1 Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l’un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu’eux étaient à l’observer. |
2 Et voici qu’un hydropique se trouvait devant lui. |
3 Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux Pharisiens : « Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ? » |
4 Et eux se tinrent cois. Prenant alors le malade, il le guérit et le renvoya. |
5 Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? » |
6 Et ils ne purent rien répondre à cela. |
7 Il disait ensuite une parabole à l’adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : |
8 « Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, |
9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. |
10 Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives. |
11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » |
12 Puis il disait à celui qui l’avait invité : « Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu’eux aussi ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. |
13 Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; |
14 heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes. » |
15 À ces mots, l’un des convives lui dit : « Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu ! » |
16 Il lui dit : « Un homme faisait un grand dîner, auquel il invita beaucoup de monde. |
17 À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : « Venez ; maintenant tout est prêt. » |
18 Et tous, comme de concert, se mirent à s’excuser. Le premier lui dit : « J’ai acheté un champ et il me faut aller le voir ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
19 Un autre dit : « J’ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
20 Un autre dit : « Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis venir. » |
21 « À son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : « Va-t’en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » |
22 « Maître, dit le serviteur, tes ordres sont exécutés, et il y a encore de la place. » |
23 Et le maître dit au serviteur : « Va-t’en par les chemins et le long des clôtures et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse. |
24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner. » » |
25 Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit : |
26 « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. |
27 Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. |
28 « Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? |
29 De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant : |
30 « Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever ! » |
31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? |
32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. |
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. |
34 « C’est donc une bonne chose que le sel. Mais si même le sel vient à s’affadir, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? |
35 Il n’est bon ni pour la terre ni pour le fumier : on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » |
En parlant du Royaume, Jésus ne cesse de rappeler à Ses auditeurs qu'il faut encore y entrer et que cela ne se produira pas tout seul. Pour le Royaume, il faut tout quitter et être prêt à prendre sa croix. Ces paroles du Sauveur étaient parfaitement compréhensibles : Ses auditeurs se souvenaient encore que, guère plus d'un siècle avant les événements évangéliques, sous le règne d'Alexandre Jannée dans la Judée alors indépendante, les participants à une révolte contre le pouvoir, qui exigeaient des autorités la stricte observance des normes de la Torah dans le pays, avaient été crucifiés. Les insurgés ne voulaient qu'une chose : le Royaume, tel qu'ils le connaissaient, bien entendu. Et pour lui, ils ont tout donné. L'idée qu'ils s'en faisaient ressemblait peu à ce dont parle Jésus, mais Il donne leur détermination en exemple à Ses auditeurs. Ils ont réellement tout quitté.
Contrairement aux personnages de la parabole de Jésus, qui refusent de venir au festin sous des prétextes apparemment tout à fait raisonnables, mais qui refusent tout de même et perdent l'essentiel. Leur place est prise par ceux qui n'ont rien dans ce monde et aucune raison de décliner l'invitation. Une question de priorités ? Oui, bien sûr, de priorités aussi, mais pas seulement. Ce n'est pas un hasard si Jésus parle d'un festin, des premiers et des derniers, et de ces places que beaucoup cherchent à occuper, même au risque d'en être chassés.
Le Royaume n'est ni un lieu, ni une structure, ni une hiérarchie. Le Royaume est un état dans lequel on peut demeurer, mais qu'il est absolument impossible, pour ainsi dire, de figer, même si on le désire ardemment. C'est de là que vient le désir d'occuper les meilleures ou les moins bonnes places. Car, en réalité, il n'y a dans le Royaume ni bonnes ni mauvaises places. Il n'y existe qu'un seul critère : la personne se trouve-t-elle à sa place, à cette place même que Dieu lui a destinée, ou à celle qu'elle a choisie elle-même parce qu'elle la jugeait plus appropriée ?
De là vient aussi la question : faut-il aller au festin ou dans le champ que l'on vient d'acheter ? Le festin de noces est le symbole du Royaume. Et si quelqu'un ne sait que choisir, c'est qu'il ne sait pas ce qu'est le Royaume. S'il le savait, il ne lui viendrait pas à l'esprit de comparer l'importance de la vie qu'il vit à quoi que ce soit qui lui appartienne. La vie est plénitude, tandis qu'un champ acheté, les biens et même la famille ne sont que des dérivés de cette plénitude. Il importe ici de ne pas confondre la partie et le tout, l'essentiel et le secondaire. Une seule chose peut nous y aider : l'expérience de la vie véritable du Royaume, cette vie même qui est le salut.
1 Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l’un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu’eux étaient à l’observer. |
2 Et voici qu’un hydropique se trouvait devant lui. |
3 Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux Pharisiens : « Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ? » |
4 Et eux se tinrent cois. Prenant alors le malade, il le guérit et le renvoya. |
5 Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? » |
6 Et ils ne purent rien répondre à cela. |
7 Il disait ensuite une parabole à l’adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : |
8 « Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, |
9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. |
10 Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives. |
11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » |
12 Puis il disait à celui qui l’avait invité : « Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu’eux aussi ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. |
13 Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; |
14 heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes. » |
15 À ces mots, l’un des convives lui dit : « Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu ! » |
16 Il lui dit : « Un homme faisait un grand dîner, auquel il invita beaucoup de monde. |
17 À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : « Venez ; maintenant tout est prêt. » |
18 Et tous, comme de concert, se mirent à s’excuser. Le premier lui dit : « J’ai acheté un champ et il me faut aller le voir ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
19 Un autre dit : « J’ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
20 Un autre dit : « Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis venir. » |
21 « À son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : « Va-t’en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » |
22 « Maître, dit le serviteur, tes ordres sont exécutés, et il y a encore de la place. » |
23 Et le maître dit au serviteur : « Va-t’en par les chemins et le long des clôtures et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse. |
24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner. » » |
25 Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit : |
26 « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. |
27 Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. |
28 « Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? |
29 De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant : |
30 « Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever ! » |
31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? |
32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. |
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. |
34 « C’est donc une bonne chose que le sel. Mais si même le sel vient à s’affadir, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? |
35 Il n’est bon ni pour la terre ni pour le fumier : on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » |
La parabole d'aujourd'hui sur le festin de noces touche directement à la question de la vie, de la joie et de l'amour. Nous aspirons tous à cela. Nous en avons tous besoin. Mais, un beau jour, et même plus souvent, nous sommes placés devant un choix : où chercher la vie et la joie ? Nous pouvons commencer à construire notre propre vie, notre propre bonheur, familial ou autre. Ou bien nous pouvons aller au festin de noces, image constante du Royaume du Christ dans l'Évangile. Le choix est entièrement libre.
1 Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l’un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu’eux étaient à l’observer. |
2 Et voici qu’un hydropique se trouvait devant lui. |
3 Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux Pharisiens : « Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ? » |
4 Et eux se tinrent cois. Prenant alors le malade, il le guérit et le renvoya. |
5 Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? » |
6 Et ils ne purent rien répondre à cela. |
7 Il disait ensuite une parabole à l’adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : |
8 « Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, |
9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. |
10 Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives. |
11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » |
12 Puis il disait à celui qui l’avait invité : « Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu’eux aussi ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. |
13 Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; |
14 heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes. » |
Le repas dans la maison de l'un des pharisiens, en raison de sa riche signification symbolique (le banquet, c'est le Royaume messianique), donne aussitôt à Jésus matière pour de nouvelles paraboles sur le Royaume qu'Il est venu annoncer aux hommes.
