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La Bible en cinq ans pour le 9 août 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

Proverbes, Chapitre 24

17 III. Recueil des sages, 23 IV. Suite au recueil des Sages
1 Ne porte pas envie aux méchants,
ne souhaite pas leur compagnie,
2 car leur cœur ne songe qu’à la violence,
leurs lèvres n’expriment que malheur.
3 C’est par la sagesse qu’on bâtit une maison,
par l’intelligence qu’on l’affermit ;
4 par le savoir, on emplit ses greniers
de tous les biens précieux et désirables.
5 Un homme sage est plein de force,
l’homme de science affermit sa vigueur ;
6 car c’est par des calculs que tu feras la guerre,
et le succès tient au grand nombre des conseillers.
7 Pour le fou, la sagesse est une forteresse inaccessible :
à la porte de la ville, il n’ouvre pas la bouche.
8 Qui songe à mal faire,
on l’appelle un maître en astuce.
9 La folie ne rêve que péché,
le railleur est honni des hommes.
10 Si tu te laisses abattre au jour mauvais,
ta vigueur est peu de chose.
11 Délivre ceux qu’on envoie à la mort,
ceux qu’on traîne au supplice, puisses-tu les sauver !
12 Diras-tu : « Voilà ! nous ne savions pas » ?
Celui qui pèse les cœurs ne comprend-il pas ?
Alors qu’il sait, lui qui t’observe ;
c’est lui qui rendra à l’homme selon son œuvre.
13 Mange du miel, mon fils, car c’est bon,
un rayon de miel est doux à ton palais.
14 Ainsi sera, sache-le, la sagesse pour ton âme.
Si tu la trouves, il y aura un avenir
et ton espérance ne sera pas anéantie.
15 Ne t’embusque pas, méchant, près de la demeure du juste,
ne dévaste pas son habitation.
16 Car le juste tombe sept fois et se relève,
mais les méchants trébuchent dans l’adversité.
17 Si ton ennemi tombe, ne te réjouis pas,
que ton cœur n’exulte pas de ce qu’il trébuche,
18 de peur que, voyant cela, Yahvé ne soit mécontent
et qu’il ne détourne de lui sa colère.
19 Ne t’échauffe pas au sujet des méchants,
ne jalouse pas les impies.
20 Car pour le méchant, il n’est pas d’avenir :
la lampe des impies s’éteint.
21 Crains Yahvé, mon fils, et le roi ;
ne te lie pas avec les novateurs :
22 car tout soudain surgira leur malheur,
et la ruine de l’un et de l’autre, qui la connaît ?
23 Ceci est encore des Sages :Avoir égard aux personnes dans les jugements n’est pas bien.
24 Quiconque dit au méchant : « Tu es juste »,
les peuples le maudissent, les nations le honnissent ;
25 mais ceux qui punissent s’en trouvent bien,
sur eux viendra une heureuse bénédiction.
26 Il met un baiser sur les lèvres,
celui qui répond franchement.
27 Organise au-dehors ta besogne
et prépare-la aux champs ;
ensuite, tu bâtiras ta maison.
28 Ne témoigne pas à la légère contre ton prochain,
ne trompe pas par tes lèvres.
29 Ne dis pas : « Comme il m’a fait, je lui ferai !
à chacun je rendrai selon son œuvre ! »
30 Près du champ du paresseux j’ai passé,
près de la vigne de l’homme court de sens.
31 Or voici : tout était monté en orties,
le chardon en couvrait la surface,
le mur de pierres était écroulé.
32 Ayant vu, je réfléchis,
ayant regardé, je tirai cette leçon :
33 « Un peu dormir, un peu s’assoupir,
un peu croiser les bras en s’allongeant,
34 et, tel un rôdeur, viendra l’indigence
et la disette, comme un mendiant ! »
Lire la suite:Proverbes, Chapitre 25
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

7 n) Terme difficile. Selon d’autres « du corail », cf. Ez 27.16 ; Jb 28.18, chose rare et délicate que le fou ne saurait apprécier.


