Une peur indicible s'insinue quand on pense à ce texte tout en le projetant sur...
Une peur indicible s'insinue quand on pense à ce texte tout en le projetant sur la situation actuelle du monde. «Mais Il dit: Malheur à vous aussi, docteurs de la loi, parce que vous chargez les hommes de fardeaux difficiles à porter, et que vous-mêmes vous ne touchez pas ces fardeaux d'un seul de vos doigts». Il ne s'agit même pas du fait que certains de nos pères spirituels nous obligent à jeûner trop durement, ou nous imposent des pénitences trop sévères. Il semble que tout cela ne soit justement pas le signe de notre époque. Peut-être existe-t-il quelque part des prêtres stricts sans mesure... Mais, dans l'ensemble, ce n'est pas du tout l'esprit de notre temps. Tout prêtre normal comprend que le simple fait d'être un chrétien ordinaire et honnête, sur fond de notre siècle devenu fou, corrompu et terrifiant, est déjà une tâche bien lourde; que dire alors des exploits ascétiques chez les laïcs...
Mais il semble que ce ne soit que le sens le plus direct de la lecture d'aujourd'hui, et qu'elle contienne aussi des couches de sens plus profondes. Aujourd'hui, ces paroles du Seigneur rappellent à notre mémoire d'autres paroles. «Ils vous excluront des synagogues; et même l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu» (Jn 16:2). Aujourd'hui, ces deux textes sont très proches.
Pourquoi pensera-t-il ainsi, qu'il rend un culte à Dieu? Pourquoi certains «musulmans» pensent-ils qu'en tuant des chrétiens ils rendent un culte à Allah? Pourquoi certains «chrétiens» pensent-ils qu'en larguant des bombes sur les habitants pacifiques d'Irak, sur des enfants et des femmes, ils accomplissent une oeuvre agréable à Dieu, bonne, juste et droite? Pourquoi?
Or la réponse à cette question, aussi étrange que cela paraisse, se trouve précisément dans les paroles que Jésus prononce aujourd'hui. Nous obéissons aux «docteurs de la loi»; ils nous gouvernent comme des ânes sur lesquels on charge un fardeau, et nous leur obéissons. Nous avons même de tels mots: «leader spirituel». Mais il me semble que c'est une sorte d'oxymore, un délire, une expression impossible. En principe, une notion comme leader spirituel ne peut pas exister. Dans l'esprit, seul l'Esprit peut nous gouverner; tout le reste n'est pas de l'esprit, mais simplement du crime, une affaire passible de jugement. Pourtant il faut se tendre, travailler, lire, réfléchir, prier. Alors qu'ici tout est simple: le mollah a dit qu'il est écrit dans le Coran: si tu rencontres un infidèle, frappe-le au cou avec l'épée (sourate 47, «Muhammad»), donc tuez les chrétiens. Et il s'avère qu'en réalité il s'agit de tout autre chose, qu'il est question ici d'une bataille; mais pour le comprendre il faut approfondir, regarder diverses traductions, avoir une vision d'ensemble et une communion vivante avec Dieu. Et les chrétiens entendent que leurs enfants sont tués aux cris de «Allah akbar», et ils se mettent à haïr, voire se conduisent de telle façon que le seul mot qu'un croyant puisse employer à leur sujet est «infidèle». Et ils oublient que le Christ enseigne l'amour, non la haine; ils l'oublient parce qu'ils ne se tournent pas vers le Christ, mais vers des présidents qui se disent croyants, vers des leaders, en un mot vers les «docteurs de la loi».
On a envie de dire: gens, regardez de plus près les paroles que le Seigneur prononce aujourd'hui: «vous chargez les hommes de fardeaux difficiles à porter, et vous-mêmes vous ne touchez pas ces fardeaux d'un seul doigt». Sommes-nous des ânes, pour qu'on nous charge ainsi?! Malheur à eux, certes, mais nous, nous ne devons pas tendre le dos...