Le poisson, comme on le sait, cherche les eaux les plus profondes, et l'homme cherche ce qui lui convient le mieux. Aucun des invités n'a envie de s'asseoir avec un homme défiguré par l'hydropisie; qu'il vienne plutôt un autre jour, car chercher la guérison le jour du sabbat, c'est un péché. Il vaut mieux festoyer avec des amis et des voisins que tu connais, qui sentent bon et qui ne laisseront pas tes mets riches disparaître sans retour: eux aussi t'inviteront à un «repas en retour». Et si tu es invité, il serait encore bon de t'asseoir à la première place, plus près de l'hôte généreux.
C'est la vie humaine ordinaire, mais pour chaque situation Jésus trouve une parole juste, sans moralisme ni dénonciations furieuses. Il nous montre simplement (comme en plaisantant), à nous qui sommes assis avec Lui à table dans la maison du pharisien, toute l'absurdité de notre vie normale quand on la regarde «du point de vue» du Royaume de Dieu.
1 Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l’un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu’eux étaient à l’observer. |
2 Et voici qu’un hydropique se trouvait devant lui. |
3 Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux Pharisiens : « Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ? » |
4 Et eux se tinrent cois. Prenant alors le malade, il le guérit et le renvoya. |
5 Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? » |
6 Et ils ne purent rien répondre à cela. |
7 Il disait ensuite une parabole à l’adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : |
8 « Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, |
9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. |
10 Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives. |
11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » |
Habituellement, les personnes qui font leurs premiers pas dans la connaissance de l'Écriture se réjouissent de la clarté apparente de ce texte. Comme c'est bien, pensent-elles, «quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé». Et elles s'efforcent de toutes leurs forces d'apprendre la science de l'humilité. Mais bientôt elles découvrent que l'humilité n'est pas une chose si simple. Qu'il existe une humilité intérieure et une humilité extérieure. Qu'il y a l'humilité comme antithèse de l'insolence, et l'humilité comme antithèse de la hardiesse.
L'idéal de l'humilité paraît être la Mère de Dieu: «...qu'il me soit fait selon ta parole (Lc 1:38)». Pourtant nous nous adressons à elle par ces mots: «Réjouis-toi, hardiesse des mortels auprès de Dieu» (Acathiste à la Mère de Dieu, ikos 3). Autrement dit, nous devons comprendre ce qu'est la véritable humilité, qui, au moment opportun, cède la place à la véritable hardiesse, et ce qu'est le désir de s'élever, devant les hommes ou devant Dieu, pour exalter sa propre personne. Ici, tout n'est pas aussi simple qu'il y paraît au premier regard. Méditons cela dans la prière.
1 Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l’un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu’eux étaient à l’observer. |
2 Et voici qu’un hydropique se trouvait devant lui. |
3 Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux Pharisiens : « Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ? » |
4 Et eux se tinrent cois. Prenant alors le malade, il le guérit et le renvoya. |
5 Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? » |
6 Et ils ne purent rien répondre à cela. |
7 Il disait ensuite une parabole à l’adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : |
8 « Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, |
9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. |
10 Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives. |
11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » |
De l'Évangile selon Marc lu en semaine, nous revenons aujourd'hui à l'Évangile selon Luc, et de nouveau aujourd'hui la Parole de Dieu nous parle de l'abaissement. Le Seigneur souligne aujourd'hui que, dans l'aspiration humaine à la première place, ce qui est mauvais n'est pas tant cette aspiration en elle-même que le désir de s'élever soi-même. Le maître du festin dans cette parabole, qui invite un convive par ces mots : « Mon ami, monte plus haut ! », est bien sûr le Seigneur Lui-même. Et dans notre aspiration à la première place, Il ne voit pas seulement une exaltation de soi pécheresse, mais aussi le besoin du cœur humain d'être agréable à Dieu et aimé de Lui, besoin déformé par le péché. C'est pourquoi, comme dans la lecture d'hier de l'Évangile selon Marc, le Seigneur ne rejette pas simplement le désir d'être le premier, mais nous propose de chercher la première place non dans les honneurs humains, mais dans l'humilité devant Dieu. S'appuyant sur cette parabole du Christ, une remarquable ascète du début du XXe siècle disait : « Hâtons-nous d'occuper les dernières places ! »
Ce n'est sans doute pas un hasard si nous lisons les paroles du Christ sur l'abaissement avant la fête de la Nativité, lorsque le Dieu tout-puissant, qui a créé le ciel et la terre, s'est abaissé et est devenu un Nourrisson faible et sans défense pour notre salut.
1 Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l’un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu’eux étaient à l’observer. |
2 Et voici qu’un hydropique se trouvait devant lui. |
3 Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux Pharisiens : « Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ? » |
4 Et eux se tinrent cois. Prenant alors le malade, il le guérit et le renvoya. |
5 Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? » |
6 Et ils ne purent rien répondre à cela. |
7 Il disait ensuite une parabole à l’adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : |
8 « Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, |
9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. |
10 Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives. |
11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » |
Jésus n'encourage manifestement pas la lutte pour la première place. Et pour la dernière ? Il n'est pas difficile d'imaginer une scène amusante : de bons chrétiens, suivant l'instruction de leur Maître, rivalisent de vitesse pour occuper les places les plus éloignées de la scène, de la tribune, de la chaire ou de la table d'honneur. Mais est-ce bien ce que Jésus attend de nous ? Après tout, il n'y a qu'une première place, et une seule dernière place également. Et Il ne nous dit pas de rechercher la dernière au lieu de la première. Il semble nous appeler à ne pas nous préoccuper du tout de la place qui nous sera attribuée. En effet, Il n'aura aucune difficulté à nous trouver, où que nous soyons. Si l'on nous demande de nous rapprocher de la scène, aucun problème : nous nous déplacerons. Mais alors, au moins, nous n'aurons pas à lutter pour cette place plus prestigieuse aux yeux des hommes, en perdant un temps précieux pour des futilités. Peu importe à Jésus où nous sommes assis : Il connaît déjà notre valeur. L'indifférence aux places nous aide en revanche à nous garder du sentiment de notre propre importance, parfois assez dangereux. Car c'est finalement ce sentiment qui, dans une assemblée de prière, nous pousse à observer attentivement ceux qui nous entourent au lieu de prier, et à relever, avec un profond contentement religieux de nous-mêmes, les faux pas des autres ou ce qui nous paraît en être. Ainsi, insensiblement, nous quittons le chemin de la justice pour celui du péché et du jugement et, tout occupés à nous admirer, nous passons à côté du Royaume qui est tout proche.
1 Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l’un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu’eux étaient à l’observer. |
2 Et voici qu’un hydropique se trouvait devant lui. |
3 Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux Pharisiens : « Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ? » |
4 Et eux se tinrent cois. Prenant alors le malade, il le guérit et le renvoya. |
5 Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? » |
6 Et ils ne purent rien répondre à cela. |
7 Il disait ensuite une parabole à l’adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : |
8 « Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, |
9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. |
10 Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives. |
11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » |
La religion et le Royaume — un thème éternel, mais avec la venue du Christ il devient particulièrement d'actualité. En effet : guérir le jour du sabbat, ou ne pas guérir ? Aspirer aux premières places, même si ce n'est pas dans le pouvoir, mais dans l'assemblée des fidèles, ou non ? À de telles questions, chacun répond en fonction de ses propres priorités spirituelles et de vie.
En effet : un homme qui l'attend depuis plus d'un an ne peut-il pas attendre la guérison un jour de plus ? Ce seul et unique jour changera-t-il quelque chose dans sa vie ? Très probablement, non. Mais dans la vie d'un habitant du Royaume, le choix fait peut signifier beaucoup. Et la question ici n'est pas que quelqu'un manquera de recevoir quelque chose ou le recevra en retard.
