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La Bible en cinq ans pour le 23 octobre 2025

La Bible de Jérusalem (fr)

Lamentations, Chapitre 2

1 Deuxième lamentation
1 Aleph. Quoi ! Le Seigneur en sa colère a enténébré
la fille de Sion !
il a précipité du ciel sur la terre
la gloire d’Israël !
sans plus se souvenir de son marchepied,
au jour de sa colère !
2 Bèt. Sans pitié le Seigneur a détruit
toutes les demeures de Jacob ;
il a renversé, en sa fureur,
les forteresses de la fille de Juda ;
il a jeté à terre, il a maudit
le royaume et ses princes.
3 Gimel. Il a brisé dans l’ardeur de sa colère
toute la vigueur d’Israël,
retiré en arrière sa droite
devant l’ennemi ;
il a allumé en Jacob un feu flamboyant
qui dévore tout alentour.
4 Dalèt. Il a bandé son arc, comme un ennemi,
il a assuré sa droite,
il a égorgé, tel un adversaire
tous ceux qui charmaient les yeux ;
sur la tente de la fille de Sion
il a déversé sa fureur comme un feu.
5 Hé. Le Seigneur a été comme un ennemi ;
il a détruit Israël,
il a détruit tous ses palais,
abattu ses forteresses
et multiplié pour la fille de Juda
gémissements et gémissements.
6 Vav. Il a forcé comme un jardin son enclos,
abattu son lieu de réunion.
Yahvé a fait oublier dans Sion
fêtes et sabbats ;
il a rejeté, dans l’ardeur de sa colère,
roi et prêtre.
7 Zaïn. Le Seigneur a pris en dégoût son autel,
en horreur son sanctuaire ;
aux mains de l’ennemi il a livré
les remparts de ses palais ;
clameurs dans le Temple de Yahvé
comme en un jour de fête !
8 Hèt. Yahvé a médité d’abattre
le rempart de la fille de Sion.
Il a étendu le cordeau, ne retirant pas sa main
que tout ne soit englouti.
Il a endeuillé mur et avant-mur :
ensemble ils se désolent.
9 Tèt. Ses portes sont enfouies sous terre,
il en a détruit et brisé les barres ;
son roi et ses princes sont chez les païens ;
plus de Loi !
Ses prophètes même n’obtiennent plus
de vision de Yahvé.
10 Yod. Ils sont assis à terre, en silence,
les anciens de la fille de Sion ;
ils ont mis de la poussière sur leur tête,
ils ont revêtu des sacs.
Elles penchent la tête vers la terre,
les vierges de Jérusalem.
11 Kaph. Mes yeux sont consumés de larmes,
mes entrailles frémissent,
mon foie s’épand à terre
pour le brisement de la fille de mon peuple,
tandis que défaillent enfants et nourrissons
sur les places de la Cité.
12 Lamed. Ils disent à leurs mères :
« Où y a-t-il du pain ? »
Tandis qu’ils défaillent comme des blessés
sur les places de la Ville,
et qu’ils versent leur âme
sur le sein de leur mère.
13 Mem. À quoi te comparer ? À quoi te dire semblable,
fille de Jérusalem ?
Qui pourra te sauver et te consoler,
vierge, fille de Sion ?
Car il est grand comme la mer, ton brisement ;
qui donc va te guérir ?
14 Nun. Tes prophètes ont eu pour toi des visions
d’illusion et de clinquant.
Ils n’ont pas révélé ta faute
pour changer ton sort.
Ils t’ont servi des oracles,
d’illusion et de séduction.
15 Samek. Ils battent des mains à cause de toi
tous les passants sur le chemin ;
ils sifflotent et hochent la tête
sur la fille de Jérusalem.
« Est-ce là la ville qu’on appelait toute belle,
la joie de toute la terre ? »
16 Phé. Contre toi, ils ouvrent la bouche,
tous tes ennemis ;
ils sifflotent, grincent des dents,
disant : « Nous l’avons engloutie !
Voilà donc le Jour que nous espérions.
Nous le touchons, nous le voyons ! »
17 Aïn. Yahvé a accompli ce qu’il avait résolu,
exécuté sa parole
décrétée depuis les jours anciens ;
il a détruit sans pitié.
Il a réjoui l’ennemi à tes dépens,
exalté la vigueur de tes adversaires.
18 Çadé. Crie donc vers le Seigneur,
rempart de la fille de Sion ;
laisse couler tes larmes comme un torrent
jour et nuit ;
ne t’accorde pas de relâche,
que tes yeux n’aient pas de repos !
19 Qoph. Debout ! Pousse un cri dans la nuit
au commencement des veilles ;
répands ton cœur comme de l’eau
devant la face de Yahvé,
élève vers lui tes mains
pour la vie de tes petits enfants
(qui défaillent de faim
à l’entrée de toutes les rues) !
20 Resh. « Vois, Yahvé, et regarde :
Qui as-tu jamais traité de la sorte ?
Fallait-il que des femmes mangent leurs petits,
les enfants qu’elles berçaient ?
Fallait-il qu’au sanctuaire du Seigneur fussent égorgés
prêtre et prophète ?
21 Shin. Sur le sol gisent dans les rues
enfants et vieillards,
mes vierges et mes jeunes gens
sont tombés sous l’épée ;
tu as égorgé au jour de ta colère,
tu as immolé sans pitié.
22 Tav. Tu as convoqué comme pour un jour de fête
les terreurs de tous côtés ;
au jour de la colère de Yahvé, il n’y eut
rescapé ni survivant.
Ceux que j’avais bercés et élevés,
mon ennemi les a exterminés. »
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 j) Après avoir décrit le désastre et le sort des rois, des prêtres, des prophètes, des anciens, des enfants, vv. 1-12, le poète interpelle Sion, vv. 13-17, en lui rappelant le mensonge des faux prophètes, et l’invite à la lamentation, vv. 18-22.


