S'adressant à une « dame élue » dont le nom n'est pas donné, Jean présente la confession du Christ comme une condition nécessaire de la vie chrétienne. L'apôtre va même plus loin, affirmant que celui qui ne confesse pas Jésus comme Messie « n'a pas Dieu ». Une telle affirmation peut...
S'adressant à une « dame élue » dont le nom n'est pas donné, Jean présente la confession du Christ comme une condition nécessaire de la vie chrétienne. L'apôtre va même plus loin, affirmant que celui qui ne confesse pas Jésus comme Messie « n'a pas Dieu ». Une telle affirmation peut sembler discutable : qui oserait sérieusement soutenir que, dans le monde, personne en dehors des chrétiens n'a l'expérience de la communion avec Dieu ? Mais les paroles de l'apôtre s'éclairent dans le contexte de ses mentions des « séducteurs » qui « ne confessent pas le Seigneur Jésus-Christ venu dans la chair ». Ces « séducteurs » ne sont pas nommés, mais il n'est pas difficile d'imaginer de qui il s'agit.
La date exacte de la rédaction de la lettre est bien sûr inconnue, mais il n'est pas exclu qu'elle ait vu le jour après la catastrophe de l'an 70, après la destruction de Jérusalem et du Temple par les Romains, consécutive à la révolte antiromaine déclenchée par les zélotes. Cette destruction marqua profondément les esprits : si, avant l'an 70, le messianisme juif était essentiellement politique, il commença ensuite à se transformer assez rapidement en messianisme mystique. On se mit à voir dans le Messie non plus un roi terrestre, mais une figure surnaturelle ressemblant davantage à un ange qu'à un homme. On comprend aisément que ce « messie » mystique ressemblait fort peu au véritable Messie, Jésus.
Il semble que, parmi ces « chrétiens » enclins à la mystique, certains mythes aient même commencé à circuler : la nature humaine du Messie n'aurait été qu'une apparence, Il n'aurait en réalité jamais été homme, et autres idées du même ordre. Bien plus tard, celles-ci conduisirent à l'apparition, au sein de l'Église, du monophysisme, contre lequel l'Église dut mener une lutte longue et opiniâtre. Un tel « christianisme mystique » était absolument incompatible avec la vie spirituelle chrétienne, et même tout simplement avec une vie spirituelle normale.
Certes, depuis la venue du Christ, aucune communion avec Dieu n'est réellement possible sans Sa participation. Mais Il n'intervient pas toujours de manière manifeste dans la vie des hommes. Le Christ ne S'impose pas aux hommes, pas plus que Son Père céleste ne S'impose à eux. Pourtant, toute communion avec Dieu, si elle est authentique, passe désormais par Lui, même si celui qui cherche Dieu ne Le voit pas. Cette affirmation ne vaut cependant que pour une communion authentique avec Dieu.
Si, au lieu de communier avec Dieu et avec le Christ, quelqu'un se met à poursuivre des fantômes « mystiques », des mirages nés de sa propre imagination enfiévrée, il ne saurait être question de communion avec Dieu. Le Christ véritable et vivant conduit l'homme vers Dieu ; les images du Christ produites par l'imagination humaine l'en éloignent. C'est précisément ce que veut dire l'apôtre lorsqu'il parle de confesser « Jésus-Christ venu dans la chair ». Sinon, avec un Messie illusoire, le Royaume lui aussi sera pour celui qui cherche non une réalité, mais une illusion.
6 e) Ou « Ce commandement, vous devez l’observer tel que vous l’avez appris dans le début. »
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).