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La Bible en cinq ans pour le 31 janvier 2025

La Bible de Jérusalem (fr)

Job, Chapitre 16

II. Dialogue> 1 De l’injustice des hommes à la justice de Dieu.
1 Job prit la parole et dit :
2 Que de fois ai-je entendu de tels propos,
et quels pénibles consolateurs vous faites !
3 « Y aura-t-il une fin à ces paroles en l’air ? »
Ou encore : « Quel mal te pousse à te défendre ? »
4 Oh ! moi aussi, je saurais parler comme vous,
si vous étiez à ma place ;
je pourrais vous accabler de discours
en hochant la tête sur vous,
5 vous réconforter en paroles,
puis cesser d’agiter les lèvres.
6 Mais quand je parle, ma souffrance ne cesse pas,
si je me tais, en quoi disparaît-elle ?
7 Et maintenant elle me pousse à bout ;
tu as frappé d’horreur tout mon entourage
8 et il me presse,
mon calomniateur s’est fait mon témoin,
il se dresse contre moi, il m’accuse en face ;
9 sa colère déchire et me poursuit,
en montrant des dents grinçantes.
Mes adversaires aiguisent sur moi leurs regards,
10 ouvrent une bouche menaçante.
Leurs railleries m’atteignent comme des soufflets ;
ensemble ils s’ameutent contre moi.
11 Oui, Dieu m’a livré à des injustes,
entre les mains des méchants, il m’a jeté.
12 Je vivais tranquille quand il m’a fait chanceler,
saisi par la nuque pour me briser.
Il a fait de moi sa cible :
13 il me cerne de ses traits,
transperce mes reins sans pitié
et répand à terre mon fiel.
14 Il ouvre en moi brèche sur brèche,
fonce sur moi tel un guerrier.
15 J’ai cousu un sac sur ma peau,
jeté mon front dans la poussière.
16 Mon visage est rougi par les larmes
et l’ombre couvre mes paupières.
17 Pourtant, point de violence dans mes mains,
et ma prière est pure.
18 Ô terre, ne couvre point mon sang,
et que mon cri monte sans arrêt.
19 Dès maintenant, j’ai dans les cieux un témoin,
là-haut se tient mon défenseur.
20 Interprète de mes pensées auprès de Dieu,
devant qui coulent mes larmes,
21 qu’il plaide la cause d’un homme aux prises avec Dieu,
comme un mortel défend son semblable.
22 Car mes années de vie sont comptées,
et je m’en vais par le chemin sans retour.

Job, Chapitre 17

II. Dialogue> 1 De l’injustice des hommes à la justice de Dieu.
1 Mon souffle en moi s’épuise
et les fossoyeurs pour moi s’assemblent.
2 Je n’ai pour compagnons que des railleurs,
dont la dureté obsède mes veilles.
3 Place donc toi-même ma caution près de toi,
car lequel voudrait toper dans ma main ?
4 Tu as fermé leur cœur à la raison,
aussi tu ne les laisseras pas triompher.
5 Tel celui qui invite des amis à un partage,
quand les yeux de ses fils languissent,
6 je suis devenu la fable des gens,
quelqu’un à qui l’on crache au visage.
7 Mes yeux s’éteignent de chagrin,
tous mes membres sont comme l’ombre.
8 À cette vue, les hommes droits restent stupéfaits,
l’innocent s’indigne contre l’impie ;
9 le juste s’affermit dans ses voies,
l’homme aux mains pures redouble d’énergie.
10 Allons, vous tous, revenez à la charge,
et je ne trouverai pas un sage parmi vous !
11 Mes jours ont fui, avec mes projets,
et les fibres de mon cœur sont rompues.
12 On veut faire de la nuit le jour ;
la lumière serait plus proche que les ténèbres.
13 Or mon espoir, c’est d’habiter le shéol,
d’étendre ma couche dans les ténèbres.
14 Je crie au sépulcre : « Tu es mon père ! »
à la vermine : « C’est toi ma mère et ma sœur ! »
15 Où donc est-elle, mon espérance ?
Et mon bonheur, qui l’aperçoit ?
16 Vont-ils descendre à mes côtés au shéol,
sombrer de même dans ma poussière ?
Lire la suite:Job, Chapitre 18
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

16:4 g) « accabler » ’akbîdah conj. ; « disposer » ’ahbîrah hébr.


16:4 h) Geste, soit de condoléance, soit de mépris ou de moquerie.


16:6 i) À la différence de ses consolateurs qui ne s’intéressent à son cas qu’en paroles, Job souffre sans répit, qu’il parle ou qu’il se taise. Il justifie ainsi le ton de ses propos, cf. Job 6.26, contre Éliphaz, cf. Job 15.5-6.