10 o) Littéralement « étroite », çar, jeu de mots avec « (le jour) mauvais », çarah.


11 p) V. diversement interprété ; il s’agit peut-être des innocents injustement condamnés.


12 q) Ou, avec grec « celui qui a façonné (yocer au lieu de nocer) ton âme ».


22 r) Après cette maxime, le grec ajoute cinq vv., qui semblent être le développement de 21-22 :
22a Un fils qui garde la parole échappera à la perdition,
car il la reçoit avec bienveillance (?).
22b Que rien de mensonger ne soit dit au roi,
et rien de mensonger ne sortira de sa bouche.
22c C’est une épée que la langue du roi, non un organe de chair :
quiconque y est livré est broyé.
22d Car si sa fureur s’enflamme,
il détruira les hommes avec leurs nerfs.
22e Il dévore les os des hommes,
il les brûle comme une flamme et les rend immangeables aux petits des aigles.
Le grec intercale ensuite 30.1-4.


23 s) La loi commande au juge de ne pas faire acception de personnes, Lv 19.15 ; Dt 1.17 ; 16.19. Les prophètes reviennent souvent, en des termes différents, sur ce devoir, Am 2.6 ; 5.7, 10 ; Isa 10.2 ; Mi 3.9, 11 ; Jr 5.28 ; Ez 22.12. Le Messie rendra cette justice impartiale, Isa 11.3-5 ; Jr 23.5-6 ; Ps 72.4, 12, 14, comme Dieu lui-même, cf. Ga 2.6.


28 t) Le grec interprète « Ne sois pas un témoin mensonger contre ton compatriote. »


34 u) « un rôdeur » kimhallek mss, Vulg., cf. 6.11 ; « se promenant » mithallek hébr. — « un mendiant » conj., cf. 6.11.


Le livre des Proverbes est le plus typique de la littérature sapientielle d’Israël. Il s’est formé autour de deux recueils : 10-22.16, intitulé « Proverbes de Salomon » (375 sentences), et 25-29, introduit par « Voici encore des proverbes de Salomon, que transcrivirent les gens d’Ézéchias » (128 sentences). À ces deux parties sont ajoutés des appendices : à la première, les « Paroles des sages », Pr 22.17-24.22, et « Ceci est encore des sages », Pr 24.23-34 ; à la seconde, les « Paroles d’Agur », Pr 30.1-14, suivies de proverbes numériques, Pr 30.15-33, et les « Paroles de Lemuel », Pr 31.1-9. Cet ensemble est précédé par une longue introduction, 1-9, où un père fait à son fils des recommandations de sagesse et où la Sagesse elle-même prend la parole. Le livre s’achève par un poème alphabétique, qui loue la femme parfaite, Pr 31.10-31.

L’ordre des sections est indifférent, il n’est pas le même dans la Bible grecque et, à l’intérieur de chacune, les maximes s’alignent sans aucun plan et avec des répétitions. Le livre est donc une collection de collections, encadrées par un prologue et un épilogue. Il reflète une évolution littéraire qui a été esquissée dans l’introduction générale aux livres sapientiaux. Les deux grands recueils représentent le mâshâl sous sa forme primitive et n’ont que de brèves sentences, généralement d’un seul distique. La formule devient déjà plus ample dans les appendices ; les petits poèmes numériques de Pr 30.15-33, cf. Pr 6.16-19, ajoutent à l’enseignement l’attrait d’une présentation énigmatique, déjà connue anciennement, cf. Am 1. Le prologue, 1-9, est une suite d’instructions, coupée par deux harangues de la Sagesse personnifiée, et l’épilogue, Pr 31.10-31, est une composition savante.

