En réfléchissant à l'Église, Paul se réfère à la représentation traditionnelle de son temps du peuple de Dieu comme d'un unique corps spirituel, et il la transpose à l'Église, dans laquelle l'apôtre voit le nouveau peuple de Dieu. Selon ces représentations traditionnelles, le peuple juif était sanctifié grâce à la présence de Dieu qui demeurait au lieu choisi par Dieu; une fois sanctifié, il devenait un tout spirituel unique, si bien que personne dans le peuple, même s'il vivait dans une communauté de la diaspora éloignée de Jérusalem, ne se sentait inutile ou rejeté. Le lieu de la présence de Dieu était le Temple de Jérusalem, par lequel tout le peuple était sanctifié, même ceux qui ne pouvaient pas être physiquement présents à Jérusalem. Paul parle, lui, du nouveau peuple de Dieu, qui est sanctifié non plus simplement par la présence de Dieu, comme auparavant, mais par toute la plénitude de ce souffle de Dieu dont est pénétré le Royaume apporté dans le monde par le Sauveur.
Pour Paul, l'Église est le corps spirituel du Christ Lui-même, vivant avec Lui d'une même vie du Royaume (v. 12-13). Et chaque membre de l'Église se trouve, au sens spirituel, être une partie de cet unique corps du Christ (v. 27). L'apôtre, apparemment non sans raison, attire particulièrement l'attention sur le fait que chacun dans l'Église a sa place et son service, de sorte qu'il est aussi étrange de parler d'une plus ou moins grande utilité de qui que ce soit dans l'Église que de parler de l'utilité ou de l'inutilité pour le corps de telle ou telle de ses parties (v. 14-18).
Il est évident que, parmi les chrétiens de Corinthe, on parlait souvent de services «élevés» et «spirituels» ou, au contraire, «bas» et «peu importants» dans l'Église, ainsi que de frères «forts» et «faibles». C'est sans doute pourquoi Paul dut rappeler à ses lecteurs que tous les services sont importants pour l'Église, de même que tous les organes qui composent le corps sont importants pour le corps; et aussi que, dans le corps, ce sont précisément ses parties les plus faibles et les plus vulnérables qui demandent une attention particulière (v. 19-26). Et il ne s'agissait pas seulement du fait que le mépris de tel ou tel membre de l'Église, comme de tel ou tel service, détruisait la communauté ecclésiale. Il s'agissait avant tout de l'Église elle-même, de ceux qui constituaient son corps: car son fonctionnement normal, permettant à tous les membres de la communauté ecclésiale de vivre une vie spirituelle plénière, n'était possible que s'il n'était pas spirituellement mutilé par le mépris envers des personnes concrètes ou des services concrets. Un tel mépris détruit le corps de l'Église, non seulement en privant les destructeurs eux-mêmes de la plénitude de la vie du Royaume, mais aussi en empêchant les autres membres de la communauté ecclésiale d'en vivre.