La question est de savoir que choisir : le Royaume et sa vie ou la tradition religieuse avec ses restrictions, si bien comprises et si bien justifiées dans son propre cadre et complètement dénuées de sens pour quiconque comprend ce qu'est le Royaume. Il n'est pas surprenant que Jésus choisisse le Royaume : car Il est venu afin de le donner au monde et d'y faire participer le plus de monde possible. Il en va de même avec les places d'honneur, que ceux qui venaient à la synagogue occupaient si volontiers. À quel homme religieux cela n'est-il pas familier ? Le monde n'est pas pour nous, il n'accepte ni nous, ni notre Dieu.
Dans le monde, nous sommes les derniers, mais nous avons un autre monde, le nôtre, où nous sommes les premiers, où rien n'est comme dans ce monde faux et déformé des païens, dont nous n'avons que faire. Dans notre monde, nous sommes les premiers, et les meilleures places sont à nous. Et il est difficile, très difficile pour une telle personne, peut-être profondément et sincèrement religieuse, de comprendre et d'accepter que dans le Royaume il n'y a ni premiers ni derniers, du moins dans le sens où ce concept nous est familier.
Pour la conscience religieuse, il est en général très difficile d'accepter le simple fait que la religion n'est importante pour la vie spirituelle que dans la mesure où l'humanité utilise depuis longtemps son langage pour l'expression et l'incarnation de la révélation donnée par Dieu. Mais ses constructions s'avèrent pour la plupart inutiles pour la vie spirituelle, sans parler de ces institutions que les personnes religieuses construisent si obstinément, de siècle en siècle, sur la terre, en espérant (parfois sincèrement) y trouver une alternative aux institutions du monde laïque.
L'humanité connaît depuis longtemps deux principales variétés de la tour de Babel : la laïque et la religieuse — un fait insupportable pour la conscience religieuse. Dans le Royaume, il n'y a pas du tout de tours de Babel. C'est pourquoi la question des places y est hors de propos : car dans le Royaume il n'y a personne qui l'aurait mérité de plein droit. Et il n'y a là ni méritants ni rejetés.
1 Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l’un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu’eux étaient à l’observer. |
2 Et voici qu’un hydropique se trouvait devant lui. |
3 Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux Pharisiens : « Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ? » |
4 Et eux se tinrent cois. Prenant alors le malade, il le guérit et le renvoya. |
5 Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? » |
6 Et ils ne purent rien répondre à cela. |
Il est frappant que les pharisiens gardent le silence lorsque le Christ leur demande s'il est permis de guérir le jour du sabbat. Au fond d'eux-mêmes, ils pensaient que cela ne l'était pas. Savoir si une guérison est un travail, une manière de « vaquer à ses propres affaires », interdite le jour du sabbat, est une vraie question. Les pharisiens pensaient que c'était un travail, mais il était loin d'être évident qu'ils aient raison. Surtout, ils considéraient qu'un homme malade depuis longtemps pouvait attendre le lendemain, afin d'éviter une situation troublante. Car le Tout-Puissant considérerait peut-être malgré tout la guérison comme un travail et, par conséquent, comme une transgression du commandement.
C'est précisément ce point de vue que le Seigneur refuse. Il compare le malade, parvenu jusqu'à Lui au prix d'immenses efforts, à un bœuf tombé dans une fosse qu'il faut retirer immédiatement pour qu'il ne périsse pas. Les doutes théologiques et le rite passent au second plan devant la souffrance d'un homme enfin venu en présence de Dieu. C'est cela qui fait de la foi au Christ, pour nous, une réponse à la question de la vie et de la mort, et non à celle d'un comportement plus ou moins pécheur.
7 Il disait ensuite une parabole à l’adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : |
8 « Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, |
9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. |
10 Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives. |
11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » |
12 Puis il disait à celui qui l’avait invité : « Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu’eux aussi ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. |
13 Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; |
14 heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes. » |
L'Évangile selon Luc nous donne une leçon d'humilité. L'humilité est le contraire de l'orgueil : elle ne consiste pas à se fixer sur soi-même, mais à être attentif aux autres, tout simplement parce qu'ils sont plus importants. Mais elle n'est pas non plus un abaissement de soi affecté, qui, au fond, reste lui aussi tourné vers soi, l'être aimé. La véritable humilité est l'une des manifestations de l'amour, et comme elle nous est difficile. C'est-à-dire qu'elle nous est donnée facilement, car elle est l'un des grands dons de l'Esprit Saint, mais nous l'accueillons avec une immense difficulté.
7 Il disait ensuite une parabole à l’adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : |
8 « Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, |
9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. |
10 Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives. |
11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » |
On interprète parfois de manière tout à fait littérale la parabole du Sauveur sur la première et la dernière place : il n'est pas rare de rencontrer, même parmi les chrétiens, une sorte de rivalité pour les dernières places, semblable à celle qui oppose les païens pour les premières. Une telle « interprétation » est bien loin de ce que Jésus veut dire. Il n'avait nullement l'intention de renverser la pyramide de l'ordre terrestre qui nous est familier, de manière à en faire du sommet la base. Il veut simplement que nous en sortions, que nous cessions de nous orienter selon le système de repères qu'elle impose et qui, vu du monde déchu, nous paraît absolu. Jésus dit : ne vous disputez pas les premières places, asseyez-vous aux places libres et, si l'on vous y invite, avancez ; vous ne vous en porterez pas plus mal. Mais si vous restez à la place qui vous est échue, vous ne vous en porterez pas plus mal non plus, car elle n'a aucune importance pour la vie spirituelle.
Il s'agit ici de l'humilité, sans laquelle il n'y a pas de vie spirituelle normale. L'humilité, bien entendu, ne consiste pas à occuper les dernières places ou à se considérer comme le dernier des hommes : il n'y a là ni plus ni moins d'affirmation de soi que dans le désir de se considérer comme le premier. Il s'agit précisément de changer de système de repères, lequel est habituellement déterminé par le centre de gravité de la structure au sein de laquelle il existe. Appliqué à l'être humain, cela signifie que ses repères intérieurs, ceux de sa vie psychique, sont déterminés par l'endroit où se trouve le centre de gravité de son âme, qui est, pour parler le langage biblique, le cœur. Pour le cœur, à son tour, le centre de gravité est ce qui constitue sa valeur suprême ou, dans le langage de l'Évangile, son trésor. Tant que le trésor de l'homme est lié, d'une manière ou d'une autre, au monde extérieur, qui plus est déchu, il ne pourra se libérer de la course aux places, qu'elles soient les premières ou les dernières.
Pour mettre fin à cette course interminable et absurde, il faut déplacer le trésor au plus profond du cœur, là où se cache le « souffle de vie » donné à l'homme par Dieu lors de la création. Là, au plus profond du cœur, au véritable centre de toute personne humaine, la course aux places cesse, parce que chacun y trouve sa propre place, celle-là même que Dieu lui a assignée. Accepter comme sienne cette place assignée par Dieu, voilà l'humilité : non pas l'humilité ostentatoire, inséparable de la lutte pour les dernières places, mais l'humilité véritable, dans laquelle toutes les places conviennent également à l'homme.
