Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 15 juillet 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

Proverbes, Chapitre 1

1 Titre général., I. Prologue> 8 RECOMMANDATIONS DE LA SAGESSE, 8 Le sage : fuir la compagnie des mauvais garçons., 20 La Sagesse : harange aux insouciants.
Proverbes de Salomon, fils de David, roi d’Israël :
pour connaître sagesse et discipline,
pour pénétrer les discours profonds,
pour acquérir une discipline avisée
— justice, équité, droiture —
pour procurer aux simples le savoir-faire,
au jeune homme le savoir et la réflexion
— que le sage écoute, il augmentera son acquis,
et l’homme entendu acquerra l’art de diriger —,
pour pénétrer proverbes et sentences obscures,
les dits des sages et leurs énigmes.
La crainte de Yahvé, principe de savoir :
les fous dédaignent sagesse et discipline.
Écoute, mon fils, l’instruction de ton père,
ne méprise pas l’enseignement de ta mère :
c’est une couronne de grâce pour ta tête,
des colliers pour ton cou.
10 Mon fils, si des pécheurs veulent te séduire,
n’y va pas !
11 S’ils disent : « Viens avec nous,
embusquons-nous pour répandre le sang,
sans raison, prenons l’affût contre l’innocent ;
12 comme le shéol, avalons-les tout vifs,
tout entiers, tels ceux qui descendent dans la fosse !
13 Nous trouverons mainte chose précieuse,
nous emplirons de butin nos maisons ;
14 avec nous tu tireras ta part au sort,
nous ferons tous bourse commune ! »
15 Mon fils, ne les suis pas dans leur voie,
éloigne tes pas de leur sentier,
16 car leurs pieds courent au mal
ils ont hâte de répandre le sang ;
17 car c’est en vain qu’on étend le filet
sous les yeux de tout volatile.
18 C’est pour répandre leur propre sang qu’ils s’embusquent,
contre eux-mêmes, ils sont à l’affût !
19 Tel est le sort de tout homme avide de rapine :
elle ôte la vie à ceux qu’elle habite.
20 La Sagesse crie au-dehors,
sur les places elle élève la voix ;
21 en haut des lieux bruyants, elle appelle,
aux baies des portes, dans la ville, elle prononce son discours :
22 « Jusques à quand, ô niais, aimerez-vous la niaiserie ?
Et les railleurs se plairont-ils à la raillerie ?
Et les sots haïront-ils le savoir ?
23 Convertissez-vous à mon exhortation,
pour vous je vais épancher mon cœur
et vous faire connaître mes paroles.
24 Puisque j’ai appelé et que vous avez refusé,
puisque j’ai étendu la main sans que nul y prenne garde,
25 puisque vous avez négligé tous mes conseils
et que vous n’avez pas voulu de mon exhortation,
26 à mon tour, je me rirai de votre détresse,
je me moquerai quand viendra sur vous l’épouvante,
27 quand l’épouvante viendra sur vous comme un cataclysme,
quand votre détresse arrivera comme un cyclone,
quand l’épreuve et l’angoisse fondront sur vous.
28 Alors ils m’appelleront, mais je ne répondrai pas ;
ils me chercheront et ne me trouveront pas.
29 Ils ont détesté le savoir,
ils n’ont pas choisi la crainte de Yahvé,
30 ils n’ont pas voulu de mon conseil,
ils ont méprisé toutes mes exhortations :
31 ils mangeront donc du fruit de leurs errements,
ils se rassasieront de leurs propres conseils !
32 Car l’égarement des niais les tue,
l’insouciance des sots les mène à leur perte ;
33 mais qui m’écoute demeure en sécurité,
il sera tranquille, sans l’épouvante du malheur. »
Lire la suite:Proverbes, Chapitre 2
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

