Paul compare la condition de l’homme qui suit la Torah à la situation d’un esclave domestique qui peut être adopté et qui, dans ce cas, reçoit les mêmes droits que les fils nés du maître. Une telle pratique était connue dans la société juive, où l’esclave domestique était en fait un membre cadet de la famille et ne se distinguait du membre de la maison que par le fait que, au sens juridique, au sens de ses droits dans la maison, il ne devenait pour ainsi dire jamais adulte, demeurant toute sa vie le plus jeune et donc un membre inégal de la grande famille. L’homme qui suit la Torah se trouve dans la maison du Père céleste dans une situation à peu près semblable, tout simplement parce que la Torah ne peut lui donner davantage.
La Torah définit la responsabilité de l’homme devant Dieu sans lui accorder aucun droit, car l’homme ne peut avoir de droits devant Dieu par définition. L’homme se trouve simplement en plein pouvoir de Dieu, qu’il en soit conscient ou non. La Torah permet à l’homme de prendre conscience de l’évidence et, en perspective, de recevoir la liberté et la plénitude de la vie. Mais non au seul sens de la prise de conscience de sa responsabilité ; sinon la liberté ne serait qu’une nécessité comprise et acceptée comme inévitable.
La prise de conscience par l’homme de sa responsabilité n’est que le premier pas nécessaire, permettant de construire avec Dieu des relations conscientes comme avec son Père céleste. Dans ce processus de croissance spirituelle, la Torah cesse peu à peu d’être pour l’homme un code juridique ou moral et devient un impératif intérieur, une Torah intérieure qui détermine sa vie non plus de l’extérieur, mais de l’intérieur. Mais tant que le péché a encore quelque pouvoir sur l’homme, l’homme ne peut pas se confier pleinement à Dieu comme un fils, dans le cas normal, se confie à son père.
Dieu Lui-même doit faire le pas décisif vers l’homme afin de le délivrer du pouvoir du péché ; alors l’homme pourra devenir Torah vivante, alors il ne restera dans sa vie rien d’autre que ce qui détermine ses relations avec Dieu, leur donnant forme et qualité, de sorte que la Torah, comme quelque chose de distinct de l’homme lui-même, cesse d’exister, même comme impératif intérieur. C’est précisément ce pas vers les hommes que Dieu accomplit dans le Christ ; c’est pourquoi le retour à la Torah comme code moral ou comme système de prescriptions religieuses est, pour le chrétien, un pas en arrière sans équivoque, de la filiation vers l’esclavage, ce dont l’apôtre avertit les destinataires de sa lettre.
