En poursuivant son discours, Job se souvient de la vie juste qu’il menait auparavant (v. 2 – 25). À première vue, on pourrait croire qu’il ne fait que se louer lui-même, en exhibant sa justice. Mais il ne s’agit pas d’autoglorification, ni même du contraste entre cette vie passée et la situation dans laquelle Job s’est trouvé après les malheurs permis par Dieu. En énumérant les bonnes oeuvres qu’il a accomplies, Job donne à Dieu une sorte de rapport, comme s’il faisait le bilan de sa vie passée. Il ne peut pas ne pas comprendre que cette vie passée, correcte, vertueuse et pieuse, est terminée. En faisant ce bilan, Job semble dire à Dieu : j’ai fait tout ce que pouvait et devait faire un juste qui te suit. J’ai accompli tout ce qui est possible à l’homme ; je n’ai rien à me reprocher, personne ne dira rien de mauvais de moi. Non seulement je n’ai fait de mal à personne, mais j’ai fait le bien en pleine mesure, autant que mes forces et les circonstances me le permettaient. On voit que Job est parfaitement sincère dans ses paroles. Ce n’est pas de la vantardise ; c’est une préparation au jugement, au procès avec Dieu dont Job lui-même a parlé plus d’une fois.
On pourrait dire qu’en énumérant tout ce qu’il a fait dans sa vie passée, Job présente son affaire au jugement, ce dossier qui contient tous les éléments le concernant et attestant la justice du plaignant. Une telle position n’a rien d’étonnant : ni avant ni après l’exil, les justes ne jugeaient nécessaire de cacher leur justice ni d’en avoir honte. Certes, étaler sa justice, comme le faisait le pharisien de l’Évangile, était considéré comme peu convenable pour un véritable juste. Mais si l’on en est venu au jugement, le juste n’a rien à cacher ; il ne portera pas de faux témoignage contre lui-même en se disant pécheur là où il ne voit pas de péché. Job aussi présente à Dieu les arguments de sa justice. Il en a d’autant plus le droit moral qu’il s’agit non de paroles, mais d’actes, et de tels actes pour lesquels beaucoup de ceux qu’il a aidés auraient pu le remercier. Ne pas le dire devant la face de Dieu, ne pas répondre aux accusations d’impiété qui viennent d’être formulées, aurait signifié consentir à ces accusations. Mais Job ne consent pas au mensonge ; il considère ses actes comme ceux d’un juste, et il le dit directement à Dieu.
