Certaines lois et prescriptions de la Torah peuvent, à première vue, paraître non seulement étranges et paradoxales, mais même franchement absurdes. En effet, tout le monde sait qu'en temps de guerre, on traite avec la plus grande rigueur quiconque est capable de porter les armes, sans lui accorder aucune indulgence. La guerre est la guerre, la mobilisation est la mobilisation, et en temps de guerre elle est nécessairement générale; on ne fait alors de remise à personne pour une impréparation morale ou psychologique. Tout acte de lâcheté est considéré comme une désertion, avec toutes les conséquences qui en découlent en temps de guerre.
La Torah, pourtant, prescrit exactement le contraire: elle exige que chacun de ceux qui ont « le cœur craintif » puisse quitter calmement le champ de bataille, partir complètement, retourner chez lui et y rester jusqu'à la fin de la guerre, sans aucun châtiment, ni même aucune réprobation publique, car la Torah ne considère nullement ces personnes comme dignes de mépris.
Qu'est-ce donc: du pacifisme? Évidemment non: il ne s'agit pas ici d'un refus de la guerre, mais seulement de ceux qui sont trop faibles pour elle. Trop faibles avant tout spirituellement: l'expression « craintif de cœur » signifie précisément cela. Il ne s'agit pas forcément de la peur et de la lâcheté qui en découle, même si cela aussi est important: tous ceux qui savent ce qu'est la panique sur le champ de bataille savent parfaitement à quoi peut conduire l'apparition d'un seul semeur de panique dans les rangs des combattants. Mais la faiblesse spirituelle peut s'exprimer autrement: l'homme peut simplement devenir sauvage à cause de la guerre, se transformer en machine à tuer, entrer dans un état spirituel où il lui plaira de tuer. Et même s'il s'agit de tuer un ennemi armé sur le champ de bataille, un tel état spirituel reste destructeur pour l'homme. Toute guerre finira un jour, mais l'habitude de tuer et, pire encore, de jouir de la peur qu'éprouve un homme devant la mort imminente demeurera. L'ancien soldat l'emportera chez lui, dans la vie paisible. Si tel est le cas, mieux vaut encore le pacifisme.
Peut-on être pacifiste face à l'ennemi pendant la guerre? Sans doute, mais très peu de temps. Ou assez longtemps, mais alors aux dépens des autres, aux dépens de ceux qui refusent le pacifisme et prennent les armes pour se défendre eux-mêmes, ainsi que ceux qui ne peuvent pas se défendre, ou ne le veulent pas, comme les pacifistes eux-mêmes. Mais si un homme sait avec certitude que la guerre le brisera, le transformant non pas en lâche, non, mais en machine à tuer, s'il sait qu'il ne pourra pas rester homme à la guerre, alors son pacifisme est justifié. Rester homme devant Dieu est plus important que devenir un héros aux yeux de ce monde. Après tout, Dieu a besoin de notre cœur, non de notre héroïsme.