À partir de ce moment, le récit de l'Évangile commence à se diriger sans dévier vers son centre de sens: l'histoire de la mort et de la Résurrection de Jésus. Ces événements ont toujours été compris par les chrétiens comme l'accomplissement d'un nouveau sacrifice que le Christ offre pour le monde entier. Le mot « sacrifice » est depuis longtemps sorti de l'usage quotidien dans son sens premier, religieux. Pourtant la difficulté ne tient pas seulement aux réalités religieuses anciennes, mais aussi au caractère même de ce don de soi. Le Christ se donne comme en réponse au geste de la disciple qui a versé sur lui une huile parfumée précieuse.
Pour l'observateur extérieur, représenté ici par Judas, donner ce que l'on a de plus précieux pour un autre est absurdité et sauvagerie. Il serait davantage satisfait par le « sacrifice » de l'aumône aux pauvres, lorsque l'on donne une part insignifiante de ce que l'on possède. Donner tout, se donner soi-même, voilà une réalité « au-delà » de Judas et, sans doute, de beaucoup d'entre nous.
Mais un mystère encore plus grand est que le Christ souffrant et mourant devient pour les disciples pain et vin, nourriture qui nourrit leur vie, désormais indissolublement liée au Maître.