7 Il disait ensuite une parabole à l’adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait : |
8 « Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, |
9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. |
10 Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives. |
11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » |
Si nous ne lisons pas le chapitre 11 de l'Épître aux Romains en le prenant comme un guide pour agir, nous nous retrouverons ensuite assis au bout de la table, nous souvenant du chapitre 14 de l'Évangile selon Luc. Et c'est encore l'issue la moins grave. Car Dieu a dit, par exemple, à Abraham : « Je bénirai ceux qui te béniront, et celui qui te maudira, je le maudirai. » Or le Seigneur ne manque jamais à Sa parole.
12 Puis il disait à celui qui l’avait invité : « Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu’eux aussi ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. |
13 Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; |
14 heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes. » |
15 À ces mots, l’un des convives lui dit : « Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu ! » |
Derrière les paroles de Jésus sur ceux qu’il faut inviter chez soi au festin se tient une tradition juive bien précise, liée à la représentation de la répartition des biens dans le siècle présent et dans le siècle à venir. Au fondement de cette tradition se trouve l’idée que Dieu accorde à chaque homme un certain volume de biens qu’il peut recevoir, commun au siècle présent et au siècle à venir. Par conséquent, plus l’homme en utilise dans le siècle présent, moins il en restera pour le siècle à venir. De ce point de vue, il vaut réellement mieux inviter à sa table ceux qui ne peuvent pas te rendre la pareille dans le siècle présent : ta récompense sera d’autant plus grande dans le siècle à venir.
Dans les paroles du Sauveur, il y a aussi quelque chose de plus, lié au Royaume, à ses lois et à sa vie. Il ne s’agit plus ici du siècle présent ou du siècle à venir, mais de la façon dont nous nous rapportons à nos propres œuvres et actions. Il faut remarquer que, dans presque toutes les traditions ascétiques, se reflète d’une manière ou d’une autre la compréhension du fait que la vie spirituelle normale et la croissance spirituelle ne sont possibles qu’avec une juste attitude envers sa propre activité. Est considérée comme juste une attitude qui ne suppose pas d’attachement aux résultats, aux fruits de son travail.
Toute œuvre doit être pour l’homme, en un certain sens, une fin en soi ; elle doit avoir une valeur en elle-même, et c’est vers elle, non vers les résultats futurs, que doit être dirigée l’intention avec laquelle l’homme s’occupe de son œuvre. Et non parce que l’orientation vers les fruits, vers les résultats en eux-mêmes, peut pousser l’homme à négliger la qualité de son travail afin d’atteindre plus vite le résultat, mais parce qu’en transférant le centre de son effort spirituel vers l’avenir, l’homme se concentre ainsi sur l’irréel, sur quelque chose qui n’existe pas encore, et dont on ne sait pas ce qu’il sera.
Si cela est vrai pour notre monde qui n’est pas encore transfiguré, cela l’est d’autant plus pour le Royaume : car dans le Royaume, le passé et l’avenir non seulement n’existent pas, mais ne peuvent pas exister dans la qualité sous laquelle ils nous sont connus. Appliqué au Royaume, on ne peut parler que de la vie ici et maintenant, et de ce que l’on reçoit ici et maintenant. Et s’il n’y a pas de plénitude ici et maintenant, il n’y en aura pas non plus plus tard. Car le Royaume est un pour tous les temps. Et sa vie aussi.
12 Puis il disait à celui qui l’avait invité : « Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu’eux aussi ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. |
13 Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; |
14 heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes. » |
15 À ces mots, l’un des convives lui dit : « Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu ! » |
L’enseignement sur le repas auquel il vaut mieux inviter ceux qui en ont besoin et ne peuvent nous rendre la pareille trouve de nombreux parallèles dans les paroles du Christ. Il semble qu’Il en ait parlé souvent, et cette pensée revient à plusieurs reprises dans les récits des évangélistes. « Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra », dit le Seigneur dans le Sermon sur la montagne. Au fond, Il dit la même chose dans la parabole du Jugement dernier : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits, c’est à Moi que vous l’avez fait. » Ce que nous faisons pour autrui, nous le faisons pour Dieu. À strictement parler, cela constitue en soi une récompense surabondante. En S’abaissant au point d’avoir besoin de nous, Dieu nous élève par là même à une dignité inconcevable, que nous n’avons aucunement méritée. De plus, en agissant ainsi, nous agissons comme Lui-même. Car, lorsque Dieu nous fait du bien, quelle contrepartie peut-Il attendre ? Que pouvons-nous Lui rendre, sinon la gratitude de notre cœur ? Et lorsque nous réalisons la ressemblance avec Dieu qui nous a été accordée, cela signifie que Lui-même agit en nous, car la source de cette ressemblance est en Lui et non en nous. Ainsi s’ouvre en toi la source de la vie éternelle de Dieu.
12 Puis il disait à celui qui l’avait invité : « Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu’eux aussi ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. |
13 Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; |
14 heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes. » |
Le récit de ce qu'est le Royaume de Dieu et de la manière dont il agit est compréhensible pour chacun si, aussi étrange que cela paraisse, on ne parle pas du Royaume. Quand nous cherchons la paix intérieure, les recettes des autres fonctionnent rarement. Si nous allons très mal, nous nous précipiterons bien sûr sur les mots : « là-bas, tu seras bien ». Mais la situation ne s'améliorera pas tant que nous ne changerons pas intérieurement. Dès que notre état intérieur s'améliore, les problèmes qui provoquaient hier angoisse et tristesse ne semblent plus aussi désespérés aujourd'hui. Tout nous devient facile. Certes, les moments de clarté durent rarement longtemps, et jamais toute une vie. L'action du Royaume sur notre vie est infiniment plus forte, parce que le Royaume est éternel et que la présence de Dieu en nous est constante. Ailleurs, Jésus a décrit cette même réalité par ces mots : « Venez à Moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et Je vous donnerai le repos ; prenez sur vous Mon joug et apprenez de Moi, car Je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes ; car Mon joug est bon et Mon fardeau léger. » Nous avons peur de la Croix, peur de nous soumettre à la volonté de Dieu, peur d'être avec Lui. Si nous laissons le Royaume entrer en nous, la Croix, la Volonté, le joug, tout cela restera. Seulement, nous regarderons tout cela sans crainte, mais avec joie.
15 À ces mots, l’un des convives lui dit : « Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu ! » |
16 Il lui dit : « Un homme faisait un grand dîner, auquel il invita beaucoup de monde. |
17 À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : « Venez ; maintenant tout est prêt. » |
18 Et tous, comme de concert, se mirent à s’excuser. Le premier lui dit : « J’ai acheté un champ et il me faut aller le voir ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
19 Un autre dit : « J’ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
20 Un autre dit : « Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis venir. » |
21 « À son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : « Va-t’en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » |
22 « Maître, dit le serviteur, tes ordres sont exécutés, et il y a encore de la place. » |
23 Et le maître dit au serviteur : « Va-t’en par les chemins et le long des clôtures et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse. |
24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner. » » |
25 Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit : |
26 « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. |
27 Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. |
28 « Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? |
29 De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant : |
30 « Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever ! » |
31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? |
32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. |
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. |
34 « C’est donc une bonne chose que le sel. Mais si même le sel vient à s’affadir, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? |
35 Il n’est bon ni pour la terre ni pour le fumier : on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » |
Le Royaume de Dieu vient dans ce monde, mais l'homme doit faire un pas à sa rencontre, car il est semblable à un banquet de noces auquel chacun est invité, mais où tout le monde ne veut pas venir. Beaucoup de choses dépendent de ce pas, voilà pourquoi le Christ en parle avec des paroles si graves. Il peut tout demander à l'homme, jusqu'à s'oublier soi-même pour le Royaume. Pour faire ce pas, la Bonne Nouvelle doit devenir plus importante que les choses les plus importantes pour l'homme: la maison, les biens, la famille, l'assurance de l'avenir. (Le couple araméen «aimer-haïr» signifie ici simplement «préférer».)
