Avec le Messie, Michée, comme d'autres prophètes, surtout préexiliques, relie le rassemblement du peuple de Dieu, qui aux jours du Messie se réunira de nouveau sur la terre des pères, rassemblée autour de Jérusalem...
Avec le Messie, Michée, comme d'autres prophètes, surtout préexiliques, relie le rassemblement du peuple de Dieu, qui aux jours du Messie se réunira de nouveau sur la terre des pères, rassemblée autour de Jérusalem. Par les «abandonnés pour un temps», le prophète entend manifestement la partie du peuple qui, après l'écrasement du royaume du Nord, le royaume d'Israël, s'est retrouvée dispersée dans l'immense empire assyrien: cette dispersion était perçue, non sans raison, comme un signe d'abandon de Dieu, comme un châtiment de Dieu pour la partie du peuple qui avait trahi le Dieu de ses pères.
Il faut remarquer qu'au sud, en Judée, on regardait les dirigeants du royaume du Nord comme des apostats. Et il y avait des raisons à cela: ils menaient dans leur pays une politique de double foi religieuse, et en fait de paganisme, en reconnaissant officiellement comme cultes d'État toute une série de cultes païens aux côtés du culte de Yahvé. Beaucoup en Judée voyaient dans l'écrasement du royaume du Nord l'aboutissement logique de cette politique. Mais il fut manifestement révélé au prophète que, dans l'histoire du peuple de Dieu, viendrait un jour où le Messie arriverait et où la plénitude du peuple serait restaurée.
Bien sûr, Michée voit cette restauration comme un processus plutôt politique que spirituel. Mais la perception prophétique de la réalité spirituelle est toujours multiple, et derrière la réalité historique, sociale ou politique se tient toujours la réalité spirituelle. Il en va de même ici: Michée voit le processus spirituel comme un processus politique et étatique. Il voit l'Israël renouvelé tel qu'il serait si, par quelque miracle, revenait soudain l'époque brillante de Salomon.
Et l'époque du Messie fut réellement brillante, mais non au sens où le prophète en parle, même si les apôtres eux-mêmes, le jour de l'Ascension, attendaient encore un triomphe extérieur, attendaient le «rétablissement du royaume pour Israël». Le Royaume ne s'est pas avéré tel que le voyaient les prophètes préexiliques. Et le Roi non plus ne s'est pas avéré tel que beaucoup attendaient de Le voir, non seulement au temps de Michée, mais aussi à l'époque évangélique.
Mais la plénitude du peuple de Dieu a réellement été manifestée. Certes, sans grandeur extérieure, sans État puissant ayant à sa tête des dirigeants héroïques. Dans le Royaume qui, selon la parole du Roi, «n'est pas de ce monde». Et qui n'en devient pas moins majestueux.
4:1 c) L’origine de cet oracle qui se retrouve en Isa 2.2-4 est incertaine. Comme Isa 60, il décrit la venue à Sion des païens convertis, cf. Isa 45.14. Ce thème est étranger à la pensée de Michée, si du moins on en juge d’après ses oracles incontestés.
4:3 d) L’hébr. ajoute « jusqu’au loin », absent d’Isa 2.4.
4:5 e) Addition liturgique (comme Isa 2.5).
4:6 f) Sous l’image du bon Pasteur, cf. Ez 34.1, promesse de restauration d’Israël à Sion, par-delà le châtiment. Les vv. 6-7 sont très proches de 2.12-13 et ont probablement la même origine.
4:8 g) « Tour du Troupeau », en hébreu Migdal-Eder ; cet antique nom de lieu, cf. Gn 35.21, désigne ici Jérusalem comme une bergerie. L’Ophel est le quartier de la résidence royale, Isa 32.14 ; 2 Ch 27.3.
4:9 h) Cet oracle annonce la déportation. La mention de Babel au v. 10 vise l’exil de 587.
4:10 i) « hurle » ge`î conj. ; « jaillis » gohî hébr.
4:11 j) À la différence du précédent, cet oracle décrit une libération accomplie à Sion même, assiégée par les peuples. À la même époque que Michée, Isaïe présentait des prédictions semblables, Isa 10.24-27, 32-34 ; 14.24-27 ; 29.1-8 ; 30.27-33 ; 31.4-9. Il s’agit probablement en tous ces oracles de l’invasion de Sennachérib en 701 et de son mystérieux échec. Plus tard, l’attaque de Jérusalem par les nations (et l’écrasement de celles-ci) deviendra un thème eschatologique important, Ez 38-39 ; Jl 4 ; Za 14.
4:13 k) « Tu voueras » corr. ; « je vouerai » hébr.
4:14 l) L’oracle oppose le roi « juge d’Israël » actuellement humilié (par Sennachérib, 2 R 18.13-16) et le roi-messie dont la naissance inaugure l’ère nouvelle de gloire et de paix (comme en Isa 9.5). Le prophète se représente ce messie à la façon traditionnelle des prophètes de Juda, comme un roi triomphant à Sion, ainsi Gn 49.10-12 ; Nb 24.15-19 ; Ps 110 ; Isa 9.1-6 ; 11.1-9 ; 32.1.
4:14 m) « Rassemble-toi... » cf. syr., targ. ; on traduit aussi le jeu de mots « Fais-toi des incisions... » (cf. Jr 48.37 ; 1 R 18.28).
5:1 n) Après « petite » hébr. et grec ajoutent « pour être », doublet de la fin du v.
5:1 o) Le nom d’Éphrata, « la féconde », est mis ici en rapport avec la naissance du Messie ; il a désigné d’abord un clan allié à Caleb, 1 Ch 2.19, 24, 50, et installé dans la région de Bethléem, 1 S 17.12 ; Rt 1.2. Le nom a passé ensuite à la cité, Gn 35.19 ; 48.7 ; Jos 15.59 ; Rt 4.11. — Le prophète pense aux origines anciennes de la dynastie de David, 1 S 17.12s ; Rt 4.11, 17, 18-22. Les évangélistes reconnaîtront en « Bethléem Éphrata » la désignation du lieu de naissance du Messie.
