Les historiens des religions ont souvent comparé les prophètes à des réformateurs, et même à des révolutionnaires. Parfois, en lisant des passages comme celui d'aujourd'hui, on peut vraiment avoir l'impression d'avoir devant soi non la prédication d'un homme de Dieu, mais celle d'un dénonciateur rebelle tout à fait authentique. Et pourtant, il n'en est rien. Car toute réforme sociale et toute révolution commencent toujours par le désir de changer l'ordre de vie ancien et établi: économique, politique ou social. Et ce désir naît de la certitude que l'homme est réellement capable de remplacer l'ordre ancien et imparfait par un ordre nouveau, qui lui paraît soit parfait, soit au moins meilleur que l'ancien.
Mais le prophète ne pense nullement que le but de l'activité sociale doive être une réforme quelconque ou la création d'une société meilleure. Il ne parle que d'une seule chose: la violation de la Torah, la Loi, donnée par Dieu (v. 4). À proprement parler, le retour aux normes de vie conformes à la Torah constitue l'unique point de son « programme de réformes » prophétique.
À première vue, une telle approche restreint à la fois la liberté d'action du réformateur et le cercle des tâches qu'il se fixe. Mais aucun prophète ne s'est jamais donné pour but d'établir dans la société une harmonie sociale. Pour Amos, l'observance des commandements importe avant tout parce que leur violation détruit la relation de l'homme avec Dieu, et cela est loin d'être seulement l'affaire personnelle de quelques individus. Car si de tels transgresseurs deviennent nombreux, ils commencent à gêner même ceux qui veulent et sont prêts à vivre une vie spirituelle normale et pleine (v. 11-12); alors vient le temps du règlement des comptes (v. 13-16).
Il ne s'agit pas du fait que Dieu se vengerait de quelqu'un pour quelque chose. Simplement, ce qui compte pour lui, ce ne sont pas une société ou un peuple abstraits, mais une personne concrète, avec laquelle il établit des relations concrètes et, chaque fois, absolument uniques. Quant à la société, elle peut soit y contribuer, soit au contraire y faire obstacle. Et si elle commence à faire obstacle, elle perd toute valeur aux yeux de Dieu, et alors la catastrophe devient inévitable.