7 a) La « crainte de Yahvé », dans la Bible, cf. Ex 20.20 ; Dt 6.2, est à peu près ce que nous appelons religion ou piété envers Dieu. Elle est à la fois le principe, 9.10 ; 15.33 ; Jb 28.28 ; Ps 111.10s ; Si 1.14, 20, et le couronnement, Si 1.18 ; 19.20 ; 25.10-11 ; 40.25-27, d’une sagesse foncièrement religieuse, où se développe une relation personnelle avec le Dieu de l’alliance, de sorte que crainte et amour, soumission et confiance coïncident, cf. Ps 25.12-14 ; 112.1 ; 128.1 ; Qo 12.13 ; Si 1.27-28 ; 2.7-9, 15-18, etc.


16 b) Ce v., absent des meilleurs mss grecs, est généralement considéré comme une glose empruntée à Isa 59.7.


17 c) L’idée semble être que les oiseaux évitent le filet s’ils ont vu le chasseur le poser ; de même le jeune homme, averti des dangers qu’il court, saura les éviter.


19 d) « le sort » aharît grec, Job 8.13 ; « les sentiers » hébr.


20 e) « au dehors » bah.ûç hébr. ; « par les rues » beh-ûçôt grec.


20 f) À la manière des prophètes, cf. Jr 5.1 ; 7.2, la sagesse personnifiée, cf. 8.22, parcourt les rues et poursuit les habitants pour leur imposer son enseignement, dénonçant l’insouciance et la fausse sécurité, cf. Am 6.1 ; 9.10 ; Jr 5.12-13 ; So 1.12.


21 g) Texte incertain. Le grec a traduit « au sommet des remparts ».


23 h) On traduit aussi « Vous détournerez-vous quand j’exhorte ? »


Le livre des Proverbes est le plus typique de la littérature sapientielle d’Israël. Il s’est formé autour de deux recueils : 10-22.16, intitulé « Proverbes de Salomon » (375 sentences), et 25-29, introduit par « Voici encore des proverbes de Salomon, que transcrivirent les gens d’Ézéchias » (128 sentences). À ces deux parties sont ajoutés des appendices : à la première, les « Paroles des sages », Pr 22.17-24.22, et « Ceci est encore des sages », Pr 24.23-34 ; à la seconde, les « Paroles d’Agur », Pr 30.1-14, suivies de proverbes numériques, Pr 30.15-33, et les « Paroles de Lemuel », Pr 31.1-9. Cet ensemble est précédé par une longue introduction, 1-9, où un père fait à son fils des recommandations de sagesse et où la Sagesse elle-même prend la parole. Le livre s’achève par un poème alphabétique, qui loue la femme parfaite, Pr 31.10-31.

L’ordre des sections est indifférent, il n’est pas le même dans la Bible grecque et, à l’intérieur de chacune, les maximes s’alignent sans aucun plan et avec des répétitions. Le livre est donc une collection de collections, encadrées par un prologue et un épilogue. Il reflète une évolution littéraire qui a été esquissée dans l’introduction générale aux livres sapientiaux. Les deux grands recueils représentent le mâshâl sous sa forme primitive et n’ont que de brèves sentences, généralement d’un seul distique. La formule devient déjà plus ample dans les appendices ; les petits poèmes numériques de Pr 30.15-33, cf. Pr 6.16-19, ajoutent à l’enseignement l’attrait d’une présentation énigmatique, déjà connue anciennement, cf. Am 1. Le prologue, 1-9, est une suite d’instructions, coupée par deux harangues de la Sagesse personnifiée, et l’épilogue, Pr 31.10-31, est une composition savante.

