Passant du thème du Messie Grand Prêtre au thème de l'ancienne et de la nouvelle alliance, l'auteur de la lettre cite, assez librement d'ailleurs, les paroles bien connues de Jérémie sur la nouvelle alliance messianique qui, selon le prophète, devait remplacer l'alliance conclue au Sinaï au temps de Moïse (v. 8-12; cf. Jr 31:31-33). L'auteur de la lettre parle alors de l'incomplétude, de l'«insuffisance», de l'ancienne alliance, qui a rendu nécessaire son renouvellement avec la venue du Messie (v. 7). Bien sûr, l'incomplétude en soi ne dévalorise pas une alliance conclue une fois pour toutes, mais elle exige un développement ultérieur, un approfondissement de la relation avec Dieu, sans lequel l'ancienne alliance se désagrège en perdant son sens.
Jérémie attire à juste titre l'attention sur le fait que l'ancienne alliance, conclue au Sinaï, a été violée par les descendants de ceux qui avaient juré de l'observer, et que la nouvelle, qui la remplace, doit non seulement restaurer les relations détruites du peuple avec Dieu, mais aussi les approfondir en leur donnant une qualité nouvelle. Si cela n'arrive pas, l'ancienne alliance elle-même ne tiendra pas: par elle-même elle est condamnée (v. 13). Ici, l'auteur de la lettre exprime l'essence de la nature du Royaume: il n'est jamais statique; son existence même est dynamique, développement, expansion. Et il considère l'alliance avant tout dans le contexte de l'histoire du Royaume, ou de sa préhistoire si l'on pense à la période préchrétienne. Toute l'histoire des relations de Dieu avec son peuple, comme avec ses représentants particuliers, supposait un chemin vers le Royaume. Avec la venue du Messie s'est achevée une étape très importante et très longue de ce chemin, que l'on pourrait considérer comme préparatoire, commencée au Sinaï le jour de la conclusion de l'alliance et du don de la Torah.
Mais la venue du Messie signifiait en même temps le début d'une nouvelle étape, qui supposait la participation des chercheurs à la vie du Royaume et le déploiement du Royaume dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore transfiguré. L'alliance elle-même n'a de sens que dans le contexte de ce processus spirituel, qui ne suppose aucun arrêt: l'approche du Royaume et son déploiement dans notre monde encore non pleinement transfiguré sont un processus continu. S'arrêter signifie tomber hors de ce processus, cesser d'en faire partie, et alors aucune alliance conclue auparavant ne sauvera. Le Royaume est vie, vie dans toute sa plénitude, qui ne peut s'arrêter à mi-chemin. Pas plus que ne peut s'arrêter à mi-chemin celui qui cherche le Royaume.
