« Pardonnez, et l'on vous pardonnera »: principe connu bien avant la venue du Christ. Seulement, dans notre monde déchu, on entend généralement par là une indulgence mutuelle: ferme les yeux sur mes péchés, et moi sur les tiens, et ne nous gâchons pas l'humeur par des reproches et des réclamations réciproques. Bien sûr, un tel accord ne fonctionne d'ordinaire que tant que les intérêts de l'une des parties ne sont pas sérieusement touchés, mais assez souvent il aide tout de même à préserver les convenances et l'apparence de relations normales. Dans la vie quotidienne, c'est souvent cela que l'on appelle « pardonner à son prochain ses péchés ».
Mais Jésus a sans aucun doute autre chose en vue: il n'a jamais été tolérant envers aucun péché, même s'il a toujours pardonné au pécheur repentant. Il part manifestement du fait que nous sommes tous pécheurs, et que chacun de nous a besoin qu'au seuil du Royaume lui soient pardonnés les péchés dont il se repent et qu'il regrette. Mais alors nous n'avons pas non plus le droit moral de demander des comptes aux autres: ou bien nous commençons à compter les péchés, et alors il ne peut être question d'aucun Royaume, ou bien nous permettons à l'Unique qui peut le faire de nous évaluer et de nous purifier du péché; alors la route du Royaume nous est ouverte. Le choix nous appartient.
