L'homme déchu a tendance à espérer dans la force magique de la parole. Dès l'Antiquité préhistorique, en prononçant une parole, en nommant quelque chose, l'homme était convaincu qu'il pouvait agir sur ce qu'il nommait. Par la suite, il a transféré cette attitude aux hommes et aux dieux. On considérait que par la parole on pouvait contraindre non seulement un homme, mais même un dieu ou un esprit, à faire ce dont celui qui prononçait cette parole avait besoin. On pouvait jeter un sort aux dieux et aux esprits, en les obligeant à servir l'homme.
Bien sûr, le yahvisme, tout comme plus tard le judaïsme, a toujours eu une attitude nettement négative envers la magie et toutes les pratiques magiques, y compris les incantations. Mais dans les profondeurs du subconscient, même chez les personnes religieuses, continuait à vivre la conviction de la force magique de la parole. Et si, dans l'Antiquité païenne, elle a engendré la pratique magique des incantations, dans la vie yahviste, de même d'ailleurs que dans la vie juive puis chrétienne, elle a engendré la pratique des serments sacrés solennels et des déclarations doctrinales. Proclame publiquement et solennellement le symbole de Nicée, et tu es « orthodoxe ». Jure tout aussi publiquement et solennellement fidélité éternelle à Jésus, et tu es « chrétien ». Et si les serments se répètent encore et encore, si la déclaration de sa « foi » devient une profession, il ne reste plus aucun doute: Dieu ne peut quand même pas laisser sans attention une telle activité, le Sauveur ne se détournera quand même pas de ceux qui ont prononcé tant de paroles, peut-être même très justes, pour sa défense!
Mais voici qu'il apparaît qu'il peut les laisser sans attention. Il peut aussi se détourner. Car Jésus n'a pas besoin d'avocats ni d'orateurs brillants qui jouent avec les mots; il a besoin de témoins du Royaume, et c'est tout autre chose.
