Avec le neuvième chapitre commence une partie complètement nouvelle du livre du prophète Zacharie, qui se distingue des huit premiers chapitres à la fois par le style, par les détails historiques et, surtout, par le contenu. Les différences sont si remarquables que la plupart des chercheurs situent la seconde moitié du texte au...
Avec le neuvième chapitre commence une partie complètement nouvelle du livre du prophète Zacharie, qui se distingue des huit premiers chapitres à la fois par le style, par les détails historiques et, surtout, par le contenu. Les différences sont si remarquables que la plupart des chercheurs situent la seconde moitié du texte au tournant des Ve et IVe siècles av. J.-C., c'est-à-dire plus d'un siècle plus tard que la première moitié du livre. Comme cela arrive souvent dans la littérature biblique, l'auteur de la deuxième partie n'est pas connu de nom ; il est de coutume de l'appeler le Deutéro-Zacharie. La deuxième partie du livre ne concerne plus la restauration du Temple et le retour des Juifs de la captivité babylonienne. Au contraire, elle mentionne les « fils d'Ionie », c'est-à-dire les Grecs, et parle de nouveaux dangers qui pèsent sur la Terre Sainte. De nouveau, les peuples de Palestine et des terres voisines entendent dans le neuvième chapitre des mots sur la défaite qui s'abattra sur eux pour leurs crimes moraux et religieux. Cependant, dans ces terribles avertissements, on entend un nouvel aspect qui ne résonnait pas chez les prophètes précédents, malgré tout l'universalisme de leur prédication. Au tout début du chapitre, le Seigneur dit que Son œil regarde tous les hommes, tout comme toutes les tribus d'Israël. La défaite par de nouveaux conquérants et la délivrance de ceux-ci sont dans la main du Seigneur, et elle est également étendue sur toutes les nations. L'action salvatrice de Dieu, que prophétise le Deutéro-Zacharie, englobe ainsi tous les hommes, Juifs et païens.
Bien plus importante, cependant, est la différence essentielle des prophéties messianiques du Deutéro-Zacharie par rapport aux paroles de la plupart des prophètes précédents, y compris le premier Zacharie. En appelant Sion à se réjouir de la délivrance, le prophète dit : « Voici, ton Roi vient à toi, juste et sauvant, doux, monté sur une ânesse... ». Seul le Deutéro-Ésaïe a parlé si clairement de la douceur du Messie. Les Juifs avaient l'habitude de s'imaginer le Messie-Roi comme un chef majestueux qui vaincrait tous les ennemis d'Israël et amènerait les nations environnantes à la foi d'une main de fer. Mais le Deutéro-Zacharie Le voit autrement : le cœur du prophète sait que la violence est indigne de l'Oint de Dieu et que Sa victoire ne peut pas être militaire. Toutes les autres grandes figures de l'histoire humaine qui étaient sous les yeux du prophète : Nebucadnetsar et Cyrus, Darius et, peut-être, Alexandre le Grand, unissaient les hommes en réprimant leur liberté spirituelle et politique, la prospérité de leurs royaumes reposait sur la force des armes. Le Christ, quant à lui, dit le prophète, annoncera la paix aux nations. Quand le Messie viendra à Jérusalem monté sur un animal « agricole » doux et inoffensif, la puissance militaire du peuple élu perdra son sens. Alors, dit le prophète, les chevaux et les chars seront exterminés et les armes seront brisées. La paix que le Christ apporte sera la seule « arme », et Sa domination s'étendra sur toute la terre. Dans ce rejet des armes et de la force réside la différence fondamentale du Royaume du Christ par rapport à tous les royaumes terrestres, qui ne peuvent se passer de ce que nous appelons aujourd'hui les « structures de force ». C'est ainsi qu'une nouvelle dimension entre dans la prophétie sur le Royaume du siècle à venir, c'est ainsi que le prophète prévoit les paroles du Christ « Mon Royaume n'est pas de ce monde » et « le Royaume des cieux est au-dedans de vous ».
