La lecture d'aujourd'hui nous ramène une fois encore au témoignage que Jésus rend de lui-même. Les événements racontés par l'évangéliste se déroulaient apparemment le jour où l'on commémorait la dédicace du Temple (v. 22; la « fête de la rénovation » mentionnée dans le texte pourrait aussi être appelée « fête de la Dédicace », conformément au sens du mot grec). Dans la conscience des Juifs croyants, le jour de la dédicace du Temple était un jour du triomphe de Dieu, et l'on attendait ce jour-là la venue du Royaume messianique avec une émotion particulière. Il n'est pas étonnant que l'on ait attendu de Jésus, précisément un tel jour, une réponse directe à la question de sa messianité (v. 24).
Mais sa réponse fut assez inattendue pour ceux qui l'interrogeaient. Ils espéraient manifestement que Jésus leur dirait sans détour quand il accomplirait ce que l'on attendait alors du Messie: soulever une révolte, chasser de Judée les troupes romaines par la puissance de Dieu et y restaurer un État juif indépendant, régi par des lois entièrement conformes à la Torah. Mais le Sauveur parle d'autre chose au peuple qui l'entoure. Il dit: vous avez déjà vu tout ce que je fais, et je n'ai rien de plus à vous dire. Cette réponse était parfaitement logique: le Christ n'avait l'intention de faire aucune des choses attendues par ses interlocuteurs. Il ne pouvait que leur manifester le Royaume, comme il l'avait déjà fait plus d'une fois (v. 25-27). Le don principal du Seigneur n'est manifestement pas un État juif restauré, mais la plénitude de la vie de Dieu, qu'il est prêt à offrir à quiconque est disposé à la recevoir (v. 28).
Vient ensuite le témoignage sur lui-même qui poussa des hommes religieux et pieux à prendre des pierres (v. 31). Jésus dit: moi et le Père, nous sommes un (v. 30). Il révèle à ses auditeurs le mystère principal de sa messianité et de son ministère: il vit d'une seule vie avec Dieu. Il est homme, mais toute la plénitude de Dieu est entrée dans les limites de sa nature humaine, et donc aussi la plénitude du Royaume; il est prêt à donner l'une et l'autre à quiconque en a soif. Un homme ordinaire ne peut certes contenir la plénitude de Dieu comme Jésus lui-même la contient. Mais grâce à lui — et par lui — cette plénitude, autrefois totalement inaccessible à l'homme, est devenue en principe accessible à chacun. Désormais, il ne dépend que de l'homme lui-même d'y prendre part ou non.
C'est précisément cette pensée, semble-t-il, que les hommes entourant Jésus trouvèrent absolument insupportable (v. 32-33). Rien d'étonnant: s'ils acceptaient ce qu'il disait, ils devraient avouer honnêtement à eux-mêmes et aux autres que l'histoire de la religion était achevée — de toute religion, y compris du judaïsme auquel appartenaient les interlocuteurs du Christ. Le sens de toute religion réside soit dans la recherche de Dieu, lorsqu'il s'agit de religiosité païenne, soit dans le maintien d'une relation avec le Dieu qui se révèle aux hommes, lorsqu'il s'agit d'une religion de la Révélation. Mais le Sauveur offre davantage: il offre la plénitude de la vie de Dieu dans son Royaume. Ici, il n'y a rien à chercher, car l'essentiel est révélé; nul besoin non plus d'efforts particuliers pour maintenir une relation avec Dieu, puisque rien ne la menace dans son Royaume. Ici on vit avec Dieu, simplement et naturellement, en communiant avec lui et en participant, selon ses possibilités et ses capacités, à la vie du Royaume. Ici la religion devient inutile.
Il est naturellement très difficile à un homme religieux de l'accepter, car la religion constituait le fondement, le but et le sens de toute sa vie. Les Juifs qui entouraient Jésus auraient voulu que le Royaume messianique soit moins le royaume de Dieu que celui de leur religion. Ils devaient maintenant choisir entre leurs propres désirs et la révélation de Dieu, et Jésus les appelle à choisir le Royaume. Mais l'homme est libre, et chacun fait son choix.
