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La Bible en cinq ans pour le 29 juillet 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

Proverbes, Chapitre 14

1 II. Le grand recueil salomonien
1 La Sagesse bâtit sa maison,
de sa main, la Folie la renverse.
2 Qui marche dans sa droiture craint Yahvé,
qui dévie de ses chemins le méprise.
3 Dans la bouche du fou il y a un surgeon d’orgueil,
les lèvres des sages les en protègent.
4 Point de bœufs, mangeoire vide ;
taureau vigoureux, revenus abondants.
5 Le témoin véridique ne ment pas,
mais le faux témoin exhale le mensonge.
6 Le railleur poursuit la sagesse, mais en vain,
à l’homme intelligent le savoir est chose aisée.
7 Écarte-toi du sot,
tu ne lui reconnaîtrais pas des lèvres savantes.
8 Pour l’homme avisé, la sagesse est de surveiller sa conduite,
mais la folie des sots n’est que tromperie.
9 Les fous se moquent de la dette pour une faute,
mais parmi les hommes droits, c’est la compensation.
10 Le cœur connaît son propre chagrin
et nul étranger ne partage sa joie.
11 La maison des méchants sera détruite,
la tente des hommes droits prospérera.
12 Tel chemin paraît droit à quelqu’un,
mais en fin de compte c’est le chemin de la mort.
13 Dans le rire même, le cœur trouve la peine,
et la joie s’achève en chagrin.
14 Le cœur dévoyé se rassasie de ses démarches,
et, plus que lui, l’homme de bien.
15 Le niais croit tout ce qu’on dit,
l’homme avisé surveille ses pas.
16 Le sage craint le mal et se détourne,
le sot est insolent et sûr de lui.
17 L’homme prompt à la colère fait des sottises,
l’homme malintentionné est odieux.
18 La part des niais, c’est la folie,
les gens avisés se font du savoir une couronne.
19 Devant les bons, les méchants se prosternent,
et aux portes des justes, les impies.
20 Même à son voisin, le pauvre est odieux,
mais nombreux sont ceux qui aiment le riche.
21 Il pèche, celui qui méprise son prochain ;
heureux qui a pitié des pauvres.
22 N’est-ce pas s’égarer que machiner le mal ?
Miséricorde et fidélité pour qui s’applique au bien.
23 Tout labeur donne du profit,
le bavardage ne produit que disette.
24 Couronne des sages : leur richesse ;
la folie des sots est folie.
25 Un témoin véridique sauve des vies,
qui profère des mensonges n’est que tromperie.
26 Dans la crainte de Yahvé, puissante sécurité ;
pour ses enfants il est un refuge.
27 La crainte de Yahvé est source de vie
pour éviter les pièges de la mort.
28 Peuple nombreux, gloire du roi ;
baisse de population, ruine du prince.
29 L’homme lent à la colère est plein d’intelligence,
qui a l’humeur prompte exalte la folie.
30 Vie du corps : un cœur paisible ;
mais la jalousie est carie des os.
31 Opprimer le faible, c’est outrager son Créateur ;
c’est l’honorer que d’être bon pour les malheureux.
32 Par sa propre malice le méchant est terrassé,
le juste trouve un refuge dans son intégrité.
33 En un cœur intelligent demeure la sagesse ;
mais la reconnaît-on au cœur des sots ?
34 La justice grandit une nation,
le péché est la honte des peuples.
35 La faveur du roi va au serviteur intelligent
et sa colère à celui qui fait honte.
Lire la suite:Proverbes, Chapitre 15
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 k) « La Sagesse » conj. (pluriel de majesté, cf. 1.20 ; 9.1) ; « Les femmes les plus sages » hébr., mais le verbe est au singulier.


5 l) Sur le faux témoignage, cf. 6.19 ; 12.17 ; 14.25 ; 19.5, 9 ; 21.28 ; 24.28 ; 25.18, et peut-être aussi 10.11 ; 11.9 ; 12.6. Cf. Ex 20.16 ; 23.1 ; Dt 19.15-21.


7 m) Texte incertain. Le grec est tout à fait différent.


9 n) Grec très différent. Rashi traduit « payement ».


32 o) « dans son intégrité » versions ; « dans sa mort » hébr. retouché peut-être à l’époque maccabéenne.


33 p) Ou, avec grec et syr., « on ne la reconnaît pas »; l’hébr. omet la marque de l’interrogatif aussi bien que la négation.


Le livre des Proverbes est le plus typique de la littérature sapientielle d’Israël. Il s’est formé autour de deux recueils : 10-22.16, intitulé « Proverbes de Salomon » (375 sentences), et 25-29, introduit par « Voici encore des proverbes de Salomon, que transcrivirent les gens d’Ézéchias » (128 sentences). À ces deux parties sont ajoutés des appendices : à la première, les « Paroles des sages », Pr 22.17-24.22, et « Ceci est encore des sages », Pr 24.23-34 ; à la seconde, les « Paroles d’Agur », Pr 30.1-14, suivies de proverbes numériques, Pr 30.15-33, et les « Paroles de Lemuel », Pr 31.1-9. Cet ensemble est précédé par une longue introduction, 1-9, où un père fait à son fils des recommandations de sagesse et où la Sagesse elle-même prend la parole. Le livre s’achève par un poème alphabétique, qui loue la femme parfaite, Pr 31.10-31.