Cette évolution de la forme correspond à une succession dans le temps. Les parties les plus anciennes sont les deux grands recueils de 10-22 et 25-29. Ils sont attribués à Salomon, qui, d’après 1 R 5.12, « prononça trois mille sentences », et qui fut toujours considéré comme le plus grand sage d’Israël. En dehors de ce témoignage de la tradition, le ton des Proverbes est trop anonyme pour qu’on puisse rapporter sûrement au roi telle ou telle maxime particulière, mais il n’y a pas de raison de douter que l’ensemble ne remonte à son époque ; les maximes du second recueil étaient déjà anciennes lorsque les gens d’Ézéchias les recueillirent vers l’an 700. Formant le noyau du livre, ces deux collections lui ont donné son nom : il s’appelle tout entier « Proverbes de Salomon », 11. Mais les sous-titres des petites sections indiquent que ce titre général ne doit pas être pris à la lettre : il recouvre aussi l’œuvre de sages anonymes, Pr 22.17-24.34, et les paroles d’Agur et de Lemuel, Pr 30.1-31.8. Même si ces noms de deux sages arabes sont fictifs et n’appartiennent pas à des personnages réels, ils témoignent de l’estime qu’on faisait de la sagesse étrangère. Une preuve claire de cette estime est donnée par certaines « paroles des sages », Pr 22.17-23.11, qui s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé, écrites au début du premier millénaire avant notre ère.

Les discours de Pr 1-9 se modèlent sur les « Instructions », qui sont un genre classique de la sagesse égyptienne, mais aussi sur les « Conseils d’un père à son fils », récemment retrouvés dans un texte akkadien d’Ugarit. Même la personnification de la Sagesse a des antécédents littéraires en Égypte, où fut personnifiée Maat, la Justice-Vérité. Mais l’imitation n’est pas servile, elle préserve l’originalité du penseur israélite et est transformée par sa foi yahviste. On peut avec confiance dater d’avant l’Exil tout le centre du livre, les chap. 10-29 ; la date des chap. 30-31 est incertaine. Quant au prologue, 1-9, il est sûrement plus tardif : son contenu et ses attaches littéraires avec les écrits postérieurs à l’Exil permettent de fixer sa composition au Ve siècle av. J.-C. Ce doit être le moment aussi où l’ouvrage prit sa forme définitive.

Parce que le livre représente ainsi plusieurs siècles de réflexion des sages, on y suit un progrès de la doctrine. Dans les deux anciens recueils domine un ton de sagesse humaine et profane, qui déconcerte le lecteur chrétien. Cependant, déjà, un proverbe sur sept y a un caractère religieux. C’est l’exposé d’une théologie pratique : Dieu récompense la vérité, la charité, la pureté de cœur, l’humilité, et punit les vices opposés. La source et le résumé de toutes ces vertus est la sagesse, qui est crainte de Yahvé, Pr 15.16, 33 ; 16.6 ; 22.4, et c’est en Yahvé seul qu’il faut se confier, Pr 20.22 ; 29.25. La première partie donne les mêmes conseils de sagesse humaine et religieuse ; elle insiste sur des fautes que les vieux sages passaient sous silence : l’adultère et la fréquentation de la femme étrangère, Pr 21.6s ; 5.2s, 15s. L’épilogue manifeste également un plus grand respect de la femme. Surtout, le prologue donne, pour la première fois, un enseignement suivi sur la sagesse, sa valeur, son rôle de guide et de modérateur des actions. Prenant elle-même la parole, la Sagesse fait son propre éloge et définit son rapport avec Dieu, en qui elle est de toute éternité et qu’elle a assisté quand il a créé le monde, Pr 8.22-31. C’est le premier des textes sur la Sagesse personnifiée, qui ont été présentés ensemble.

L’enseignement des Proverbes a sans doute été bien dépassé par celui du Christ, Sagesse de Dieu, mais certaines maximes annoncent déjà la morale de l’Évangile. On doit aussi se souvenir que la vraie religion ne se développe que sur un fond d’honnêteté humaine, et le fréquent usage que le Nouveau Testament fait du livre (quatorze citations et une vingtaine d’allusions) commande aux chrétiens le respect pour ces pensées des vieux sages d’Israël.

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