5:2 p) Il s’agit de Yahvé.
5:2 q) Il s’agit de la mère du Messie. Le prophète pense peut-être à l’oracle de la `almah , Isa 7.14.
5:4 r) Ce fragment annonce une victoire future sur Assur. Il l’attribue au fils de David (début du v. 4, fin du v. 5) et aux chefs de Juda (vv. 4b-5a, élément primitif réemployé).
5:4 s) « notre sol » be’admatenû grec, syr. ; « nos palais » be’armenotênû hébr.
5:5 t) « avec le poignard » baptîhah ms. grec (cf. Ps 55.22) ; « dans ses portes » biptahêha hébr.
5:6 u) Cet oracle, en deux strophes symétriques, annonce le rôle du « reste » dans le salut des nations (cf. 5.1-4 ; 7.12) et dans leur châtiment (4.13 ; 5.8, 14). Le premier thème, qui n’apparaît qu’à la fin de l’Exil, suggère une date postérieure à Michée.
5:7 v) L’hébr. ajoute « parmi les nations ».
5:8 w) L’oracle des vv. 9-13 annonce que Yahvé va « retrancher » de son peuple tous les faux appuis humains (cf. Os 3.4 ; 8.14 ; Isa 2.7-8 ; 30.1-3, 15-16 ; 31.1-3) force guerrière, matériel de la divination et du culte des hauts lieux. Cette menace comporte la promesse d’une ère de paix et de foi. Les vv. 8 et 14 appliquent cet oracle aux peuples païens ennemis de Yahvé ; c’est un remaniement du texte original.
Le prophète Michée (qu’il ne faut pas confondre avec Michée Ben Yimla qui vécut sous le règne d’Achab, 1 R 22) était un Judéen, originaire de Moréshèt, à l’ouest d’Hébron. Il a exercé son action sous les rois Achaz et Ézéchias, c’est-à-dire avant et après la prise de Samarie en 721 et peut-être jusqu’à l’invasion de Sennachérib en 701. Il fut donc en partie le contemporain d’Osée et, plus longuement, d’Isaïe. Par son origine campagnarde, il s’apparente à Amos, dont il partage l’aversion pour les grandes cités, le langage concret et parfois brutal, le goût des images rapides et des jeux de mots.
Le livre se divise en quatre parties qui font alterner la menace et la promesse : 1.2 – 3.12, procès d’Israël ; 4.1 – 5.14, promesses à Sion ; 6.1 – 7.7, nouveau procès d’Israël ; 7.8-20, espérances. Les promesses à Sion contrastent trop violemment avec les menaces qui les encadrent et cette composition balancée est un arrangement des éditeurs du livre. Il est difficile de déterminer l’étendue des remaniements qu’il a subis dans le milieu spirituel où se gardait le souvenir du prophète. On s’accorde à reconnaître que 7.8-20 se situe nettement à l’époque du retour de l’Exil. C’est dans ce temps aussi que se placeraient le mieux l’oracle de 2.12-13, perdu parmi des menaces, et les annonces de 4.6-7 ; 5.6-7. D’autre part, 4.1-5 se retrouve à peu près textuellement dans Isa 2.2-5, et ne semble être primitif dans aucun des deux contextes. Mais il ne faut pas s’autoriser de ces additions pour retrancher du message authentique de Michée toutes les promesses d’avenir. La collection d’oracles des chap. 4-5 a été constituée pendant ou après l’Exil, mais elle contient des pièces authentiques et, en particulier, il n’y a pas de raison décisive pour refuser à Michée l’annonce messianique de 5.1-5, qui concorde avec ce qu’Isaïe faisait espérer à la même époque, Isa 9.1s ; 11.1s.
Nous ne savons rien de la vie de Michée ni comment il fut appelé par Dieu. Mais il avait une conscience aiguë de sa vocation prophétique et c’est pour cela que, se distinguant des faux inspirés, il annonce avec assurance le malheur 2.6-11 ; 3.5-8. Il porte la parole de Dieu et celle-ci est d’abord une condamnation. Yahvé fait le procès de son peuple, 1.2 ; 6.1s, et le trouve coupable : fautes religieuses sans doute, mais surtout fautes morales, et Michée fustige les riches accapareurs, les créanciers impitoyables, les commerçants fraudeurs, les familles divisées, les prêtres et les prophètes cupides, les chefs tyranniques, les juges vénaux. C’est le contraire de ce que Yahvé réclamait : « accomplir la justice, aimer la bonté, et s’appliquer à marcher avec Dieu », 6.8, formule admirable, qui résume les revendications spirituelles des prophètes et rappelle surtout Osée. Le châtiment est décidé : dans un bouleversement du monde, 1.3-4, Yahvé viendra juger et punir son peuple, la ruine de Samarie est annoncée, 1.6-7, celle des villes du Bas-Pays où vit Michée, 1.8-15, celle même de Jérusalem, qui deviendra un monceau de décombres, 3.12.
Cependant le prophète garde une espérance, 7.7. Il reprend la doctrine du Reste, ébauchée par Amos, et il annonce la naissance en Éphrata du Roi pacifique qui fera paître le troupeau de Yahvé, 5.1-5.
L’influence de Michée fut durable : les contemporains de Jérémie connaissaient et citaient de lui un oracle contre Jérusalem, Jr 26.18. Le Nouveau Testament a surtout retenu le texte sur l’origine du Messie en Éphrata-Bethléem, Mt 2.6 ; Jn 7.42.