Le livre du Deutéronome propose une organisation sociale théocratique comme optimale pour le peuple de Dieu. Il admet un pouvoir civil, notamment royal, mais il limite nettement les droits du roi. Il ne s'agit pas du fait que, du point de vue...
Le livre du Deutéronome propose une organisation sociale théocratique comme optimale pour le peuple de Dieu. Il admet un pouvoir civil, notamment royal, mais il limite nettement les droits du roi. Il ne s'agit pas du fait que, du point de vue de la Tora, la hiérocratie, le pouvoir du sacerdoce, serait la seule forme possible d'organisation sociale pour le peuple de Dieu: la législation du livre de l'Exode, par exemple, n'insiste pas sur une hiérocratie.
Le livre du Deutéronome a été écrit assez tard, peut-être vers le milieu du IXe siècle avant Jésus-Christ, lorsque le traditionalisme avec son mode de vie religieux avait définitivement disparu, et que la société, en particulier dans le royaume d'Israël où le livre fut écrit, était au fond païenne. Les responsables du mouvement prophétique de cette époque étaient convaincus que seule une stricte centralisation du culte et le pouvoir du sacerdoce pouvaient, dans de telles conditions, protéger le peuple du paganisme. Leurs vues ont trouvé leur expression dans le livre du Deutéronome.
Mais, outre cet aspect strictement historique, il y a en lui quelque chose d'universel, qui ne dépend d'aucune situation historique particulière. L'autorité judiciaire suprême est confiée au sacerdoce du Temple non seulement parce qu'il était alors, avec les communautés prophétiques, le gardien d'un yahvisme pur, exempt de toute influence et de tout ajout païens.
Elle lui est confiée d'abord parce que le sacerdoce du Temple était, à l'époque du Premier Temple, le porteur d'un système de valeurs plus ou moins communément admis. Or la justice est impossible sans un tel système de valeurs communément reconnu, tout comme aucune législation n'est possible sans lui: une société dont les normes de valeur ne coïncident pas avec les lois en vigueur ne peut être contrainte à observer ces lois.
Les valeurs, à leur tour, exigent un fondement spirituel absolu, une source absolue. Aucune communauté humaine ni aucune institution créée par les hommes ne peut être une telle source absolue: seul Dieu peut mettre les points sur les i en matière de valeurs spirituelles et morales. Ce n'est pas un hasard si l'histoire de la Tora au Sinaï commence par son don à Moïse comme prophète de Dieu.
À l'époque de Moïse, de Josué et des Juges, les hommes de Dieu étaient les principaux interprètes de cette Tora donnée par Dieu, et le peuple, voyant en eux des hommes de Dieu, écoutait leurs paroles. À l'époque du Premier Temple, de la même manière, le peuple écoutait les paroles des prêtres lévites.
Rien d'étonnant à ce que le Deutéronome leur confie, dans des conditions nouvelles et changées, l'autorité judiciaire suprême: désormais, ils deviennent les interprètes de la Tora. Mais le système de valeurs, spirituelles et morales, reste le même. Et la logique de la Tora comme législation en vigueur reste elle aussi la même: exprimer et incarner dans la loi ce système de valeurs, afin que la Tora devienne un instrument pour organiser la vie non seulement d'un homme particulier, mais de tout un peuple dans sa vie sociale et étatique.