Cette évolution de la forme correspond à une succession dans le temps. Les parties les plus anciennes sont les deux grands recueils de 10-22 et 25-29. Ils sont attribués à Salomon, qui, d’après 1 R 5.12, « prononça trois mille sentences », et qui fut toujours considéré comme le plus grand sage d’Israël. En dehors de ce témoignage de la tradition, le ton des Proverbes est trop anonyme pour qu’on puisse rapporter sûrement au roi telle ou telle maxime particulière, mais il n’y a pas de raison de douter que l’ensemble ne remonte à son époque ; les maximes du second recueil étaient déjà anciennes lorsque les gens d’Ézéchias les recueillirent vers l’an 700. Formant le noyau du livre, ces deux collections lui ont donné son nom : il s’appelle tout entier « Proverbes de Salomon », 11. Mais les sous-titres des petites sections indiquent que ce titre général ne doit pas être pris à la lettre : il recouvre aussi l’œuvre de sages anonymes, Pr 22.17-24.34, et les paroles d’Agur et de Lemuel, Pr 30.1-31.8. Même si ces noms de deux sages arabes sont fictifs et n’appartiennent pas à des personnages réels, ils témoignent de l’estime qu’on faisait de la sagesse étrangère. Une preuve claire de cette estime est donnée par certaines « paroles des sages », Pr 22.17-23.11, qui s’inspirent des maximes égyptiennes d’Amenemopé, écrites au début du premier millénaire avant notre ère.

Les discours de Pr 1-9 se modèlent sur les « Instructions », qui sont un genre classique de la sagesse égyptienne, mais aussi sur les « Conseils d’un père à son fils », récemment retrouvés dans un texte akkadien d’Ugarit. Même la personnification de la Sagesse a des antécédents littéraires en Égypte, où fut personnifiée Maat, la Justice-Vérité. Mais l’imitation n’est pas servile, elle préserve l’originalité du penseur israélite et est transformée par sa foi yahviste. On peut avec confiance dater d’avant l’Exil tout le centre du livre, les chap. 10-29 ; la date des chap. 30-31 est incertaine. Quant au prologue, 1-9, il est sûrement plus tardif : son contenu et ses attaches littéraires avec les écrits postérieurs à l’Exil permettent de fixer sa composition au Ve siècle av. J.-C. Ce doit être le moment aussi où l’ouvrage prit sa forme définitive.

Parce que le livre représente ainsi plusieurs siècles de réflexion des sages, on y suit un progrès de la doctrine. Dans les deux anciens recueils domine un ton de sagesse humaine et profane, qui déconcerte le lecteur chrétien. Cependant, déjà, un proverbe sur sept y a un caractère religieux. C’est l’exposé d’une théologie pratique : Dieu récompense la vérité, la charité, la pureté de cœur, l’humilité, et punit les vices opposés. La source et le résumé de toutes ces vertus est la sagesse, qui est crainte de Yahvé, Pr 15.16, 33 ; 16.6 ; 22.4, et c’est en Yahvé seul qu’il faut se confier, Pr 20.22 ; 29.25. La première partie donne les mêmes conseils de sagesse humaine et religieuse ; elle insiste sur des fautes que les vieux sages passaient sous silence : l’adultère et la fréquentation de la femme étrangère, Pr 21.6s ; 5.2s, 15s. L’épilogue manifeste également un plus grand respect de la femme. Surtout, le prologue donne, pour la première fois, un enseignement suivi sur la sagesse, sa valeur, son rôle de guide et de modérateur des actions. Prenant elle-même la parole, la Sagesse fait son propre éloge et définit son rapport avec Dieu, en qui elle est de toute éternité et qu’elle a assisté quand il a créé le monde, Pr 8.22-31. C’est le premier des textes sur la Sagesse personnifiée, qui ont été présentés ensemble.

L’enseignement des Proverbes a sans doute été bien dépassé par celui du Christ, Sagesse de Dieu, mais certaines maximes annoncent déjà la morale de l’Évangile. On doit aussi se souvenir que la vraie religion ne se développe que sur un fond d’honnêteté humaine, et le fréquent usage que le Nouveau Testament fait du livre (quatorze citations et une vingtaine d’allusions) commande aux chrétiens le respect pour ces pensées des vieux sages d’Israël.

Réduire

Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.

Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.