Ici Jean unit l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Un tel lien était enraciné dans la Torah, et il était parfaitement connu de la tradition rabbinique des temps évangéliques. Mais Jean l'envisage dans le contexte...
Ici Jean unit l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Un tel lien était enraciné dans la Torah, et il était parfaitement connu de la tradition rabbinique des temps évangéliques. Mais Jean l'envisage dans le contexte de la révélation nouvelle, chrétienne. Pour lui, l'amour n'est pas seulement une relation entre les hommes, comme c'était le cas aux temps préchrétiens; pour lui, il est inséparable de la nature même du Royaume.
Auparavant, l'amour, comme la haine qui lui est opposée, était avant tout une relation reliant les hommes entre eux, de même que la haine était une relation les séparant. Le milieu dans lequel ces relations se construisaient restait naturel, principalement psychique. Et c'était la nature du monde déchu, dont le fondement était une énergie naturelle qui ne révélait pas tant Dieu à l'homme qu'elle Le lui cachait. L'amour, comme phénomène spirituel, ne pouvait pas ne pas entrer en contradiction avec une telle nature qui cache Dieu; c'est pourquoi l'amour, dans le monde déchu, ne pouvait se déployer dans toute sa plénitude. Là où il ne pouvait pénétrer, il restait place à la nature déchue avec toutes ses manifestations, y compris les peurs propres à la psyché de l'homme déchu, pas toujours conscientes, mais toujours réelles et empêchant toujours l'homme de vivre une vie spirituelle pleine.
Il en va autrement du Royaume. Ici, l'énergie naturelle est remplacée par l'énergie de l'amour de Dieu. Elle ressemble à l'énergie naturelle en ce qu'elle donne la possibilité d'être à toutes les formes et manifestations existantes de la vie naturelle. Mais, à la différence de l'énergie naturelle du monde déchu, l'énergie de l'amour de Dieu ne cache pas Dieu; au contraire, elle Le révèle, ainsi que sa volonté et sa présence.
Un tel milieu correspond pleinement aux relations d'amour entre les hommes: l'esprit et la nature se trouvent en parfaite harmonie. L'amour peut désormais se révéler dans toute sa plénitude: dans le Royaume, à la différence du monde non transfiguré, rien ne lui fait obstacle. C'est pourquoi la libération complète de la peur y est possible: l'ancienne nature psychique cède la place à une nouvelle, entièrement obéissante à la volonté de l'homme. L'amour se manifeste dans sa plénitude, et il ne reste pas de place pour les peurs dans l'âme humaine. Voilà cette vie chrétienne dont Jean, comme les autres apôtres, a témoigné.
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).