Et ce Royaume de paix est donné à tous ; l'adresse particulière du prophète au peuple élu ne fait que souligner le caractère universel de sa prédication. Le prophète dit que les hommes eux-mêmes, leurs cœurs, leurs vies deviendront les « armes » de Dieu. Dans le même temps, il est important que le Seigneur Lui-même protège les hommes, et ils pourront vaincre tout adversaire. Mais ce ne sera pas une victoire sur des hommes : le prophète souligne à nouveau spécialement que les pierres de fronde seront exterminées — encore un autre symbole d'armements. Alors le peuple sera rempli d'une joie inhabituelle, et fera « du bruit comme par le vin », et le pain et le vin « animeront la langue » des jeunes hommes et des jeunes filles. Il est très probable que le Deutéro-Zacharie, comme certains autres prophètes, voit un lien entre le salut obtenu par la douceur du Messie, et le fait que l'Esprit de Dieu remplira le peuple de l'alliance. Les images qu'utilise le prophète sont étroitement liées aux événements de la Pentecôte, et on peut difficilement considérer cela comme une simple coïncidence. Dans l'intronisation du Christ apportant la réconciliation, le prophète voit le véritable renouveau spirituel des hommes, et alors, dit-il, apparaîtra une bonté et une beauté incroyables de l'humanité. Il est difficile de comprendre si le prophète dit cela du Messie ou des hommes en général ; peut-être ne fait-il pas la distinction dans ce cas. L'important est que dans le Royaume du Messie sera restaurée cette beauté spirituelle des hommes qui a été perdue avec la chute.
Ainsi, sur fond de nouvelles conquêtes et de luttes, le prophète voit l'entrée à venir dans le monde d'une force nouvelle et inédite : la force de la réconciliation, la force de la douceur, la force qui rejette les armes et la violence. Telle la foudre, elle entre dans l'histoire tendue de l'humanité et l'illumine d'une nouvelle lumière de vérité.
Mais le prophète, à la différence de la plupart de ses prédécesseurs et contemporains, voit aussi autre chose : sa prophétie sur la venue du Messie est remplie d'un tourment tragique, car les hommes, appelés dans le Royaume de la réconciliation, ne répondront pas à l'appel.
1 g) La Terre Promise comprendra, en plus du territoire d’Israël, cf. Jg 20.1, les villes araméennes, phéniciennes et philistines. L’oracle fait allusion à une marche guerrière conquérante, interprétée comme une action de Yahvé et qui préludera à l’ère messianique. C’est vraisemblablement l’action d’Alexandre après Issus (333) qui est à l’origine de ce morceau.
1 h) C’est un sens possible de l’hébreu et c’est ce qu’ont compris grec, syr. et Targ. En lisant ’aram au lieu de ’adam « homme » (confusion possible du resh et du dalet , presque identiques), on peut comprendre « À Yahvé appartient la source (ou « la perle » = la capitale, Damas) d’Aram », qui semble plus cohérent avec ce qui précède ; mais la mention des « yeux ouverts » au v. 8 (et cf. 12.4) est en faveur de la traduction adoptée.
6 i) La population mêlée résultant de la colonisation.
7 j) Allusion aux pratiques païennes de manger la chair avec le sang, cf. Lv 1.5, et de manger des viandes interdites, comme le porc, cf. Isa 65.4 ; 66.17.
7 k) Qui fut incorporé au vieil Israël.
8 l) « avant-poste » maççaba grec (cf. 1 S 14.12) ; « contre une armée » miççaba hébr.
9 m) Non pas en ce sens qu’il rend la justice, cf. Isa 11.3-5, mais en ce sens qu’il sera l’objet de la « justice » de Yahvé, c’est-à-dire de sa protection puissante, cf. Isa 45.21-25.
9 n) Le Messie sera « humble » (`anî), qualité que So 3.12 attribuait au peuple de l’avenir, cf. So 2.3. Renonçant à l’attirail des rois historiques, Jr 17.25 ; 22.4, le roi messianique aura l’ancienne monture des princes, Gn 49.11 ; Jg 5.10 ; 10.4 ; 12.14. Comparer aussi 1 R 1.38 à 1 R 1.5. Notre Seigneur a accompli cette prophétie au jour des Rameaux.
10 o) « il retranchera » grec ; « je retrancherai » hébr. — Le royaume messianique a retrouvé l’unité antique les tribus du Nord en font partie.
10 p) C’est-à-dire de la Méditerranée à la mer Morte et de l’Euphrate à l’extrême sud. La Pentecôte donnera son sens plein à l’expression.
11 q) Allusion, soit à la cérémonie du Sinaï, Ex 24.5s, soit aux offrandes sacrificielles du Temple.
11 r) Une citerne sert de geôle c’est le symbole de Babylone.
13 s) Les Grecs. L’Empire perse s’écroule alors sous les coups d’Alexandre.
