Tout ouvrier mérite son salaire. Jacob aussi le méritait, mais sa situation dans la maison de son beau-père était telle qu'il pouvait à peine insister fermement sur quoi que ce soit. Il ne pouvait que demander et négocier. Et espérer l'intervention de Dieu. Toute cette situation était en général la continuation de la pédagogie de Dieu. Jacob voulait être un chef, comme il le pensait lui-même, le chef de sa tribu. Mais Dieu voulait voir en lui non le chef d'une tribu, mais celui de Son peuple.
Il fallait d'abord apprendre à s'en remettre entièrement à Dieu, alors que Jacob, depuis l'enfance, était quelque peu sûr de lui. Le problème principal était qu'il avait l'habitude de compter sur ses propres forces. Il avait l'habitude de tout obtenir par lui-même, pas toujours sans l'aide des autres, mais toujours de sa propre initiative. Jacob avait son propre plan pour sa vie, et il voulait le réaliser.
En ce sens, il est tout à fait moderne: de nos jours, précisément une telle planification de sa propre vie est généralement considérée comme optimale pour résoudre n'importe quelle tâche. Elle l'est en partie, mais avec une correction essentielle: les plans doivent être ceux de Dieu, non ceux des hommes, et leur réalisation doit être d'abord l'oeuvre de Dieu. Il en fut ainsi de la rémunération de Jacob pour son travail de berger. Jacob, manifestement pas de sa propre initiative, refuse un salaire fixe et accepte une certaine part de la portée, dont on ne pouvait savoir d'avance si elle serait grande ou non.
Il y avait là précisément l'incertitude totale, que Jacob n'aimait pas. Ce n'était donc pas son initiative, mais celle de Dieu. Jacob l'accepte: décision sérieuse, non seulement parce qu'il ne peut plus être sûr de rien, pas même de recevoir une quelconque rémunération pour son travail, mais aussi par le fait même de faire confiance à Dieu. Jacob remet ses affaires à Dieu: un pas très difficile, vu combien il n'aimait pas perdre le contrôle de la situation. Or Dieu enseigne justement cela à Jacob, car Il a besoin du chef de Son peuple. Un tel chef doit apprendre à «lâcher» la situation, à la remettre entre les mains de Dieu, tout en y restant présent et en agissant comme s'il dirigeait lui-même tout et orientait tout. Ainsi Dieu prépare Jacob à l'accomplissement de sa mission, cette mission dont Jacob rêvait sans bien se représenter au début ce qu'il voulait ni vers quoi il tendait.
