Quels que soient les changements de la Torah au cours de l'histoire, les commandements demeurent immuables. Ils sont le noyau spirituel de la Torah, sans lequel elle n'existe pas. On pourrait penser qu'il n'y a guère de sens ici à parler de tradition spirituelle...
Quels que soient les changements de la Torah au cours de l'histoire, les commandements demeurent immuables. Ils sont le noyau spirituel de la Torah, sans lequel elle n'existe pas. On pourrait penser qu'il n'y a guère de sens ici à parler de tradition spirituelle : car, à première vue, les commandements du Décalogue ressemblent surtout à un code moral ordinaire, fût-il donné par Dieu. Mais, à regarder le texte de plus près, il devient clair que nous n'avons pas devant nous une simple énumération de normes et de prescriptions morales, mais un texte intérieurement cohérent décrivant le chemin spirituel que parcourt l'homme qui va vers Dieu et à la suite de Dieu.
Le premier commandement suppose déjà non seulement le refus de participer à tout culte païen, mais aussi une présence intérieure constante devant Dieu. Les autres commandements, le deuxième, le troisième, le quatrième, et en partie le cinquième, révèlent ce qui se tient derrière cet appel de Dieu. Sans les observer, il est impossible de se tenir devant Dieu, et donc impossible d'observer le premier commandement, le commandement principal. La seconde partie du Décalogue est construite de la même manière, mais il y est plutôt question du chemin qui éloigne de Dieu.
Le principal ici est le dixième commandement, qui interdit l'envie, laquelle détruit la vie de l'homme qui cherche à obtenir la maison d'autrui au lieu de bâtir la sienne. La violation de ce commandement, si l'on est conséquent, conduira inévitablement à la violation des cinq autres qui composent la seconde partie du Décalogue, sinon en acte, du moins en parole et certainement en intention. Or une telle violation, du point de vue spirituel, n'est pas meilleure qu'une violation par l'acte : pour Dieu, l'intention et l'acte forment un tout, et si l'intention ne se réalise que parce que l'occasion ne s'en présente pas, on peut la considérer comme réalisée.
C'est ce lien entre l'intention et l'action qui constitue l'essence du Décalogue, faisant de lui non pas simplement un code moral, mais, bien sûr avec l'effort spirituel correspondant, un impératif spirituel et moral intérieur capable de déterminer toute la vie de l'homme, intérieure et extérieure. Alors le Décalogue devient véritablement révélation : révélation de la volonté de Dieu et de la parole de Dieu adressée à une personne concrète. Un tel Décalogue peut devenir et devient réellement le noyau spirituel de la Torah, pour tous les temps.