur bouche dit des choses orgueilleuses, ils flattent par intérêt. |
17 Mais vous, très chers, rappelez-vous ce qui a été prédit par les apôtres de notre Seigneur Jésus Christ. |
18 Ils vous disaient : " A la fin du temps, il y aura des moqueurs, marchant selon leurs convoitises impies. " |
19 Ce sont eux qui créent des divisions, ces êtres " psychiques " qui n'ont pas d'esprit. |
20 Mais vous, très chers, vous édifiant sur votre foi très sainte, priant dans l'Esprit Saint, |
21 gardez-vous dans la charité de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle. |
22 Les uns, ceux qui hésitent, cherchez à les convaincre ; |
23 les autres, sauvez-les en les arrachant au feu ; les autres enfin, portez-leur une pitié craintive, en haïssant jusqu'à la tunique contaminée par leur chair. |
24 A celui qui peut vous garder de la chute et vous présenter devant sa gloire, sans reproche, dans l'allégresse, |
25 à l'unique Dieu, notre Sauveur par Jésus Christ notre Seigneur, gloire, majesté, force et puissance avant tout temps, maintenant et dans tous les temps ! Amen. |
En lisant aujourd'hui les paroles de l'apôtre Jude, nous découvrons que la miséricorde chrétienne n'est ni irréfléchie ni dépourvue de sens. La miséricorde de Dieu est certes sans limites, mais elle ne peut agir dans la vie d'une personne que lorsque celle-ci s'ouvre elle-même à cette miséricorde. C'est pourquoi l'apôtre appelle à exercer la miséricorde « avec discernement » : il arrive qu'une personne ne demande pas grâce et n'en veuille pas. Être miséricordieux avec discernement signifie ne pas tolérer le mal et ne pas faire comme si tout allait bien lorsqu'une personne commet un péché. Une « miséricorde sans discernement » peut devenir un encouragement au mal ; c'est pourquoi l'apôtre dit qu'il faut parfois sauver quelqu'un par la crainte, parce que, dans une telle situation, les « bonnes paroles » ne peuvent avoir aucun effet. Le chrétien doit donc être à la fois doux et ferme, et la douceur comme la fermeté ont une seule source : le Seigneur Lui-même, car Lui seul peut nous préserver de la chute et nous faire paraître irréprochables et dans l'allégresse devant Sa gloire.
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