15 t) « le sang » dam mss grecs ; « ils feront du bruit » hamû hébr. Peut-être correction euphémistique. On peut aussi comprendre « ils boiront, ils feront du bruit comme (sous l’effet) du vin », ce qui évoquerait la rumeur du troupeau, cf. Mi 2.12 ; Ez 36.37-38.
Le livre de Zacharie se compose de deux parties bien distinctes : 1-8 et 9-14. Après une introduction, datée d’octobre-novembre 520, deux mois après la première prophétie d’Aggée, le livre rapporte huit visions du prophète datées de février 519, 1.7 – 6.8, suivies du couronnement symbolique de Zorobabel (les réviseurs ont substitué le nom du grand prêtre Josué lorsque se fut évanoui l’espoir qu’on avait mis en Zorobabel et que le sacerdoce détint tout le pouvoir), 6.9-14. Le chap. 7 fait un retour sur le passé national et le chap. 8 ouvre des perspectives de salut messianique, l’un et l’autre à propos d’une question sur le jeûne, posée en novembre 518.
Cet ensemble bien daté et de pensée homogène est certainement authentique ; il porte cependant les marques d’une révision, faite par le prophète lui-même ou par ses disciples. Par exemple, les annonces universalistes de 8.20-23 ont été ajoutées après 8.18-19 qui est une conclusion.
Comme Aggée, Zacharie se préoccupe de la reconstruction du Temple. Mais il fait une part plus large à la restauration nationale et à ses exigences de pureté et de moralité, et l’attente eschatologique est plus pressante. Cette restauration doit ouvrir une ère messianique où le sacerdoce représenté par Josué sera exalté, 3.1-7, mais où la royauté sera exercée par le « Germe », 3.8, terme messianique que 6.12 applique à Zorobabel. Les deux Oints, 4.14, gouverneront en parfait accord, 6.13. Ainsi Zacharie fait renaître la vieille idée du messianisme royal mais l’associe aux préoccupations sacerdotales d’Ézéchiel, dont l’influence se marque sur bien des points : rôle prépondérant des visions, tendance apocalyptique, souci de la pureté. Les mêmes traits et la part faite aux anges préludent à Daniel.
La deuxième partie, 9-14, qui s’ouvre d’ailleurs par un nouveau titre, 9.1, est toute différente. Les pièces sont sans date et anonymes. Il n’est plus question ni de Zacharie, ni de Josué, ni de Zorobabel, ni de la construction du Temple. Le style est différent et fait un fréquent usage des livres antérieurs, surtout Jr et Ez. L’horizon historique n’est plus le même ; Assur et l’Égypte viennent comme les noms symboliques de tous les oppresseurs.
Ces chapitres ont très vraisemblablement été composés dans les dernières décennies du IVe siècle av. J.-C., après la conquête d’Alexandre. Malgré les efforts récemment renouvelés pour prouver leur unité, il faut admettre qu’ils sont disparates. On distingue deux sections introduites chacune par un titre, 9-11 et 12-14 ; la première est presque entièrement en vers, la seconde est presque entièrement en prose. On parle d’un Deutéro-Zacharie et d’un Trito-Zacharie. En fait ce sont deux collections elles-mêmes composites. La première utilise peut-être d’anciens morceaux poétiques, préexiliques, et se réfère à des faits d’histoire qu’il est difficile de préciser (l’application de 9.1-8 à la conquête d’Alexandre reste la plus vraisemblable). La seconde partie, 12-14, décrit en termes d’apocalypse les épreuves et les gloires de la Jérusalem des derniers temps. Mais l’eschatologie n’est pas absente de la première partie et certains thèmes se retrouvent dans les deux sections, ainsi celui des « pasteurs » du peuple, 10.2-3 ; 11.4-14 ; 13.7-9.
Cette partie du livre est importante surtout par sa doctrine messianique, d’ailleurs peu unifiée : relèvement de la maison de David, 12 Passim, attente d’un Roi messie humble et pacifique, 9.9-10, mais annonce mystérieuse du Transpercé, 12.10, théocratie guerrière, 10.3 – 11.3, mais aussi cultuelle à la manière d’Ézéchiel, 14. Ces traits s’harmoniseront dans la personne du Christ et le Nouveau Testament cite souvent ces chapitres de Zacharie ou au moins y fait allusion, ainsi Mt 21.4-5 ; 27.9 (combiné avec Jérémie) ; Mt 26.31 = Mc 14.27 ; Jn 19.37.