L’ordre des sections est indifférent, il n’est pas le même dans la Bible grecque et, à l’intérieur de chacune, les maximes s’alignent sans aucun plan et avec des répétitions. Le livre est donc une collection de collections, encadrées par un prologue et un épilogue. Il reflète une évolution littéraire qui a été esquissée dans l’introduction générale aux livres sapientiaux. Les deux grands recueils représentent le mâshâl sous sa forme primitive et n’ont que de brèves sentences, généralement d’un seul distique. La formule devient déjà plus ample dans les appendices ; les petits poèmes numériques de Pr 30.15-33, cf. Pr 6.16-19, ajoutent à l’enseignement l’attrait d’une présentation énigmatique, déjà connue anciennement, cf. Am 1. Le prologue, 1-9, est une suite d’instructions, coupée par deux harangues de la Sagesse personnifiée, et l’épilogue, Pr 31.10-31, est une composition savante.

Cette évolution de la forme correspond à une succession dans le temps. Les parties les plus anciennes sont les deux grands recueils de 10-22 et 25-29. Ils sont attribués à Salomon, qui, d’après 1 R 5.12, « prononça trois mille sentences », et qui fut toujours considéré comme le plus grand sage d’Israël. En dehors de ce témoignage de la tradition, le ton des Proverbes est trop anonyme pour qu’on puisse rapporter sûrement au roi telle ou telle maxime particulière, mais il n’y a pas de raison de douter que l’ensemble ne remonte à son époque ; les maximes du second recueil étaient déjà anciennes lorsque les gens d’Ézéchias les recueillirent vers l’an 700. Formant le noyau du livre, ces deux collections lui ont donné son nom : il s’appelle tout entier « Proverbes de Salomon », 11. Mais les sous-titres des petites sections indiquent que ce titre général ne doit pas être pris à la lettre : il recouvre aussi l’œuvre de sages anonymes, Pr 22.17-24.34, et les paroles d’Agur et de Lemuel, Pr 30.1-31.8. Même si ces noms de deux sages arabes sont fictifs et n’appartiennent pas à des personnages réels, ils témoignent de l’estime qu’on faisait de la sagesse étrangère. Une preuve claire de cette estime est donnée par certaines « paroles des sages », Pr 22.17-23.11, qui s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé, écrites au début du premier millénaire avant notre ère.

Les discours de Pr 1-9 se modèlent sur les « Instructions », qui sont un genre classique de la sagesse égyptienne, mais aussi sur les « Conseils d’un père à son fils », récemment retrouvés dans un texte akkadien d’Ugarit. Même la personnification de la Sagesse a des antécédents littéraires en Égypte, où fut personnifiée Maat, la Justice-Vérité. Mais l’imitation n’est pas servile, elle préserve l’originalité du penseur israélite et est transformée par sa foi yahviste. On peut avec confiance dater d’avant l’Exil tout le centre du livre, les chap. 10-29 ; la date des chap. 30-31 est incertaine. Quant au prologue, 1-9, il est sûrement plus tardif : son contenu et ses attaches littéraires avec les écrits postérieurs à l’Exil permettent de fixer sa composition au Ve siècle av. J.-C. Ce doit être le moment aussi où l’ouvrage prit sa forme définitive.

Parce que le livre représente ainsi plusieurs siècles de réflexion des sages, on y suit un progrès de la doctrine. Dans les deux anciens recueils domine un ton de sagesse humaine et profane, qui déconcerte le lecteur chrétien. Cependant, déjà, un proverbe sur sept y a un caractère religieux. C’est l’exposé d’une théologie pratique : Dieu récompense la vérité, la charité, la pureté de cœur, l’humilité, et punit les vices opposés. La source et le résumé de toutes ces vertus est la sagesse, qui est crainte de Yahvé, Pr 15.16, 33 ; 16.6 ; 22.4, et c’est en Yahvé seul qu’il faut se confier, Pr 20.22 ; 29.25. La première partie donne les mêmes conseils de sagesse humaine et religieuse ; elle insiste sur des fautes que les vieux sages passaient sous silence : l’adultère et la fréquentation de la femme étrangère, Pr 21.6s ; 5.2s, 15s. L’épilogue manifeste également un plus grand respect de la femme. Surtout, le prologue donne, pour la première fois, un enseignement suivi sur la sagesse, sa valeur, son rôle de guide et de modérateur des actions. Prenant elle-même la parole, la Sagesse fait son propre éloge et définit son rapport avec Dieu, en qui elle est de toute éternité et qu’elle a assisté quand il a créé le monde, Pr 8.22-31. C’est le premier des textes sur la Sagesse personnifiée, qui ont été présentés ensemble.

L’enseignement des Proverbes a sans doute été bien dépassé par celui du Christ, Sagesse de Dieu, mais certaines maximes annoncent déjà la morale de l’Évangile. On doit aussi se souvenir que la vraie religion ne se développe que sur un fond d’honnêteté humaine, et le fréquent usage que le Nouveau Testament fait du livre (quatorze citations et une vingtaine d’allusions) commande aux chrétiens le respect pour ces pensées des vieux sages d’Israël.

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