Mais un pas sérieux exige une décision sérieuse (peut-être même plus sérieuse que la décision du roi ou du bâtisseur de tour dans ces paraboles). Le Christ veut la confiance, mais n'exige pas la folie: l'homme doit «calculer» sobrement si, pour lui, l'Évangile vaut vraiment plus que tout le reste de la vie; et si oui, faire un pas vers lui.
16 Il lui dit : « Un homme faisait un grand dîner, auquel il invita beaucoup de monde. |
17 À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : « Venez ; maintenant tout est prêt. » |
18 Et tous, comme de concert, se mirent à s’excuser. Le premier lui dit : « J’ai acheté un champ et il me faut aller le voir ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
19 Un autre dit : « J’ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
20 Un autre dit : « Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis venir. » |
21 « À son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : « Va-t’en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » |
22 « Maître, dit le serviteur, tes ordres sont exécutés, et il y a encore de la place. » |
23 Et le maître dit au serviteur : « Va-t’en par les chemins et le long des clôtures et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse. |
24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner. » » |
Le sens de la parabole racontée par Jésus sur les appelés et les élus est tout à fait clair et ne nécessite aucune explication. Et pourtant, des questions demeurent. Et la plus importante d'entre elles est pratique, concernant notre propre choix spirituel et de vie. S'il s'agit de dire que seules des personnes défavorisées se retrouvent à table, cela signifie-t-il que pour nous aussi, si nous ne devenons pas nous-mêmes ainsi, il n'y aura pas de place à cette table ?
Il existe une réponse traditionnelle à cette question : ce qui compte, ce n'est pas ce que nous avons et ce dont nous disposons, mais notre attitude envers cela. Formellement, une telle réponse peut être considérée comme tout à fait correcte. Mais que signifie-t-elle pour nous au fond ? Et quel était, à proprement parler, le principal problème de ces personnes tout à fait prospères que le maître avait invitées à son festin ? Dans les biens ? Dans la prospérité matérielle ou la réussite dans la vie en tant que telle ? Probablement pas, après tout.
Chacune des personnes prospères invitées refuse celui qui appelle non pas parce qu'elle possède quelque chose, ni même parce qu'elle vient d'acquérir quelque chose d'important. Tous le refusent parce que leurs acquisitions (quelles qu'elles soient) leur dictent une logique de comportement bien déterminée, entièrement conditionnée par ce qui a été acquis. C'est cette logique qui les pousse à refuser l'invitation.
À première vue, on pourrait penser qu'il s'agit simplement dans ce cas d'un choix entre deux variantes de comportement alternatives, entre l'invitation et ses propres intérêts — en fin de compte, entre le monde et le Royaume. Mais si l'on réfléchit à la situation, il n'est pas difficile de remarquer qu'en réalité, le choix se fait entre les relations et leur absence. Le maître n'a pas convié ses invités chez lui sans raison, il était manifestement lié à eux par une amitié ancienne et, semblait-il, profonde. Mais il s'est avéré qu'au moment le plus joyeux et le plus important pour leur ami, chacun des invités a choisi non pas sa relation avec lui, mais son propre monde, sa propre vie, avec laquelle ils se sont isolés de la personne qui les invitait. Le choix ne se fait pas, au fond, entre différentes formes de vie spirituelle, mais entre la vie spirituelle et son absence, même si par maître on entend non pas le Messie, mais une personne tout à fait ordinaire : car la vie spirituelle, c'est précisément les relations, les relations avec Dieu, avec le Christ, avec le prochain.
Le refus des relations au profit de quoi que ce soit d'autre signifie en fait un refus de la vie spirituelle. Dans ce contexte, l'appel à ceux qui n'ont rien devient compréhensible : rien ne les empêche d'apprécier l'importance des relations qui leur sont offertes, puisqu'ils n'ont rien qui pourrait les masquer. L'option n'est peut-être pas la meilleure (après tout, chacun aimerait voir chez soi ses vieux amis, et non des gens de la rue, même ceux qui sont toujours prêts à venir), mais dans la situation actuelle — la seule possible.
16 Il lui dit : « Un homme faisait un grand dîner, auquel il invita beaucoup de monde. |
17 À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : « Venez ; maintenant tout est prêt. » |
18 Et tous, comme de concert, se mirent à s’excuser. Le premier lui dit : « J’ai acheté un champ et il me faut aller le voir ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
19 Un autre dit : « J’ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
20 Un autre dit : « Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis venir. » |
21 « À son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : « Va-t’en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » |
22 « Maître, dit le serviteur, tes ordres sont exécutés, et il y a encore de la place. » |
23 Et le maître dit au serviteur : « Va-t’en par les chemins et le long des clôtures et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse. |
24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner. » » |
Les mots «beaucoup sont appelés, mais peu sont élus» sont souvent compris comme l'affirmation d'un certain élitisme. Pourtant, si l'on regarde la parabole plus attentivement, on peut remarquer autre chose. Le festin avait été préparé pour un certain nombre d'invités, qui ont refusé de venir. À leur place, on en a invité d'autres, et leur nombre était sans doute à peu près le même. Mais ensuite on a appelé encore d'autres invités; les élus se sont donc trouvés, au contraire, plus nombreux que les appelés du début. Peut-être cette contradiction apparente a-t-elle troublé l'évangéliste Matthieu et l'a-t-elle conduit à ajouter l'épisode de l'expulsion du nombre des élus.
Mais nous savons bien que, lorsque nous parlons d'une contradiction apparente, il s'agit d'un message important pour nous. Rappelons ces paroles: «Le serviteur dit: maître, ce que tu as ordonné a été fait, et il y a encore de la place». Il nous semble que dans ces mots, «il y a encore de la place», se trouve une indication très importante: dans quelque état désespéré que nous soyons, même s'il nous semble que maintenant «l'abîme va refermer sur moi sa bouche» (Ps 68:16), il y a toujours cette espérance qu'«il y a encore de la place», et qu'en vérité elle existe.
Mais ce refrain sévère résonne tout de même: beaucoup sont appelés, peu sont élus. Oui, et qui a dit que la sévérité soit mauvaise? La sévérité est bonne jusqu'à la limite où celui à qui elle s'applique ne commence pas à tomber dans la dépression, le désespoir, l'abattement, etc. Là, il faut d'urgence remplacer la sévérité par la tendresse.
Bien sûr, il faut sentir qu'une personne est au bord de cette limite. Aucun être humain n'en est capable, même si nous nous rassurons par notre sensibilité intérieure. Mais «ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu». Et Lui place toujours, à côté de la sévérité, une bonté sans limites. Ensuite, Il doit accorder le coeur de l'homme à recevoir l'une ou l'autre, selon l'état où se trouve cette personne. Et cela Lui réussit toujours bien, si l'homme L'aime.
