En appelant les chrétiens « sacerdoce royal » et « peuple acquis », l'apôtre leur rappelle par là même la tâche principale de l'Église, qui consiste, à ce qu'il apparaît, avant tout à témoigner de la réalité du Royaume déjà entré dans notre monde et qui le transforme. Bien sûr, les « perfections de Celui qui vous a appelés » se rapportent au Christ lui-même ; autrement, cette expression serait incompréhensible. Mais le témoignage rendu au Christ, s'il est authentique, sera inévitablement d'abord un témoignage rendu au Royaume qu'il a apporté au monde. En fait, comme chrétiens, nous ne pourrions témoigner de rien d'autre devant le monde.
Bien sûr, chacun de nous aura certainement quelque chose qui relève de sa propre tradition, culturelle et religieuse. Mais le témoignage rendu à notre tradition ne sera plus notre témoignage en tant que chrétiens. Ce peut être notre témoignage en tant qu'orthodoxes, catholiques, protestants ou représentants de l'une des nombreuses religions issues du christianisme. Pourtant, un tel témoignage n'a pas de rapport direct avec le Christ ni avec le Royaume ; au mieux, il ne peut être que notre interprétation historique et culturelle du christianisme.
Mais Jésus ne nous propose aucune interprétation ; il ne nous propose que lui-même et le Royaume qu'il a apporté au monde. Et si nous sommes réellement, selon la parole de l'apôtre, un « peuple saint », c'est-à-dire ayant rapport à ce Royaume, alors seul le Christ et le Royaume peuvent et doivent être le sens de notre témoignage. Sinon, nous cesserons très vite d'être ce que l'apôtre nous appelle à être.
