En parlant des Juifs croyants qui lisent la sainte Écriture, Paul mentionne le voile qui les empêche de voir le véritable sens du texte, de même qu'autrefois le voile jeté par Moïse sur son visage empêchait ceux qui l'entouraient de le voir. Que veut-il dire ?
Bien sûr, en lisant ce passage avec les yeux d'aujourd'hui, nous prêtons d'abord attention à la différence entre les traditions liées à l'interprétation, par les Juifs et par les chrétiens, des mêmes textes de l'Ancien Testament. Mais au temps de l'apôtre, il était encore trop tôt pour parler d'une tradition chrétienne particulière. Il existait peut-être déjà certains récits, tout à fait possiblement même écrits, sur la mort et la résurrection du Sauveur, mais il n'existait pas encore de corpus chrétien de textes sacrés. Pas plus qu'une tradition chrétienne particulière et élaborée d'interprétation de la Torah ou des livres prophétiques : trop peu de temps s'était encore écoulé pour que de telles interprétations puissent apparaître. Il s'agit, de toute évidence, d'autre chose.
Et ici viennent à l'esprit les paroles de l'évangéliste selon lesquelles Jésus Lui-même, après la résurrection, lors d'une de Ses rencontres avec les disciples, leur ouvrit l'intelligence pour comprendre l'Écriture. Il est peu probable qu'il s'agisse ici d'une exégèse mystérieuse accessible seulement aux « initiés ».
Il s'agissait plutôt d'autre chose, de l'essence même de ce que l'on pourrait appeler la compréhension de tout texte, et surtout d'un texte sacré et inspiré de Dieu. En effet, pour comprendre n'importe quel texte, il faut avant tout reconstituer le système de sens que l'auteur a créé en écrivant son texte. Car un texte (du moins un texte littéraire) est précisément un système de sens revêtu de mots. Or les sens ne peuvent pas être simplement copiés comme nous copions les lettres ; on ne peut que les recréer en parcourant avec l'auteur le chemin qu'il a parcouru en créant son texte.
Mais que faire si l'auteur n'était pas seul ? Si Dieu l'inspirait, s'Il révélait les sens et si l'auteur ne faisait que les incarner dans la parole ? Alors il s'ensuit qu'il faut parcourir le chemin non seulement avec l'auteur humain, mais aussi avec Dieu qui l'inspirait. Pour comprendre la Bible, il faut comprendre Dieu. Et nul ne peut enseigner cette compréhension mieux que le Sauveur. Plus encore : certaines choses fondamentales ne peuvent être enseignées que par le Sauveur Lui-même. Sinon, il y a le voile. Sinon, quelque chose reste fermé pour toujours.
Voilà ce que l'apôtre a en vue lorsqu'il dit que seul le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, libère l'homme et lui donne la plénitude de la compréhension de la sainte Écriture comme parole de Dieu. Dieu est libre de toutes les limites humaines, et ce n'est que dans Sa liberté que l'on peut comprendre Sa parole.