16 Il lui dit : « Un homme faisait un grand dîner, auquel il invita beaucoup de monde. |
17 À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : « Venez ; maintenant tout est prêt. » |
18 Et tous, comme de concert, se mirent à s’excuser. Le premier lui dit : « J’ai acheté un champ et il me faut aller le voir ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
19 Un autre dit : « J’ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
20 Un autre dit : « Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis venir. » |
21 « À son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : « Va-t’en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » |
22 « Maître, dit le serviteur, tes ordres sont exécutés, et il y a encore de la place. » |
23 Et le maître dit au serviteur : « Va-t’en par les chemins et le long des clôtures et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse. |
24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner. » » |
En bref, le sens principal de la parabole des invités au banquet est que prennent part au festin non pas ceux à qui cela « revient », mais ceux qui en ont besoin. Le serviteur invite ceux qui sont proches de celui qui a organisé le festin, ceux qui avaient déjà été avertis de la fête préparée. Il est évident que le Seigneur vise les Juifs, à qui avait été donnée la foi au Dieu unique et qui attendaient la venue du Christ. Pour nous, il est toutefois essentiel de garder à l'esprit que les soucis immédiats d'ordre matériel ne détournent pas de la participation au Royaume les seuls Juifs. Grâce à deux mille ans de développement de la culture chrétienne, nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, avertis d'avance. Même sans avoir lu l'Évangile, nous savons que l'Église existe, que le Christ et Sa résurrection existent, que la foi et Dieu existent.
Il est tout aussi important de voir quels hommes viennent tout de même à ce festin. Les pauvres, les aveugles, les estropiés : ceux qui en ont le plus besoin. Le fait qu'ils n'aient pas été invités dès le début ne signifie pas qu'ils soient des hommes de seconde catégorie : le genre de la parabole a tout de même ses limites. Le Royaume des Cieux est bien sûr proposé à tous, et chacun de nous, selon son propre choix, se trouve soit invité mais ayant refusé, soit dans le besoin et ayant accepté de venir. Certes, la foi est un don de l'Esprit Saint ; mais, comme l'a dit le Christ, nous ne savons pas d'où Il vient ni où Il va. Pour que ce don advienne malgré tout, pour qu'il devienne réalité, notre décision est sans aucun doute nécessaire, ainsi que notre disponibilité à demander ce don et à en user. Cette décision, avoir besoin de Dieu, répondre et venir au festin dans le Royaume des Cieux, est précisément l'essentiel pour quoi la volonté et la liberté nous ont été données.
16 Il lui dit : « Un homme faisait un grand dîner, auquel il invita beaucoup de monde. |
17 À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : « Venez ; maintenant tout est prêt. » |
18 Et tous, comme de concert, se mirent à s’excuser. Le premier lui dit : « J’ai acheté un champ et il me faut aller le voir ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
19 Un autre dit : « J’ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
20 Un autre dit : « Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis venir. » |
21 « À son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : « Va-t’en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » |
22 « Maître, dit le serviteur, tes ordres sont exécutés, et il y a encore de la place. » |
23 Et le maître dit au serviteur : « Va-t’en par les chemins et le long des clôtures et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse. |
24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner. » » |
Tous ceux qui viennent à Jésus Lui posent en substance la même question, formulée le plus clairement par le « chef » inconnu dans le passage d'aujourd'hui : « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » La formulation même de cette question suppose une action unique et précise. Dans l'original, elle signifie : « Qu'ayant fait, aurai-je en héritage la vie éternelle ? » C'est exactement ainsi que la traduction slavonne rend ces paroles : « Qu'ayant fait, aurai-je en héritage la vie éternelle ? » En posant une telle question au Christ, nous ne sentons généralement pas combien elle est dangereuse pour le cours habituel de notre vie. Le chef s'attend manifestement à ce qu'on lui propose de donner une certaine somme ou d'accomplir quelque acte cultuel. Plus tard, le hadj deviendra un exemple éclatant d'un tel acte : rends-toi en pèlerinage dans un certain lieu et tu mériteras la miséricorde du Tout-Puissant. Mais pour recevoir en héritage la vie éternelle, qui appartient à Dieu, il faut donner toute sa vie. C'est ce qu'implique la réponse du Christ, qui propose à ce prince de distribuer tout ce qu'il possède. Cela est difficile non seulement parce qu'il faut réellement donner toute sa vie à Dieu, mais aussi parce qu'il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. L'exploit de la confiance est l'un des plus difficiles et des plus importants.
16 Il lui dit : « Un homme faisait un grand dîner, auquel il invita beaucoup de monde. |
17 À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : « Venez ; maintenant tout est prêt. » |
18 Et tous, comme de concert, se mirent à s’excuser. Le premier lui dit : « J’ai acheté un champ et il me faut aller le voir ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
19 Un autre dit : « J’ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer ; je t’en prie, tiens-moi pour excusé. » |
20 Un autre dit : « Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis venir. » |
21 « À son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : « Va-t’en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » |
22 « Maître, dit le serviteur, tes ordres sont exécutés, et il y a encore de la place. » |
23 Et le maître dit au serviteur : « Va-t’en par les chemins et le long des clôtures et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse. |
24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner. » » |
Il nous arrive de regarder des personnes spirituelles, des prêtres, des moines, ou simplement des laïcs dont nous savons qu’ils ont une foi très profonde, et il nous semble qu’ils sont proches de Dieu, qu’ils comptent parmi Ses amis les plus intimes et qu’Il les invitera à Son banquet. Et nous ? Nous sommes de simples pécheurs ; nous ne connaissons pas l’Écriture aussi bien qu’eux ; nous ne jeûnons probablement pas avec autant d’assiduité ; peut-être omettons-nous parfois notre règle de prière. Oui, tout cela est vrai. Mais, conscients de toute notre pauvreté spirituelle devant le Seigneur, nous devons toujours être prêts à une chose : répondre aussitôt qu’Il nous appellera. Et Il nous appellera, cela ne fait aucun doute. Les paroles « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus » sembleront peut-être à certains indiquer que le christianisme est une réalité spirituellement élitiste. Pourtant, nous comprenons tous que le christianisme est la foi principale sur terre et qu’il n’en est rien. Où se trouve donc l’apparente contradiction ? Il s’agit plutôt de ceci : « étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent » (Mt 7,14). Dieu est ouvert à chacun, mais seulement à celui qui le veut réellement et s’y applique, car « depuis lors, le Royaume de Dieu est annoncé, et chacun s’efforce d’y entrer » : c’est uniquement de cela qu’il est question ici.
25 Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit : |
26 « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. |
27 Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. |
28 « Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? |
29 De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant : |
30 « Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever ! » |
31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? |
32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. |
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. |
34 « C’est donc une bonne chose que le sel. Mais si même le sel vient à s’affadir, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? |
35 Il n’est bon ni pour la terre ni pour le fumier : on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » |
Jésus avertit clairement chacun de ce que coûte le chemin vers le Royaume. Et il conseille: avant de vous décider à me suivre, pesez tout calmement et sobrement. Voulez-vous ce que je peux vous donner? Êtes-vous prêts à suivre le chemin qu'il faudra suivre? Il n'y a ici, bien entendu, aucun désir d'effrayer ou de détourner du chemin vers le Royaume. Mais il y a la compréhension qu'une fois entré sur ce chemin, s'en détourner ensuite sera, si cela reste possible, accompagné de pertes spirituelles sérieuses, et peut-être pas seulement spirituelles.
Ce n'est pas par hasard que le Sauveur compare la situation de celui qui s'apprête à s'engager sur le chemin chrétien à celle d'un homme qui se prépare à construire une tour de garde dans son champ, ou à celle du dirigeant d'un pays qui s'apprête à faire la guerre à son voisin: dans les deux cas, il vaut mieux tout réfléchir avant de commencer, car en cas d'échec on peut se retrouver dans une situation bien pire que celle qui aurait existé si l'un comme l'autre avait renoncé à son projet. Le prix du chemin, selon Jésus, est le renoncement à tout ce que peut donner ce monde non transfiguré et plongé dans le mal.
