La prophétie de Jésus sur la destruction de la ville et du Temple, que l'on appelle parfois la Petite Apocalypse, déconcerte beaucoup de gens. Cette perplexité apparut pour la première fois dès la deuxième génération de chrétiens, dont certains vécurent jusqu'en l'an 70 et virent de leurs propres yeux la dévastation de Jérusalem et la destruction du Temple dont parle le Sauveur. Cela tenait au fait que ce que Jésus avait prédit s'était accompli, tandis que Lui-même ne revenait toujours pas. Il fallut encore une révélation, donnée à l'apôtre Jean, pour que le sens de l'époque qui commençait devienne plus clair. Jésus Lui-même, cependant, semble ne pas être entré dans les détails lorsqu'Il parlait de la fin des temps et de Son retour dans la gloire. Il ne mentionne que les événements principaux : la fin de l'époque ancienne et la venue du Royaume dans toute sa plénitude.
La révélation reçue par Jean compléta le tableau : elle dépeint toute une époque, celle du Royaume qui vient, dont le Sauveur ne fait aucune mention dans Sa prophétie. Cela se comprend d'ailleurs : Il racontait aux disciples les événements à venir lorsque l'histoire n'était pas encore achevée, lorsque le Temple se dressait encore à sa place. Dans la bouche de Jésus, c'est précisément la fin du Second Temple qui devient la fin des temps.
Cela pourrait sembler étrange : près de deux mille ans se sont écoulés depuis l'an 70, et pourtant l'histoire paraît continuer. Mais du point de vue des processus qui ont commencé avec la venue du Christ dans le monde, l'histoire ancienne s'est réellement achevée avec la fin du Second Temple. Tous les événements ultérieurs appartiennent déjà à une autre époque, entièrement déterminée par le moment de son achèvement et donc par le retour du Sauveur et la manifestation au monde du Royaume dans toute sa plénitude. C'est précisément pourquoi Jésus, aussitôt après avoir parlé de la dévastation de Jérusalem et du Temple, passe au thème de Son retour et du triomphe du Royaume. Il ne dit rien de l'époque transitoire elle-même. C'est pourquoi ceux qui se souvenaient de cette conversation eurent l'impression que Jésus devait revenir immédiatement, ou presque immédiatement, après ces événements.
La révélation reçue par Jean après l'an 70 remit tout en place : il devint clair qu'il s'agissait de toute une époque, celle du Royaume qui vient, dans laquelle nous aussi avons eu à vivre. Mais on peut déjà la considérer comme la dernière ligne droite qui nous conduit au but. L'essentiel est d'arriver jusqu'au bout.
