En parlant du Royaume, Jésus ne cesse de rappeler à Ses auditeurs qu'il faut encore y entrer et que cela ne se produira pas tout seul. Pour le Royaume, il faut tout quitter et être prêt à prendre sa croix. Ces paroles du Sauveur étaient parfaitement compréhensibles : Ses auditeurs se souvenaient encore que, guère plus d'un siècle avant les événements évangéliques, sous le règne d'Alexandre Jannée dans la Judée alors indépendante, les participants à une révolte contre le pouvoir, qui exigeaient des autorités la stricte observance des normes de la Torah dans le pays, avaient été crucifiés. Les insurgés ne voulaient qu'une chose : le Royaume, tel qu'ils le connaissaient, bien entendu. Et pour lui, ils ont tout donné. L'idée qu'ils s'en faisaient ressemblait peu à ce dont parle Jésus, mais Il donne leur détermination en exemple à Ses auditeurs. Ils ont réellement tout quitté.
Contrairement aux personnages de la parabole de Jésus, qui refusent de venir au festin sous des prétextes apparemment tout à fait raisonnables, mais qui refusent tout de même et perdent l'essentiel. Leur place est prise par ceux qui n'ont rien dans ce monde et aucune raison de décliner l'invitation. Une question de priorités ? Oui, bien sûr, de priorités aussi, mais pas seulement. Ce n'est pas un hasard si Jésus parle d'un festin, des premiers et des derniers, et de ces places que beaucoup cherchent à occuper, même au risque d'en être chassés.
Le Royaume n'est ni un lieu, ni une structure, ni une hiérarchie. Le Royaume est un état dans lequel on peut demeurer, mais qu'il est absolument impossible, pour ainsi dire, de figer, même si on le désire ardemment. C'est de là que vient le désir d'occuper les meilleures ou les moins bonnes places. Car, en réalité, il n'y a dans le Royaume ni bonnes ni mauvaises places. Il n'y existe qu'un seul critère : la personne se trouve-t-elle à sa place, à cette place même que Dieu lui a destinée, ou à celle qu'elle a choisie elle-même parce qu'elle la jugeait plus appropriée ?
De là vient aussi la question : faut-il aller au festin ou dans le champ que l'on vient d'acheter ? Le festin de noces est le symbole du Royaume. Et si quelqu'un ne sait que choisir, c'est qu'il ne sait pas ce qu'est le Royaume. S'il le savait, il ne lui viendrait pas à l'esprit de comparer l'importance de la vie qu'il vit à quoi que ce soit qui lui appartienne. La vie est plénitude, tandis qu'un champ acheté, les biens et même la famille ne sont que des dérivés de cette plénitude. Il importe ici de ne pas confondre la partie et le tout, l'essentiel et le secondaire. Une seule chose peut nous y aider : l'expérience de la vie véritable du Royaume, cette vie même qui est le salut.
