Dans ses lettres, Paul compare souvent la vie chrétienne à une course, et les chrétiens à des coureurs dans un stade, en compétition les uns avec les autres. Ainsi, ici encore, l'apôtre compare les destinataires de sa lettre à des coureurs qui avaient bien commencé leur course, mais que quelque chose a arrêtés au point qu'ils n'entendent plus la voix de la vérité. Le contexte immédiat montre qu'il s'agit de l'attrait pour cette religiosité qui n'a jamais suffi à une vie vraiment juste.
Le symbole de cette religiosité devient la circoncision, à laquelle, semble-t-il, certains membres de l'Église de Galatie liaient leur vie spirituelle plus encore qu'au Christ. Et c'est là que leur chemin spirituel s'arrête. Il s'arrête précisément comme chemin qu'ils devaient parcourir ou courir, et qui devait passer par une communion et une union directes avec le Christ. Le chemin du chrétien est le chemin du Royaume, non celui de la religion. Mais ce n'est pas tout.
Paul ne dit pas par hasard aux destinataires de sa lettre qu'ils se sont arrêtés. Ils n'ont pas pris un autre chemin, ils ne sont pas revenus en arrière: ils se sont précisément arrêtés. Rien d'étonnant à cela: la religiosité peut aider l'homme sur le chemin spirituel, mais elle peut aussi l'entraver. Et la vie religieuse comme telle n'a pas de rapport direct avec la vie spirituelle, même si elle lui est liée. Elle lui est liée surtout comme la forme au contenu. Ou, plus exactement, comme une source de formes pour le contenu dont la vie spirituelle est remplie dans la part qui concerne la communion avec Dieu.
C'est là que la religion peut réellement se révéler utile. Mais non lorsqu'elle devient une fin en soi. Non lorsque la vie religieuse remplace la vie spirituelle, cette dynamique des relations qui lient l'homme à Dieu et aux autres, et qu'aucune religion ne peut remplacer. Ici, il ne peut vraiment être question que d'un arrêt sur le chemin spirituel. Et si cet arrêt dure assez longtemps, peut-être même d'un refus de ce chemin: l'homme peut se satisfaire de la seule religion, s'il fait ce choix. Mais alors il faudra parler seulement et précisément de religion, et non de christianisme.
