Comme dans tous les cas de résurrection et de guérison mentionnés par les évangélistes, nous avons ici devant nous la manifestation du Royaume que Jésus a apporté dans le monde. Dans ce Royaume, il n'y a pas de place pour la maladie ni pour la mort, et quiconque...
Comme dans tous les cas de résurrection et de guérison mentionnés par les évangélistes, nous avons ici devant nous la manifestation du Royaume que Jésus a apporté dans le monde. Dans ce Royaume, il n'y a pas de place pour la maladie ni pour la mort, et quiconque entre en contact avec lui reçoit la vie et la santé dans toute leur plénitude, dans la mesure où une telle plénitude lui est accessible dans le cadre de l'humanité pas encore transformée.
Mais le Royaume n'est pas simplement un lieu ou un espace, même spécialement aménagé ou organisé d'une manière quelconque. Le Royaume est d'abord les relations qui lient les hommes au Christ et les uns aux autres. On pourrait même dire que le Royaume comme type particulier de lieu ou d'espace est déterminé par ces relations et dépend d'elles. En effet, si nous prenons par exemple le récit de la guérison du serviteur du centurion, il n'y a pas vraiment ici d'espace physique ou mystique continu unique : au moment où le serviteur du centurion fut guéri, Jésus se trouvait assez loin de lui, et le serviteur lui-même ne savait peut-être même pas que son maître demandait sa guérison. Mais il y a un seul espace spirituel, engendré par les relations d'amour et de confiance qui liaient le centurion à la fois à son serviteur et à Jésus.
Il est tout à fait évident que le centurion avait envers son serviteur, appelé directement esclave dans l'original, une attitude tout à fait particulière : un tel souci pour un esclave malade était manifestement inhabituel chez les Romains, nullement portés au sentimentalisme. De toute évidence, cet amour l'a contraint à se tourner vers le Maître, au sujet duquel circulaient toutes sortes de rumeurs parmi le peuple, mais dont on savait avec certitude qu'il guérissait tous ceux qui étaient prêts à lui faire confiance. Et le centurion réussit vraiment à faire confiance à Jésus d'une manière dont, selon le témoignage de Jésus lui-même, peu lui avaient fait confiance même parmi le peuple de Dieu, verset 9 : il n'osa pas appeler le Maître dans sa maison, étant pleinement certain que son seul désir suffirait pour la guérison, versets 6-8.
La mesure de la confiance et de l'amour se révéla si grande que le Royaume devint réalité non seulement pour le centurion lui-même, mais aussi pour son serviteur, qui ne vit pas Jésus du tout et ne savait peut-être même rien de lui. Ainsi les relations donnent naissance au Royaume. Et alors on comprend pourquoi Jésus est prêt à entrer dans toute maison où on l'attend. Car ceux qui l'attendent et le reçoivent accroissent par là l'espace du Royaume, devenant eux-mêmes une partie de celui-ci, et donc ses témoins et ses serviteurs. C'est ce genre de témoins et de serviteurs que Jésus veut voir en chacun de nous.