La parabole des mines est généralement perçue par la plupart des chrétiens comme la parabole des mines : peut-être, bien sûr, non pas comme une parabole sur l'argent au sens propre, mais certainement comme une parabole sur les dons donnés par Dieu à l'homme. Sur le fait que les talents donnés par Dieu ne doivent pas rester sans développement : car au jour du Jugement il faudra...
La parabole des mines est généralement perçue par la plupart des chrétiens comme la parabole des mines : peut-être, bien sûr, non pas comme une parabole sur l'argent au sens propre, mais certainement comme une parabole sur les dons donnés par Dieu à l'homme. Sur le fait que les talents donnés par Dieu ne doivent pas rester sans développement : car au jour du Jugement il faudra Lui rendre tout avec profit. Mais ce n'est qu'un côté, extérieur, de la situation décrite par la parabole. Elle contient aussi une couche de sens plus profonde. Et ce n'est pas un hasard si le Sauveur utilise comme image centrale de Sa parabole précisément de l'argent remis à différentes personnes pour qu'elles le mettent en circulation. Tout le monde sait que l'argent doit travailler. Il doit être en circulation. En mouvement constant. Sinon, d'une manière ou d'une autre, il se déprécie.
La valeur de l'argent est soutenue par la dynamique de sa circulation. Et c'est précisément en cela que, si paradoxal que cela paraisse, il ressemble le plus à ce souffle du Royaume que nous appelons la grâce. Ce qu'ils ont en commun ici, c'est justement la dynamique. Comme l'argent ne peut fonctionner normalement qu'en étant en circulation, de même le souffle du Royaume, la grâce, ne peut exister que dans une dynamique constante. L'homme reçoit gratuitement de Dieu ce souffle, mais son existence ultérieure est déterminée autant par Dieu que par l'homme. C'est compréhensible : le souffle est justement un processus, il ne peut se limiter à une seule inspiration et expiration. Et maintenir ce processus sans la participation de l'homme est impossible.
Or la vie spirituelle de l'homme dépend de l'intensité de ce processus. Ou plutôt, c'est ce processus lui-même qui est la vie spirituelle. Et la participation de l'homme à ce processus transforme peu à peu celui qui y participe en porteur du souffle du Royaume, transforme son cœur en un vase capable de contenir ce souffle. Et elle détermine avec quoi l'homme viendra à Dieu au jour du Jugement.
Il n'est pas étonnant que celui qui a rendu au maître toute la somme sans profit ait perdu ce qui lui avait été donné. Car il n'a pas changé. Il est resté le même. Dans ce souffle du Royaume qui respirait en lui, il n'y avait aucun mérite de sa part : il l'avait reçu gratuitement. Et il n'a rien fait pour qu'il le touche lui-même ne serait-ce qu'un peu. Pour qu'il transforme d'une manière ou d'une autre sa propre vie. À la fin du chemin, cet homme est resté tel qu'il était au commencement. Et il est resté sans rien. Conclusion triste, mais logique.
8 a) La loi juive, Ex 21.37, ne prévoyait que pour un cas la restitution au quadruple ; la loi romaine l’imposait pour tous les furta manifesta. Zachée étend pour lui cette obligation à tous les torts qu’il aurait pu causer.
9 b) Malgré la profession méprisée qu’il exerce. Aucun état n’est incompatible avec le « salut », cf. 3.12-14. C’est la qualité de « fils d’Abraham » qui conférait aux Juifs tous leurs privilèges, cf. 3.8 ; Rm 4.11s ; Ga 3.7s.
11 c) Malgré les divergences considérables qui séparent la parabole des mines de celle des talents, Mt 25.14-30, la plupart des exégètes concluent à l’identité, chaque évangéliste ayant librement modifié et développé le thème initial. Il semble en outre qu’il faille distinguer dans Luc deux paraboles fondues en une seule, celle des mines, vv. 12-13, 15-26, et celle du prétendant à la royauté, vv. 12, 14, 17, 19, 27.
12 d) Allusion probable au voyage que fit Archélaüs à Rome en 4 av. J.-C., pour faire confirmer en sa faveur le testament d’Hérode le Grand. Des juifs l’y avaient suivi pour faire échouer sa démarche, cf. v. 14.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.