Dans ses lettres, Paul a plusieurs fois discuté des questions de la religion sous sa relation à la vie spirituelle. On pourrait réduire le résumé de ces discussions à la simple formule: pour le Royaume, la religiosité de l’homme n'a pas en principe de valeur, et donc, elle n'a non plus de valeur et pour l'Église. Et l’homme religieux peut prendre sa religion avec lui au Royaume, si elle lui est organique...
Dans ses lettres, Paul a plusieurs fois discuté des questions de la religion sous sa relation à la vie spirituelle. On pourrait réduire le résumé de ces discussions à la simple formule: pour le Royaume, la religiosité de l’homme n'a pas en principe de valeur, et donc, elle n'a non plus de valeur et pour l'Église. Et l’homme religieux peut prendre sa religion avec lui au Royaume, si elle lui est organique, tout comme il peut la prendre avec lui à l'Église, à condition qu'il ne pas l'ériger en principe et l’imposer aux frères. Mais l'apôtre ne pouvait bien sûr ne pas voir dans la religion et la composante spirituelle. En fait: il y a des gens, pour qui la religion est inséparable de leurs relations avec Dieu et avec le prochain, et par conséquent, et de la vie spirituelle au sens propre des mots. Et ici tout est déjà défini par la mesure de la sincérité d’une personne concrète. Pour quelqu'un la religion est un moyen d’affirmation de soi spirituelle, un moyen d'influencer les esprits et les âmes, et parfois et un moyen de manipuler les autres gens.
Paul considère une telle religiosité, ce qui n'est pas étonnant, de tout à fait inacceptable pour le Royaume, et donc, et pour l'Église. Si la religiosité de l’homme est telle, on ne peut pas parler d’une vie spirituelle normale. Mais que faire si la religiosité est seulement une forme, l'enveloppe protectrice de la vie spirituelle? Bien que cela ne se produit pas assez souvent, mais arrive tout de même, et l'apôtre trouve inadmissible de détruire cette enveloppe protectrice: car l’homme peut simplement encore être pas suffisamment ferme spirituellement pour s'en sortir sans elle.
Une telle religiosité est d'habitude propre aux gens qui viennent juste de s’engager sur la voie spirituelle, et les restrictions religieuses et les interdictions, restant externes et ne remplaçant pas ce qu'on appelait au temps de Paul la Torah intérieure, leur sont vraiment nécessaires et leur permettent de ne pas s'égarer de la voie spirituelle. La destruction d'une telle religiosité serait encore une autre et, probablement, épreuve inutile pour son possesseur. Certes, tôt ou tard tout un chacun, qui va sur la voie spirituelle, la voie de la justice et la voie du Royaume, devrait se séparer avec sa religiosité si ce n’est pas pour toujours, alors au moins l'éloigner au deuxième plan.
Mais ici, comme dans la vie en général, tout se passe en son temps. Et l'apôtre propose de ne pas précipiter les choses: car, pour celui, qui n'est pas encore prêt à se séparer de l'enveloppe religieuse habituelle, sa destruction violente peut se tourner en une crise spirituelle sérieuse. Et l'apôtre propose de ne pas risquer, mais de laisser chacun spirituellement grandir jusqu'à cette étape, lorsque la séparation avec sa propre forme religieuse deviendra pour lui organique.
1 c) Paul ne traite pas du mariage et de la virginité en général, mais répond, et sans doute point par point, aux questions qui lui sont posées. Il traite successivement des personnes mariées (le couple chrétien, vv. 1-11, le mariage entre chrétien et païen, vv. 12-16) et des personnes non mariées (les vierges, vv. 25-35 ; les fiancés, vv. 36-38, les veuves, vv. 39-40). Le principe général de solution aux problèmes posés est développé aux vv. 17, 20, 24 Que chacun demeure dans la condition où il se trouvait quand il a été appelé. Mais le plan n’est pas rigoureux la virginité est souvent évoquée à propos du mariage et inversement. Paul suggère ainsi la complémentarité de ces deux états qui ne peuvent se comprendre l’un sans l’autre.
1 d) Paul cite une phrase de la lettre des Corinthiens. En dépit de son accord sur le principe, v. 7, il refuse toute application doctrinaire.
2 e) Invitation aux gens mariés à user du mariage, plutôt que conseil adressé à ceux qui n’ont pas reçu la vocation du célibat.
4 f) Tout usage égoïste du mariage est exclu, c’est le don de soi qui est exigé. En Ep 5.25, c’est l’exemple du Christ dans son sacrifice qui est proposé aux époux.
6 g) La concession porte sur les moments d’abstinence dans le mariage.
7 h) Pour Paul, la virginité ne se distingue pas du mariage en ce qu’elle est un don spécial de Dieu, car tous deux sont des dons de Dieu.
8 i) Littéralement « non mariés ». Paul range dans cette catégorie tous ceux qui sont sans conjoint, y compris les époux séparés, cf. v. 11 où l’on a le même mot.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.