En réfléchissant au mariage et au célibat, Paul avait sans aucun doute en vue des situations où le mariage ne s’était pas encore formé ou avait cessé d’exister (en règle générale, à la suite de la mort d’un des conjoints) (v. 7-8). D’après le sens des paroles de l’apôtre, il n’avait, selon toute apparence, soit pas encore eu le temps de se marier au moment du début de son ministère apostolique (ce qui est plus vraisemblable), soit déjà eu le temps de devenir veuf. Peut-être, en le voyant, certains ont-ils commencé à penser (comme beaucoup de chrétiens le pensèrent plus tard) que le célibat est préférable au mariage pour la vie spirituelle du chrétien.
Mais l’apôtre lui-même, manifestement, ne le pense pas. Au contraire, il considère que pour la plupart des gens, l’option optimale est précisément une vie familiale ordonnée (v. 2-5). D’un autre côté, Paul, on le voit, ne décide rien d’avance à cet égard lorsqu’il s’agit d’une personne concrète dans toute son unicité. Il comprend parfaitement qu’il existe des exceptions à toute règle et que, si celui qui cherche le Royaume est fermement convaincu qu’il est précisément une telle exception, la voie du célibat ne lui est évidemment pas fermée (v. 1, 6-7). L’apôtre appelle seulement à ne pas considérer le veuvage (ou, plus largement, l’impossibilité du mariage) comme en soi un signe de vocation au célibat, comme cela arriva souvent dans le milieu chrétien au Moyen Âge (v. 8-9).
On voit qu’il comprend parfaitement que le véritable célibat est un choix spirituel, et non un état subi. Et son sens n’est pas de réduire au minimum possible toutes les manifestations de la vie corporelle, comme cela était propre aux représentants de certaines écoles philosophiques et ascétiques du monde païen, qui agissaient ainsi par conviction profonde que la corporéité elle-même était la source du mal dont celui qui cherche la vérité devait se libérer.
Le sens du célibat du chrétien est inséparable de la vie dans le Royaume et de la recherche de sa plénitude. Car après la chute, la nature triomphe souvent dans la vie de l’homme sur l’esprit là où elle devrait lui être soumise, et cela concerne pleinement la sphère sexuelle. À la fin des temps, après la transfiguration complète de la nature humaine, les relations entre les hommes et les femmes doivent changer d’une manière telle qu’aujourd’hui nous ne pouvons même rien nous représenter de semblable. Elles ressemblent si peu aux formes de conjugalité qui nous sont familières aujourd’hui que le Sauveur refuse même de les appeler mariage, en disant que dans le Royaume « on ne prend ni femme ni mari ». Et lorsque celui qui cherche la plénitude du Royaume choisit le célibat, il ne renonce pas au mariage en général ; il reporte plutôt son choix jusqu’au moment du triomphe du Royaume dans toute sa plénitude. Jusqu’au temps où deviendra possible le déploiement des relations conjugales dans toute leur profondeur, libre de l’influence du mal et du péché dans lesquels gît notre monde encore non transfiguré.