16:8 j) « mon calomniateur », litt. « mon menteur », kehashî conj. ; « ma maigreur » kahashî hébr. — Les vv. 7-8 sont très difficiles ; la traduction suit de près le TM (sauf la corr. signalée), mais celui-ci est peut-être corrompu.


16:11 k) « des injustes », litt. « un injuste » (collectif), versions ; « un gamin » hébr.


16:18 l) Le sang crie vengeance vers Dieu tant qu’il n’a pas été recouvert par la poussière du sol, Gn 4.10 ; 37.26 ; Isa 26.21 ; Ez 24.8. Job blessé à mort veut que subsiste un appel permanent à la vengeance de sa cause, cf. Ps 5.11, son sang sur la terre et près de Dieu le cri de sa prière. Celle-ci est personnifiée et, à ce titre, peut devenir auprès de Dieu « le témoin » et le « défenseur » de Job, v. 19. Mais on peut aussi appliquer ces termes à Dieu lui-même, le Dieu de fidélité et de bonté à qui Job en appellerait dans un sursaut d’espérance. On peut encore penser qu’il s’agit d’un médiateur de Job. Le contexte semble plutôt en faveur de la première interprétation.


16:20 m) « interprète » melîç conj. ; « mes interprètes » ou « mes moqueurs » melîcay. hébr. — « devant qui » d’après grec ; omis par hébr.


16:22 n) Job espère-t-il être justifié avant sa mort et souhaite-t-il que Dieu entende son cri, car il est temps ? Ou bien repousse-t-il cette issue comme illusoire et n’attend-il plus que sa fin prochaine ?


17:1 o) « en moi » `immî conj. ; « mes jours » yamay hébr. — « les fossoyeurs » qoberim conj. « les tombes » qebarim hébr. — « s’assemblent », niz`aqû conj. ; « s’éteignent » niz`akû hébr. L’hébr. pourrait se comprendre litt. « mon souffle s’épuise, mes jours s’éteignent, pour moi les tombes ».


17:3 p) Usage juridique. Par ce geste, cf. Pr 6.1 ; 17.18 ; 22.26 ; Si 29.14-20, le garant se substituait à l’homme endetté pour arrêter la saisie, et déposait une caution. Devant l’indifférence de ses amis, Job semble demander à Dieu de se faire lui-même son garant.


17:4 q) Le verbe hébr. a ici une forme contractée (teromem pour teromemem).


17:6 r) « la fable » versions ; « pour dominer » hébr. (vocalisation fautive).


17:8 s) Expression biblique du saisissement que provoque le châtiment divin des coupables chez ceux qui en sont témoins. Ainsi les amis de Job à la vue de ses maux, ils s’édifient sur la justice de Dieu, selon les idées reçues, Job raille cette sagesse et cette piété convenues.


17:11 t) « avec mes projets » conj. ; l’hébr. fait de « projets » le sujet du verbe suivant.


17:15 u) « mon bonheur » grec ; hébr. répète « mon espérance ».


17:16 v) « à mes côtés » grec ; « aux verrous (du shéol) » hébr. — « sombrer » grec ; « le repos » hébr. (simple corr. vocalique).


