La question de l’observance de la Torah n’a jamais été, dans le yahvisme, une question purement et strictement formelle, du moins si l’on parle des livres sacrés qui décrivent le chemin de la Torah. Le livre du Deutéronome ne fait pas exception: malgré toute son intensité et sa tension religieuses, il ne reste pourtant pas au niveau d’un formalisme purement religieux. Dans tous les cas, c’est avant tout l’état intérieur de l’homme qui se trouve au centre de l’attention, même si les prescriptions qui lui sont liées peuvent sembler tout à fait dépourvues de système.
Voici, par exemple, l’interdiction de se remarier avec celle dont on a auparavant divorcé. Quel rapport a-t-elle, par exemple, avec la prescription de ne pas entrer dans la maison d’un débiteur quand on exige de lui le remboursement d’une dette? Ou avec le paiement en temps voulu de l’ouvrier engagé? Ou avec la règle prescrivant de ne pas récolter toute la moisson jusqu’à la dernière baie ou jusqu’au dernier épi, afin de laisser quelque chose aux pauvres qui passent? En réalité, il y a bien un lien, mais il faut le chercher non au niveau des formulations juridiques, mais au niveau de l’état spirituel dont découle le comportement décrit par ces normes. Pour laisser quelque chose au pauvre, il faut de la générosité. Elle est aussi nécessaire pour ne pas faire irruption chez celui qui te doit quelque chose, et pour payer à temps ceux que tu as engagés, surtout lorsqu’il est possible de retarder le paiement d’une manière ou d’une autre. Mais pour qu’une telle générosité devienne une norme de vie, il faut davantage.
Il faut cette intégrité intérieure, spirituelle, dans laquelle l’homme prend conscience de lui-même tel qu’il est réellement et, en conséquence, de sa vraie vie. Celle-là même qui, selon les paroles du Sauveur, ne dépend pas de l’abondance de ses biens. C’est cette intégrité qui permet à l’homme de prendre des décisions et d’accomplir des actes qu’il ne regrette pas ensuite, même s’ils se révèlent erronés. Bien sûr, on peut et on doit se repentir d’un péché commis, mais le repentir n’est pas le regret du péché commis; c’est un travail lié au dépassement de ses conséquences, intérieures et extérieures. C’est alors que devient compréhensible l’interdiction de se remarier avec celle dont on a auparavant divorcé: quand on part, il faut partir; quand on se sépare, il faut se séparer. Sinon, c’est la vie dans le passé, avec des douleurs fantômes et des joies tout aussi fantômes. Tout ce qui est aussi éloigné que possible du Royaume.