Ce n'est pas par hasard que le Sauveur recourt à l'image de la croix: à l'époque évangélique elle était bien compréhensible à chacun en Judée, car tous les habitants du pays gardaient encore vive la mémoire du soulèvement qui avait eu lieu auparavant, pendant les années d'indépendance, lorsque fut réprimée la révolte organisée par la fraternité pharisienne contre Alexandre Jannée, dirigeant qui menait, selon les insurgés, une politique totalement contraire à la Torah. Alors les participants à la révolte écrasée par les autorités furent crucifiés: une exécution non seulement douloureuse, mais aussi humiliante pour tout Juif.
Jésus avertit directement tous ceux qui veulent le suivre: il faut être prêt à tout, comme furent prêts à tout pour leur foi les participants de cette révolte, que même la croix n'effraya pas. Et il ne s'agit pas ici du fait que le Royaume que Jésus a apporté dans le monde devrait être établi par la force, comme voulaient l'établir par la force les participants à la révolte sous Alexandre Jannée.
Il s'agit du fait que, selon la parole même du Sauveur, il «n'est pas de ce monde». C'est pourquoi «ce monde» lui sera toujours hostile, non pas par nature, car celle-ci peut être transfigurée et finira par l'être, mais à cause du mal qui est entré dans le monde après la chute. C'est précisément ce conflit avec les forces du mal agissant dans le monde qui rend la croix inévitable pour chaque chrétien, sous une forme ou sous une autre. Mais, manifestement, il n'y a pas d'autre route vers le Royaume. Et chacun, bien sûr, décide lui-même s'il la prend ou non.
25 Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit : |
26 « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. |
27 Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. |
28 « Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? |
29 De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant : |
30 « Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever ! » |
31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? |
32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. |
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. |
34 « C’est donc une bonne chose que le sel. Mais si même le sel vient à s’affadir, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? |
35 Il n’est bon ni pour la terre ni pour le fumier : on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » |
Les paroles sur la nécessité de la haine peuvent susciter un sentiment plus fort qu'un simple étonnement. Les commentateurs qui connaissent les subtilités de la langue et les particularités de l'éloquence de cette époque nous expliquent qu'il ne s'agit nullement de haine au sens où nous l'entendons habituellement. Il s'agit, tout en aimant notre vie et notre prochain, de ne pas laisser cet amour nous cacher Celui qui donne la vie. Cela est nécessaire, ne serait-ce que parce que, sans Lui, notre amour pour ceux qui nous sont chers finira tôt ou tard par s'épuiser.
Mais, même en comprenant le texte ainsi, l'étonnement ne disparaît pas. Les paroles du Christ signifient-elles vraiment que, si nous n'avons pas assez de force et de discernement pour avancer sur le chemin auquel Il nous a appelés, il ne faut pas Le suivre ? Mais c'est Lui-même qui nous a appelés !
Oui, connaissant parfaitement toutes nos faiblesses et tous nos péchés, Il nous a néanmoins appelés. Mais si nous L'avons suivi, et nous l'avons fait par notre propre décision, il ne faut pas compter essayer d'abord, puis nous écarter si cela devient difficile. Non, il faut être prêts à aller jusqu'au bout sans dévier. Le Christ ne repousse personne, mais Il nous avertit d'avance qu'il ne faut pas entretenir d'illusions, notamment celle qui consiste à surestimer nos propres forces. Nos forces ne suffiront pas, mais Il nous les donnera.
Le Christ n'a pas encore été crucifié ; ceux qui L'écoutent ne comprennent pas encore pourquoi Il évoque ici la croix. Mais en appelant chacun à porter sa croix, comme Lui-même portera la Sienne, Il nous élève à une place auprès de Lui. Et si nous restons à Ses côtés, Lui aussi restera aux côtés de chacun de nous.
25 Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit : |
26 « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. |
27 Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. |
28 « Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? |
29 De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant : |
30 « Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever ! » |
31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? |
32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. |
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. |
34 « C’est donc une bonne chose que le sel. Mais si même le sel vient à s’affadir, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? |
35 Il n’est bon ni pour la terre ni pour le fumier : on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » |
Il est très difficile de lire les paroles que le Seigneur adresse aux foules qui le suivent. Il semble que l’affirmation selon laquelle celui qui « ne hait pas son père, sa mère, sa femme... ne peut être mon disciple » contredise le commandement de l’amour du prochain. Le Seigneur parle ensuite de la croix qu’il faut porter pour être son disciple. Ces paroles ne désignent pas un symbole d’appartenance à l’Église porté autour du cou, mais un instrument d’exécution infamante. Une exécution à laquelle le monde livre ses ennemis les plus méprisés et les plus acharnés. Il faut prendre soi-même, volontairement, un instrument de torture, de honte et d’humiliation. Pour que nous ne soyons pas tentés d’interpréter ces paroles de manière allégorique, en remplaçant leur sens direct par des fantaisies, le Seigneur présente aussitôt deux paraboles sur la nécessité de comprendre entre quelles possibilités nous choisissons.
Nous préférons souligner qu’en devenant chrétiens, les hommes choisissent entre le mal, la souffrance et l’hostilité, d’un côté, et la lumière, la chaleur et la tendresse de l’amour de Dieu, de l’autre. C’est incontestablement vrai, mais : « Il était la lampe qui brûle et qui brille, et vous avez voulu vous réjouir un moment à sa lumière ! », dit à ce sujet le Seigneur avec amertume (Jn 5,35). Il nous propose un choix non pas tant entre la « présence » ou l’« absence » de ce que nous tenons pour mauvais ou bon qu’entre deux hiérarchies de valeurs. Dans l’une, l’être humain lui-même occupe le centre, avec ce qui lui appartient : sa vie, ses biens, ses amis, ses attachements, ses dépendances et ses péchés. Dans l’autre, Dieu et sa volonté sont au centre. C’est précisément pourquoi il dit que celui « qui ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple ». C’est précisément pourquoi, lorsque tu choisis le Christ, des choses « manifestement » bonnes, comme l’attachement à la famille, peuvent se trouver parmi ce à quoi l’on renonce, tandis que des choses « manifestement » mauvaises, comme l’humiliation, la honte et la souffrance, peuvent se trouver parmi ce que l’on choisit.
25 Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit : |
26 « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. |
27 Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. |
28 « Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? |
29 De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant : |
30 « Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever ! » |
31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? |
32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. |
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. |
Pour connaître la volonté de Dieu, le don de sagesse est nécessaire, mais notre effort dans l'usage de ce don est également nécessaire. L'Esprit Saint envoyé d'en haut nous donne la possibilité d'évaluer les coûts et de calculer nos forces, mais c'est à nous de le faire. En même temps, Jésus indique aussi le résultat juste d'un tel calcul : les forces suffiront exactement à renoncer à tout, à prendre la croix et à Le suivre.
