Poursuivant son propos sur la Torah et sur la sanctification par les sacrifices yahvistes traditionnels, l’auteur de l’épître, comme son maître Paul, parle de l’insuffisance aussi bien de la Torah elle-même, qui ne s’est pas révélée dans la plénitude de la Torah vivante, que de la sanctification qui lui est liée...
Poursuivant son propos sur la Torah et sur la sanctification par les sacrifices yahvistes traditionnels, l’auteur de l’épître, comme son maître Paul, parle de l’insuffisance aussi bien de la Torah elle-même, qui ne s’est pas révélée dans la plénitude de la Torah vivante, que de la sanctification qui lui est liée. En effet, pour Paul, la plénitude de la vie en Dieu, avant même sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas, était liée précisément à la Torah vivante ; toute autre manière de suivre la Torah lui paraissait insuffisante.
Après cette rencontre, il comprit que c’est précisément la personne du Christ qui est l’unique exemple, dans le monde, de la Torah vivante réalisée. Il comprit aussi que même la Torah intérieure, par elle-même, n’est pas encore la plénitude de la vie avec Dieu : la Torah intérieure indique seulement le chemin, mais ne garantit pas que l’homme qui la suit pourra parcourir ce chemin.
Dans la plénitude de la Torah vivante manifestée au monde par le Christ disparaissait non seulement la Torah comme code juridique ou moral, mais aussi la Torah intérieure comme cette boussole spirituelle qui indiquait le chemin vers le but : désormais, le but lui-même était déjà sous les yeux. L’auteur de l’épître applique cette vision de la Torah aux sacrifices et à la sanctification : auparavant, en se sanctifiant, l’homme indiquait pour ainsi dire la direction du mouvement, montrait le chemin vers le but, se dirigeant là où il ne pouvait parvenir, de même que l’homme pécheur ne pouvait devenir une Torah vivante, quels que soient ses efforts pour suivre la Torah intérieure.
Désormais, avec la venue du Christ, apparaissait enfin la possibilité d’atteindre le but, de se sanctifier dans toute la plénitude possible à l’homme, de participer non plus à cette Présence qui se trouvait auprès de chaque autel terrestre, mais à Celle qui demeure auprès du Trône de gloire. Et dans les rayons de ce Trône, dont le chemin est ouvert par le Sauveur comme Grand Prêtre du Royaume, disparaissent tous les autels terrestres et toutes les actions sacrées. Les actions sacrées des chrétiens ne sont pas un remplacement des anciennes actions sacrées yahvistes dans l’histoire terrestre qui continue, mais la plénitude supra-historique de la sanctification, ouverte au monde par la présence en lui du Royaume.
Mais tout cela n’est actuel que pour ceux pour qui le Royaume est la réalité de leur propre vie. Pour tous les autres, au fond, rien ne change : ils continuent à vivre dans l’ancien rythme spirituel, celui d’une purification et d’une sanctification périodiques, qui se répètent sans cesse parce qu’en dehors du Royaume l’homme est condamné à piétiner sur place, même s’il est formellement membre de l’Église. Alors, pour un tel homme, sa vie ecclésiale, au fond, ne diffère en rien de celle qui caractérisait les croyants yahvistes de l’époque préchrétienne, même si extérieurement elle est parfaitement chrétienne.