« Prends ta croix et suis-moi… » Cela rappelle une histoire d’enfance, ou plutôt de demi-enfance. Un homme se trouva dans une situation désespérée, soit à cause de tragédies et de désordres familiaux, soit à cause du manque d’argent, au point de manquer même du nécessaire. Alors il implora Dieu avec reproche...
« Prends ta croix et suis-moi… » Cela rappelle une histoire d’enfance, ou plutôt de demi-enfance. Un homme se trouva dans une situation désespérée, soit à cause de tragédies et de désordres familiaux, soit à cause du manque d’argent, au point de manquer même du nécessaire. Alors il implora Dieu avec reproche, disant que sa croix était trop lourde. Et le Seigneur lui dit : bien, qu’il en soit selon toi ; je t’inviterai au Ciel, et tu choisiras toi-même la croix qui sera à ta mesure. Il fit ainsi. Voilà donc cet homme qui marche, et tout autour se dressent des croix différentes, comme dans nos cimetières : il y en a de petites en bois, d’autres en métal, et d’autres encore, énormes, de pierre, plus hautes qu’un homme. Il marche, il marche, puis il voit une croix qui lui plaît : c’est celle-là, dit-il, que je choisis. Et le Seigneur, souriant, lui dit : mais c’est précisément ta croix.
En réalité, il est dit ici quelque chose de simple, simple mais important. Nous nous plaignons souvent de notre vie ; mais qu’on nous oblige à porter la croix d’un autre, et nous crierons aussitôt. Parce que nous sommes faibles et infirmes. Seul le Seigneur a pu faire en sorte que toutes nos petites croix se fondent en une seule, Sa Croix, par la puissance de Sa toute-bonne majesté. C’est pourquoi : « et je répète : si je vais mal, mon Dieu a connu pire, et la Mère de Dieu a souffert davantage » (N. S. Goumilev)
Mais pourquoi faut-il donc souffrir, pourquoi devons-nous porter ces maudites croix ? Pourquoi ne pouvait-on pas s’en passer ? Cette question n’a pas de réponse. Mais n’est-ce pas une joie d’être avec le Seigneur, n’est-ce pas une joie de faire en sorte qu’Il soit au moins un peu soulagé ? N’est-ce pas vrai ? Si c’est ainsi, il nous faut seulement le voir, comprendre qu’en portant notre croix, nous participons à la souffrance de Dieu et l’allégeons. Comment le voir ? Simplement en priant, et alors tu verras. Prier en se présentant à Dieu non sous une forme quelconque, mais dans toute simplicité, en Le remerciant pour cette joie suprême au monde : être nécessaire à quelqu’un.