En commençant sa seconde épître à l’Église de Thessalonique, Paul rend grâce à Dieu pour le témoignage que ses frères thessaloniciens ont rendu au monde pendant les persécutions qu’ils ont dû traverser (v. 3–5). L’apôtre souligne particulièrement que le châtiment des persécuteurs et la rétribution des persécutés ne doivent être attendus qu’à la fin des temps, au jour du Jugement (v. 6–10). À première vue, cette « justice différée » ressemble à une sorte de tolérance de Dieu envers ses ennemis : par là même, une certaine liberté d’action leur est accordée, certes limitée, mais tout de même assez large. Du point de vue de notre monde encore non transfiguré, la situation où le pécheur reçoit le châtiment de son péché le plus vite possible, de préférence aussitôt après l’avoir commis, paraît plus logique.
Mais une telle justice n’aurait de sens que si le plan de Dieu se réduisait au maintien du statu quo dans le monde. Or Dieu a, comme on le voit, un tout autre dessein : il veut transfigurer et renouveler le monde, et non simplement l’améliorer. Il n’y a rien d’étonnant ici : Dieu veut voir notre monde devenir une part de son Royaume, et là aucune amélioration ne changera quoi que ce soit de façon radicale ; il faut ici une transfiguration complète de la nature même de l’univers, des lois qui déterminent son être, y compris la vie humaine. Et Dieu, en envoyant dans le monde son Fils, jette toutes ses forces dans la résolution de cette tâche principale, remettant temporairement toutes les autres : car de toute manière elles ne peuvent être résolues jusqu’au bout dans le cadre de l’ordre actuel des choses ; lorsque, après la transfiguration du monde, celui-ci changera radicalement, certains problèmes disparaîtront tout simplement, ayant perdu leur actualité, et d’autres pourront sans doute être résolus d’une manière toute différente, encore absolument inimaginable pour nous. C’est pourquoi le Sauveur oriente ses disciples non vers le « rétablissement de l’ordre », qui dans notre monde déchu devient un processus sans fin, n’atteignant jamais de résultat définitif, mais vers la vie dans le Royaume et vers la diffusion la plus large possible de ce Royaume dans le monde.
Le monde dans son état actuel est irréparable, et la tâche ne consiste pas à entreprendre toujours de nouvelles tentatives d’accomplir l’impossible, mais à proposer une alternative à l’ordre existant des choses, une alternative aussi radicale que l’est la différence entre les lois du Royaume et les lois du monde encore non transfiguré. Et si un chrétien parvient à rester témoin du Royaume malgré l’injustice qu’il subit à cause de son témoignage, on peut considérer qu’il a accompli la tâche principale que Dieu lui a confiée dans ce monde.
