Qu'est-ce que la mémoire historique ? Et quel rapport entretient-elle avec la Tradition ? À première vue, l'appel du prophète à ceux qui l'écoutent, pour qu'ils se souviennent de ce qu'ils voient et entendent, semble faire appel précisément à la mémoire historique, sans laquelle...
Qu'est-ce que la mémoire historique ? Et quel rapport entretient-elle avec la Tradition ? À première vue, l'appel du prophète à ceux qui l'écoutent, pour qu'ils se souviennent de ce qu'ils voient et entendent, semble faire appel précisément à la mémoire historique, sans laquelle il ne saurait être question de garder le souvenir des événements ni de transmettre à la postérité ce qui a été entendu.
Mais les choses sont-elles si simples ? Que doivent retenir ceux qui voient et entendent le prophète ? À en juger par la présence du Livre de Joël parmi les livres prophétiques de la Bible, on peut dire que ses contemporains ont vu, entendu et retenu précisément ce qu'il fallait. Mais qui l'a retenu exactement ? Et qui devait, au juste, voir, entendre et se souvenir ?
Joël s'adresse aux anciens et au peuple tout entier. À l'époque de l'organisation en clans et en tribus, les anciens étaient pratiquement les seuls représentants de l'autorité dans la société hébraïque. Mais, au temps de Joël, il faut plutôt parler du conseil des anciens qui exista à Jérusalem tout au long de son histoire antique, jusqu'à sa destruction en l'an 70 de notre ère. Le prophète s'adresse donc, semble-t-il, à un organe représentatif du pouvoir et à l'opinion publique, comme nous dirions aujourd'hui.
Pourtant, si nous possédons aujourd'hui le Livre de Joël, ce n'est ni grâce au conseil des anciens ni grâce à l'opinion publique, mais grâce à la Synagogue, qui, dès la période postexilique, mit en ordre les notes des prédications de Joël, comme celles des autres prophètes, et grâce au cercle des disciples des prophètes préexiliques. Nous savons peu de choses de ce cercle, mais il constituait peut-être lui aussi une sorte de mouvement communautaire dans le Juda d'avant l'exil. Il apparaît donc que la Tradition naît non dans la société tout entière, mais dans la communauté des fidèles prêts à écouter les prophètes et à retenir leurs paroles, conscients qu'il s'agit d'une révélation donnée par Dieu.
Mais, pour les prophètes eux-mêmes, Joël compris, c'était bien l'ensemble du peuple de Dieu qui importait. Non parce que cela était plus commode pour les témoins eux-mêmes — ils auraient, au contraire, été bien plus heureux de prêcher dans le cercle restreint de ceux qui partageaient leurs vues, les comprenaient et leur étaient favorables —, mais parce que chacun devait pouvoir entendre la parole de Dieu. Car Dieu voulait voir parmi Ses fidèles chacun de ceux qui appartenaient à Son peuple ; il fallait donc donner sa chance à chacun. Et cette chance ne pouvait être que la parole de la Révélation proclamée publiquement.
4 a) Il s’agit d’une invasion de sauterelles. Quatre termes les désignent ici, dont le plus utilisé pour la « sauterelle » en général est arbeh , le « destructeur ». Le sens des trois autres est discuté. Ils désignent, soit des espèces différentes de sauterelles, soit plutôt les phases successives du développement de l’insecte larve (yeleq , le « sauteur »), nymphe (hasîl le « décortiqueur ») et l’insecte jeune (gazam , le « rogneur »).
8 b) Le prophète s’adresse à la communauté.
8 c) Vêtement de deuil et de pénitence.
9 d) L’oblation, cf. Lv 2, et la libation quotidiennes consistaient en produits de la terre farine, vin, huile, cf. Ex 29.38-42 ; Nb 28.3-8.
Le livre de Joël se divise naturellement en deux parties. Dans la première, une invasion de sauterelles qui ravage Juda provoque une liturgie de deuil et de supplication ; Yahvé répond en promettant la fin du fléau et le retour de l’abondance, Jl 1.2–2.27. La seconde partie décrit dans un style apocalyptique le jugement des nations et la victoire définitive de Yahvé et d’Israël, 3-4. L’unité entre les deux parties est assurée par la référence au Jour de Yahvé, qui est proprement le thème des chap. 3-4 mais qui paraît déjà dans Jl 1.15 ; 2.1-2, 10-11. Les sauterelles sont l’armée de Yahvé, lancée pour exécuter son jugement, un Jour de Yahvé, dont on peut être sauvé par la pénitence et la prière ; le fléau devient le type du grand jugement final, le Jour de Yahvé qui ouvrira les temps eschatologiques. Il n’y a pas lieu de distinguer deux auteurs ni deux époques de composition. On a encore défendu récemment une date à la fin de l’époque monarchique. La majorité des exégètes opte pour la période postexilique, avec les arguments suivants : l’absence de référence à un roi, les allusions à l’Exil mais aussi au Temple reconstruit, les rapports avec le Deutéronome et les prophètes postérieurs, Ézéchiel, Sophonie, Malachie, Abdias, cité à Jl 3.5. Le livre aurait été composé aux environs de 400 av. J.-C.
Ses attaches avec le culte sont évidentes. Les chap. 1-2 ont les caractères d’une liturgie pénitentielle, qui s’achève par la promesse prophétique du pardon divin. On a donc considéré Joël comme un prophète cultuel, attaché au service du Temple. Cependant, ces traits peuvent s’expliquer par l’imitation littéraire de formes liturgiques. Le livret n’est pas le compte rendu d’une prédication dans le Temple, il est une composition écrite, faite pour être lue. On est à la fin du courant prophétique.
L’effusion de l’esprit prophétique sur tout le peuple de Dieu à l’ère eschatologique, Jl 3.1-5, répond au souhait de Moïse dans Nb 11.29. Le Nouveau Testament considère que l’annonce s’est réalisée lors de la venue de l’Esprit sur les Apôtres du Christ, et saint Pierre citera tout ce passage, Ac 2.16-21 : Joël est le prophète de la Pentecôte. Il est aussi le prophète de la pénitence et ses invitations au jeûne et à la prière, empruntées des cérémonies du Temple ou rédigées sur leur modèle, entreront naturellement dans la liturgie chrétienne du Carême.