1 k) Le Temple, cf. Ez 43.7 ; Ps 99.5 ; 132.7.


4 l) Comme en Jr 12.7 ; 30.14, Yahvé est présenté tragiquement comme l’ennemi de son peuple.


6 m) Au lieu de « comme un jardin » (gan) la leçon primitive était peut-être « comme un voleur » (gannab), corrigée par respect pour Dieu.


7 n) Mais c’était le cri de guerre de l’ennemi.


12 o) L’hébr. ajoute « et du vin ».


13 p) « À quoi te comparer » Vulg. ; « Que témoignerai-je pour toi » hébr. — « Qui pourra... consoler » grec ; « À quoi t’assimiler pour te consoler » hébr.


14 q) « clinquant », litt. « crépi, badigeon », allusion à Ez 13.10. — « changer ton sort », expression fréquente chez Jérémie, qui signifie également « faire revenir les captifs ». — « Ils t’ont servi », litt. « Ils ont vu pour toi ».


18 r) « Crie donc » ça`aqî lâk conj. ; « leur cœur crie » ça`aq libbam hébr. — L’image du rempart, dans la suite du v., ne semble pas très cohérente et on propose parfois de lire « gémis, fille de Sion » (hemî au lieu de homat) mais cette conj. est sans appui textuel.


19 s) Les deux derniers stiques qui rompent le rythme sont une addition inspirée du v. 11 ; elle se trouve également dans le grec.


22 t) « les terreurs » conj. ; « mes terreurs » hébr.


La Bible hébraïque range ce petit livre avec les Hagiographes et le compte parmi les cinq « megillôt », les « rouleaux » qu’on lit aux grandes fêtes. La Bible grecque et la Vulgate le placent à la suite de Jérémie, avec un titre qui en attribue la composition à ce prophète. La tradition se fondait sur 2 Ch 35.25 et était appuyée par le contenu des poèmes, qui convient en effet à l’époque de Jérémie. Mais cette attribution ne peut être maintenue. Jérémie, tel que nous le connaissons par ses oracles authentiques, n’a pas pu dire que l’inspiration prophétique était tarie, 2.9, ni louer Sédécias, 4.20, ni espérer dans le secours égyptien, 4.17. Son génie spontané se serait difficilement astreint au genre érudit de ces poèmes dont les quatre premiers sont alphabétiques, chaque strophe commençant par une des lettres de l’alphabet prises dans leur ordre, et dont le cinquième a juste vingt-deux vers, le nombre des lettres de l’alphabet hébreu.

Les Lamentations 1, 2 et 4 sont dans le genre littéraire des complaintes funèbres, 3 est une lamentation individuelle, 5 est une lamentation collective (dans le latin : Prière de Jérémie). Elles ont probablement été composées en Palestine après la ruine de Jérusalem en 587. Elles sont vraisemblablement l’œuvre d’un seul auteur qui décrit en termes poignants le deuil de la ville et de ses habitants mais, de ces plaintes douloureuses, jaillit un sentiment de confiance invincible en Dieu et de repentir profond qui fait la valeur permanente du livret. Les Juifs le récitent au grand jeûne commémoratif de la destruction du Temple et l’Église en fait usage, pendant la Semaine Sainte, pour rappeler le drame du Calvaire.

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