25 Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit : |
26 « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. |
27 Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. |
28 « Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? |
29 De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant : |
30 « Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever ! » |
31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? |
32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. |
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. |
À première vue, la lecture évangélique d'aujourd'hui est très illogique. Les paraboles du bâtisseur de tour et du commencement d'une guerre ne sont en réalité même pas des paraboles, mais des situations concrètes auxquelles nous sommes confrontés chaque jour. N'entreprendre une tâche difficile et dangereuse qu'après en avoir calculé les conséquences, voilà ce que nous essayons d'apprendre depuis l'enfance. La plupart de nos échecs viennent précisément de ce que, au moment de décider, nous ne prenons le plus souvent même pas la peine d'évaluer toute l'ampleur des conséquences négatives. C'est aussi, le plus souvent, pour cela que la Bible tombe « en disgrâce » : elle nous dit : « Ne te précipite pas, réfléchis ; il existe des lois que tu connais et que tu ne dois pas négliger, sinon tu périras. » Nous connaissons très bien cette fonction de l'Écriture, et nous ne l'aimons guère. Ici encore, les paraboles semblent nous dire la même chose. Pourtant, leur conclusion est tout autre : « …quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être Mon disciple. » Autrement dit, Jésus sait bien que la guerre dans laquelle nous nous engageons, la tour que nous devons construire, le désir d'être Son disciple — et donc d'accomplir le commandement d'amour que nous rappelle l'épître aux Romains — constituent, du point de vue du bon sens, une entreprise irréaliste. Si nous nous asseyons pour calculer ce qu'exigera de nous l'accomplissement de la loi d'amour, si nous prenons conscience de ce à quoi nous nous engageons en nous arrachant au mal, tout le bon sens qui est en nous exigera de mettre immédiatement fin à ce combat. Le simple instinct de conservation nous pousse à renoncer à ce chemin. Nous rencontrons ainsi l'unique exception à la règle de suivre le bon sens, exception qui ne fait que confirmer la règle donnée par l'Écriture. On ne peut accomplir le commandement d'amour sans Jésus ; mais, en décidant de Le suivre, ne pense pas à ce que ce chemin exigera. En fin de compte, Lui seul connaît le prix ultime de ce choix.
28 « Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? |
Jésus lie souvent le chemin vers le Royaume à une sorte d'évaluation, de calcul, d'analyse des possibilités de l'homme. Celui qui s'apprête à commencer une construction doit d'abord évaluer ses ressources et comprendre s'il en aura assez pour achever l'ouvrage ; sinon, mieux vaut ne pas commencer. Une telle attitude est juste en tout cas lorsqu'il s'agit du chemin spirituel.
En effet, lorsque nous nous mettons en route, nous espérons toujours atteindre le but et nous essayons toujours de comprendre dans quelle mesure la route peut se révéler difficile, dangereuse, et même simplement si elle sera à notre portée. Et si cela est vrai de tout chemin spirituel, cela l'est tout particulièrement lorsqu'il s'agit du chemin chrétien : car ici il est question du Royaume, dont le chemin est plus difficile que tout autre, même si le Sauveur Lui-même nous accompagne constamment sur ce chemin. Bien sûr, si le christianisme n'était qu'une religion nouvelle parmi d'autres, la situation serait différente. Toute religion est, dans une certaine mesure, une fin en soi.
Et même lorsqu'il s'agit de quelque chose de plus grand qu'elle-même, tout homme religieux peut toujours se consoler en se disant que, sans être arrivé à ce plus grand, il a tout de même fait quelque chose, et que ce qu'il a fait a une valeur en soi. D'ordinaire, dans de tels cas, l'homme religieux se dit à lui-même et aux autres qu'il a fait ce qu'il pouvait, et qu'il n'a jamais compté sur davantage : il n'est ni saint ni juste, mais un homme ordinaire. Mais c'est justement là que se trouve la question : le christianisme comme religion n'a pas de sens.
Le christianisme est le chemin vers le Royaume et la vie dans le Royaume, et le seul but du chrétien ne peut être que le Royaume dans toute sa plénitude ; sinon, il ne vaut même pas la peine de commencer. C'est de cela que parle Jésus, en donnant l'exemple du projet de construction d'une tour de garde par le propriétaire d'un jardin. Car une tour inachevée ou mal construite n'est pas seulement inutile ; elle peut même nuire, en donnant à son constructeur l'illusion d'une sécurité qui n'existe pas en réalité. Alors mieux vaut ne rien construire du tout.
De même, le chrétien qui n'est pas arrivé à la vie du Royaume dans toute sa plénitude peut tomber dans un piège : il peut lui sembler que tout est en ordre dans sa vie spirituelle, puisqu'il accomplit certaines « obligations religieuses du chrétien », alors qu'en réalité il n'est pas plus proche du Royaume que n'importe quel autre homme qui ne pense pas du tout à la religion. C'est vers ce maximum, vers l'atteinte du but, que Jésus oriente Ses auditeurs, les appelant à réfléchir pour savoir s'ils sont prêts à aller jusqu'au bout, et, sinon, s'il ne vaudrait pas mieux pour eux Le quitter et vivre leur vie ordinaire, celle qu'ils vivaient auparavant.
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. |
Cette pensée se répète dans l’Évangile de nombreuses fois sous différentes formes. De quoi s’agit-il ? Pourquoi le Seigneur la juge-t-il si importante ? Peut-être parce qu’il voit que notre désir d’« avoir » porte en lui une nature profondément pécheresse. Ce désir d’assurer le fondement de notre moi, de notre indépendance à l’égard de Dieu et les uns des autres, le désir d’appuyer par quelque chose notre orgueil et notre exaltation au-dessus des autres, de ceux qui « n’ont pas ». Or le dessein de Dieu, c’est une création fondée sur l’amour, c’est-à-dire sur l’interrelation, l’interdépendance et le don réciproque. Jésus ne dit pas ici que nous ne devrions rien posséder ; il nous appelle à « nous détacher », à ne pas accorder à ce que nous avons une importance excessive, à ne pas considérer nos biens comme un soutien tant soit peu sérieux dans notre vie, mais à mettre toute notre espérance, toute notre confiance, en Dieu seul.
L’Évangile nous donne un tel exemple. Les hommes essaient toujours de mettre quelque chose de côté « pour les jours sombres » ; chez les personnes âgées, il est même habituel d’économiser pour leurs funérailles. Et voilà que l’Évangile raconte l’histoire d’un homme âgé, respectable, qui avait pris soin à l’avance de ses futures funérailles, s’était préparé un tombeau coûteux... Puis il a rencontré Jésus et s’est mis à se considérer comme son disciple, un disciple secret, parce qu’il craignait l’opinion des autorités religieuses. Mais voilà que Jésus meurt sur la croix, et cet homme, Joseph d’Arimathie, perd sa peur. Il va chez Pilate et obtient de lui la permission d’ensevelir le Seigneur. En donnant à Jésus son tombeau, il se détache de ce qu’il possède, du fondement humain de son espoir d’être respecté par son entourage et de terminer dignement sa vie ; et c’est précisément à ce moment-là qu’il cesse d’être un disciple « secret » du Christ et devient son véritable disciple.
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. |
Nous avons tous appris et continuons d’apprendre. Mais qu’entendons-nous par ce mot ? En général, quelqu’un nous dit quelque chose et nous écoutons. Dans le meilleur des cas, quelqu’un nous montre quelque chose et nous regardons. C’est le modèle scolaire. Jésus en propose un tout autre : Il appelle Ses disciples à Le suivre, à partager Sa vie avec Lui, à apprendre au fil de cette vie et à s’efforcer de ressembler au Maître.
Et ici, il convient de réfléchir à la manière dont Jésus Lui-même vit et à ce que Ses disciples doivent précisément imiter dans leur propre vie : Il n’est plus charpentier, Il n’a pas de demeure permanente (il suffit de se rappeler ces paroles : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer Sa tête » — Mt 8:20), Il n’a ni argent ni famille... Lui-même a renoncé à tout afin de servir tous.
Et qu’attendons-nous lorsque nous nous considérons comme Ses disciples ? Ne répétons-nous pas l’erreur des fils de Zébédée, qui se « partageaient les portefeuilles ministériels » dans le Royaume à venir (Mc 10:35-37) ?
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