La lecture d'aujourd'hui nous dit beaucoup de choses sur la sagesse au sens où Jésus l'entend. Elle commence par un épisode décrivant l'étrange perplexité, à première vue, de Jean le Baptiste au sujet...
La lecture d'aujourd'hui nous dit beaucoup de choses sur la sagesse au sens où Jésus l'entend. Elle commence par un épisode décrivant l'étrange perplexité, à première vue, de Jean le Baptiste au sujet du ministère du Sauveur (v. 2-6). En effet, la question a été posée précisément par celui qui, le premier, avait désigné Jésus comme le Messie-Christ (Mt 3:13-17). Et pour Jésus lui-même, cet épisode est devenu l'occasion de paroles amères sur la sagesse humaine. Le problème n'est pas la limitation de la raison humaine : en soi, cette limitation n'a rien de terrible, car Dieu n'a pas conçu l'homme omniscient dès le commencement. Le problème est de savoir comment et dans quel but l'homme utilise la raison que Dieu lui a donnée. Or l'homme déchu, semble-t-il, l'utilise le plus souvent pour se justifier et s'affirmer lui-même.
Les auteurs de l'Ancien Testament voient la sagesse comme l'art de construire des relations avec Dieu et avec les hommes, comme la science d'une vie juste ; mais il arrivait souvent qu'elle dégénère en une sorte de jeux intellectuels servant uniquement au divertissement et, en ce sens, guère différents des jeux d'enfants (v. 16-17). Le pire était que ces jeux, pris avec tout le sérieux possible, ont masqué aux « sages », au moment critique, la Vérité vivante venue dans le monde ; ils leur ont masqué le Royaume.
Quel Messie les Juifs croyants attendaient-ils en ce temps-là ? Les conceptions théologiques messianiques étaient nombreuses, mais il s'est trouvé que le Messie réel n'entrait pleinement dans aucune d'elles. Sans doute même Jean le Baptiste attendait-il autre chose du Messie-Christ qu'il avait reconnu.
Du reste, il est impossible de satisfaire ceux pour qui leurs théories valent plus que la vérité : s'il jeûne, c'est qu'il est possédé ; s'il ne jeûne pas, c'est un glouton, un ivrogne, un pécheur (v. 18-19)... Ici, une seule chose compte : celui qu'on juge correspond-il aux critères du « nôtre », entre-t-il dans le cadre de la conception ou non ? Sinon, on peut toujours trouver des justifications pour le déclarer « incorrect », pécheur, transgresseur de la Torah et serviteur de Satan. Et les partisans de la théorie « correcte » sauront toujours fonder sa « correction » (v. 19). Seulement, au Jugement, ces « théoriciens » auront ensuite plus de peine que ceux qui ont simplement péché sans aucune théorie (v. 20-24). Ce qui, au fond, n'a rien d'étonnant : le sage qui a employé sa sagesse pour le mal porte une responsabilité plus grande que celui qui ne prétend à aucune sagesse.