Le chef-d’œuvre littéraire du mouvement de Sagesse est le livre de Job. Il commence par un récit en prose. Il y avait une fois un grand serviteur de Dieu, nommé Job, qui vivait riche et heureux. Dieu permit à Satan de l’éprouver pour voir s’il resterait fidèle dans l’infortune. Frappé d’abord dans ses biens et ses enfants, Job accepte que Dieu reprenne ce qu’il lui avait donné. Atteint dans sa chair par une maladie répugnante et douloureuse, Job reste soumis et repousse sa femme qui lui conseille de maudire Dieu. Alors, trois de ses amis, Éliphaz, Bildad et Çophar, viennent pour le plaindre, 1-2. Après ce prologue s’ouvre un grand dialogue poétique, qui forme le corps du livre. C’est d’abord une conversation à quatre : en trois cycles de discours, 3-14, 15-21, 22-27, Job et ses amis confrontent leurs conceptions de la justice divine ; les idées progressent d’une marche assez libre, plutôt par un renforcement de lumière sur des principes posés dès le début. Éliphaz parle avec la modération de l’âge et aussi avec la sévérité que peut donner une longue expérience des hommes, Çophar suit les emportements de la jeunesse, Bildad est un sentencieux qui se tient dans une gamme moyenne. Mais tous trois, ils défendent la thèse traditionnelle des rétributions terrestres : si Job souffre, c’est qu’il a péché, il peut paraître juste à ses propres yeux mais il ne l’est pas aux yeux de Dieu. Devant les protestations d’innocence de Job, ils ne font que durcir leur position. À ces considérations théoriques, Job oppose son expérience douloureuse et les injustices qui remplissent le monde. Il y revient sans cesse, et sans cesse se heurte au mystère d’un Dieu juste qui afflige le juste. Il n’avance pas, il se débat dans la nuit. Dans son désarroi moral, il a des cris de révolte et des paroles de soumission, comme il a des crises et des répits dans sa souffrance physique. Ce mouvement alterné atteint deux sommets : l’acte de foi du chap. 19 et la protestation finale d’innocence du chap. 31. C’est alors qu’intervient un nouveau personnage, Élihu, qui donne tort à la fois à Job et à ses amis et, avec une éloquence verbeuse, 32-37, essaye de justifier la conduite de Dieu. Il est interrompu par Yahvé lui-même qui, « du sein de la tempête », c’est-à-dire dans le cadre des antiques théophanies, répond à Job. Ou plutôt il refuse de répondre, car l’homme n’a pas le droit de mettre en jugement Dieu, qui est infiniment sage et tout-puissant, et Job reconnaît qu’il a parlé sans intelligence, Job 38.1-42.6.

Un épilogue en prose conclut le livre : Yahvé blâme les trois interlocuteurs de Job et rend à celui-ci des fils et des filles et le double de ses biens, Job 42.7-17.

Le personnage principal de ce drame, Job, est un héros des anciens temps, Ez 14.14, 20, qui est censé vivre à l’époque patriarcale, aux confins de l’Arabie et du pays d’Édom, dans une région dont les sages étaient célèbres, Jr 49.7 ; Ba 3.22-23 ; Ab 8, et d’où viennent aussi ses trois amis. La tradition le tenait pour un grand juste, cf. Ez 14, qui était resté fidèle à Dieu dans une épreuve exceptionnelle. L’auteur s’est servi de cette vieille histoire pour encadrer son livre et, malgré les différences de style et de ton, le dialogue poétique n’a pas pu exister sans le prologue et l’épilogue en prose.

Dans le dialogue lui-même, on a contesté l’authenticité de certains passages. Le poème sur la Sagesse, 28, ne peut pas être mis dans la bouche de Job : il contient une notion de la sagesse qui n’est pas celle de Job ni de ses amis ; en revanche, il a des affinités avec le discours de Yahvé, 38-39. Mais c’est une œuvre qui provient du même milieu, et qui a été composée en marge du livre ; on ne saurait dire pourquoi elle a été insérée précisément à cet endroit, où elle n’a pas de lien avec le contexte. On a douté aussi que les discours de Yahvé, 38-41, appartinssent au poème primitif, mais on méconnaît ainsi le sens du livre : précisément parce qu’ils ne tiennent pas compte de la discussion qui a précédé ni du cas particulier de Job, parce qu’ils transportent le débat du plan humain au plan purement divin, ces discours donnent au problème la seule solution qu’entrevoyait l’auteur : celle du mystère des actions de Dieu. À l’intérieur de cette section, certains voudraient au moins retrancher le passage sur l’autruche, 39.13-18, et les longues descriptions de Béhémoth et de Léviathan, 40.15-41.26. Si l’on supprime ces descriptions de deux animaux exotiques, il ne reste à peu près rien du second discours de Yahvé : il n’y aurait eu d’abord qu’un seul discours qui aurait été augmenté et divisé en deux par une première et brève réponse de Job, Job 41.3-5. L’hypothèse est attrayante, mais il n’y a aucun argument décisif en sa faveur, et l’affaire est d’une importance secondaire. Il y a enfin dans le troisième cycle de discours, 24-27, un désordre certain qui peut s’expliquer par des accidents de la tradition manuscrite ou par des remaniements rédactionnels.

L’authenticité des discours d’Élihu, 32-37, est plus sérieusement contestable. Le personnage intervient subitement, sans avoir été annoncé, et Yahvé, qui l’interrompt, ne tient pas compte de lui. Cela est d’autant plus étrange qu’Élihu a anticipé sur les discours de Yahvé ; il donne même l’impression de vouloir les compléter. D’autre part, il répète, sans utilité, ce qu’ont dit les trois amis. Enfin, le vocabulaire et le style sont différents et les aramaïsmes sont beaucoup plus fréquents qu’ailleurs. Il semble donc que ces chapitres aient été ajoutés au livre, et par un autre auteur. Mais ils apportent eux aussi leur contribution doctrinale.

