« ...Désormais m'est réservée la couronne de justice, que le Seigneur, le juste Juge, me donnera en ce jour-là; et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé son apparition... » Ce sentiment qu'une couronne t'attend, sinon aujourd'hui du moins demain, est connu de tout véritable chrétien. Sans lui, notre christianisme n'est pas authentique...
« ...Désormais m'est réservée la couronne de justice, que le Seigneur, le juste Juge, me donnera en ce jour-là; et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé son apparition... » Ce sentiment qu'une couronne t'attend, sinon aujourd'hui du moins demain, est connu de tout véritable chrétien. Sans lui, notre christianisme n'est pas authentique. Mais qu'est-ce donc que la « couronne de justice » ou la « couronne de droiture », comme traduit l'évêque Cassien, et toute souffrance de notre part est-elle cette couronne? Dans de telles traductions, il nous paraît que cette couronne est quelque chose qui n'est préparé que pour les saints. Le mot même de « couronne » sonne de manière élevée, et l'ajout du prédicat de justice ou de droiture élève tout à fait cette expression à une hauteur inaccessible aux simples mortels. Comment comprendre alors les paroles de l'apôtre Paul disant que la couronne est préparée pour « tous »?
Tournons-nous vers le texte grec. On y trouve l'expression « dikaiosynes stephanos ». Parmi ses significations figurent en effet la justice, la rectitude, la vérité, la fidélité à la loi, le mérite et la dignité; mais, en outre, d'autres sens sont aussi présents, selon le dictionnaire grec ancien-russe de Dvoretsky. Regardons-les: premièrement, « égal, exact »; deuxièmement, « approprié »; troisièmement, « ayant droit »; et enfin, simplement, « obligé ». Bien sûr, l'apôtre ne voulait guère mettre simultanément dans le texte tous ces sens. Mais puisque nous ne connaissons pas exactement ses intentions, en choisissant exclusivement un style élevé, nous risquons de déformer sa pensée. Il ne sera donc pas mauvais de regarder de plus près d'autres sens, même proches.
En réalité, chacune des quatre significations citées ici nous est proche. « Égal, exact »: chacun sait en effet que Dieu nous donne la couronne exactement selon nos forces. Monseigneur Antoine de Souroge remarque qu'il existe une certaine limite dans l'acquisition d'une telle lucidité spirituelle: voir son âme dans la vraie lumière, la voir et rester saisi d'horreur devant ce qu'on a vu, chanceler au point de tomber, et pourtant rester debout. Cet état est familier à quiconque s'est confessé honnêtement au moins une fois. « Approprié »: la couronne que Dieu donne n'est-elle pas précisément celle qui est unique et qui convient seulement à moi? Dès que nous nous saisissons de ce qui n'est pas à nous, d'un ministère qui ne nous est pas destiné par Dieu ou simplement qui n'est pas béni par lui, nous subissons un échec honteux, en y entraînant aussi d'autres personnes. Nous avons « droit » à notre couronne, car nous avons reçu ce droit avec la foi. Et enfin, nous sommes simplement « obligés » de la prendre: car nous ne sommes ni des saints ni des martyrs, nous faisons simplement ce que nous devons faire.