L’auteur de Job ne nous est connu que par le chef-d’œuvre qu’il a composé. On y reconnaît qu’il était certainement un Israélite, nourri des œuvres des prophètes et des enseignements des sages. Il habitait probablement la Palestine, mais il a dû voyager ou séjourner à l’étranger, particulièrement en Égypte. Sur la date où il vécut, nous ne pouvons faire que des hypothèses. Le ton patriarcal du récit en prose fit croire aux Anciens que le livre était, comme la Genèse, l’œuvre de Moïse. Mais l’argument ne vaudrait, en tout état de cause, que pour le cadre du poème, et ce coloris s’explique assez comme un héritage de la tradition ou comme un pastiche littéraire. Le livre est postérieur à Jérémie et à Ézéchiel, avec lesquels il a des contacts d’expression et de pensée, et sa langue est fortement teintée d’aramaïsmes. Cela nous reporte après l’Exil, à un moment où l’obsession du sort de la nation fait place au souci des destinées individuelles. La date la plus indiquée, mais sans raisons décisives, est le début du Ve siècle avant notre ère.

L’auteur envisage le cas d’un juste souffrant. Pour la doctrine courante des rétributions terrestres, un tel cas serait un paradoxe irréel : l’homme reçoit ici-bas la récompense ou le châtiment de ses actions. Sur le plan collectif, la règle est posée clairement par les grands textes de Dt 28 et Lv 26 ; le livre des Juges et ceux des Rois montrent comment le principe s’applique dans le déroulement de l’histoire, et la prédication prophétique le suppose constamment. La notion de la responsabilité individuelle, latente déjà et parfois exprimée, Dt 24.16 ; Jr 31.29-30 ; 2 R 14.6, est exposée nettement par Ez 18. Mais Ézéchiel s’en tient lui-même aux rétributions terrestres et, par là, il encourt le démenti flagrant des faits. Dans une perspective de solidarité, on peut accepter que, les péchés de la collectivité l’emportant, les justes soient punis avec les méchants. Mais si chacun doit être traité selon ses œuvres, comment un juste peut-il souffrir ? Or il y a des justes qui souffrent, et cruellement, témoin Job. Le lecteur sait, par le prologue, que ses maux viennent de Satan et non de Dieu, et qu’ils sont une épreuve de sa fidélité. Mais Job ne le sait pas, ni ses amis. Ceux-ci donnent les réponses traditionnelles : le bonheur des méchants est de courte durée, cf. Ps 37 et 73, le malheur du juste éprouve sa vertu, cf. Gn 22.12, ou bien la peine châtie des fautes commises par ignorance ou par faiblesse, cf. Ps 19.13 ; 25.7. Cela, tant qu’ils croient à l’innocence relative de Job, mais les cris que lui arrache la douleur, ses emportements contre Dieu leur font admettre chez lui un état d’injustice beaucoup plus profond : les maux qu’endure Job ne peuvent s’expliquer que comme le châtiment de péchés graves. Les discours d’Élihu approfondissent ces solutions : si Dieu afflige ceux qui paraissent justes, c’est pour leur faire expier des péchés d’omission, ou des fautes d’inadvertance, ou bien – et c’est l’apport le plus original de ces chapitres – c’est pour prévenir des fautes plus graves et guérir de l’orgueil. Mais Élihu maintient, comme les trois amis bien qu’avec moins de dureté, la liaison entre la souffrance et le péché personnel.

Contre cette corrélation rigoureuse, Job s’élève avec toute la force de son innocence. Il ne nie pas les rétributions terrestres, il les attend, et Dieu les lui accordera finalement dans l’épilogue. Mais c’est pour lui un scandale qu’elles lui soient refusées présentement et il cherche en vain le sens de son épreuve. Il lutte désespérément pour retrouver Dieu qui se dérobe et qu’il persiste à croire bon. Et lorsque Dieu intervient, c’est pour dévoiler la transcendance de son être et de ses desseins et réduire Job au silence. Telle est la leçon religieuse du livre : l’homme doit persister dans la foi alors même que son esprit ne reçoit pas d’apaisement. À cette étape de la Révélation, l’auteur du livre de Job ne pouvait pas aller plus loin. Pour éclairer le mystère de la douleur innocente, il fallait attendre d’avoir l’assurance des sanctions d’outre-tombe et de connaître la valeur de la souffrance des hommes unie à la souffrance du Christ. À la question angoissée de Job répondront deux textes de saint Paul : « Les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous », Rm 8.18, et : « Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps qui est l’Église », Col 1.24.

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